Curieuse époque ou le libéralisme revient au-devant de la scène : pour mieux faire marche arrière ou pour en faire la béquille de tout projet. Au point où toute alternative à ce débat hautement politique paraît disparaître malgré les interventions brillantes des défenseurs d’une autre croissance, défenseurs de plus de régulation du marché, de plus d’intégration des innovations sociétales autant que technologiques. Les économistes ne sont pas en reste, certains traitant les autres – et pas moins – de négationnistes ! 

Pendant ce temps-là, la mondialisation à l’ancienne perdure malgré des signes de fractures. Les dégâts qu’elle provoque sont venimeux jusqu’à alimenter repliements sur soi, nationalismes brutaux, migrations douloureuses, affrontements multipliés. L’Europe en est un triste marqueur.

Faut-il pour autant sombrer dans le pessimisme et baisser les bras ? Certainement non ! Des signes de secousses positives, constructives, se font jour. Quels que soient les critiques et doutes, la COP 21, l’accord de Paris, en font partie. Mais ce long combat en faveur de l’environnement n’est pas tout en lui-même.

 

 

En effet, à l’opposé du vieux modèle «dominant», un autre mouvement se dessine sur tous les continents, avec l’économie sociale et solidaire (ESS, plus d’un milliard de personnes concernées par les seules coopératives) fondée sur des valeurs de démocratie, de juste répartition des richesses créées, de propriété à la fois privée et collective, de solidarité.

Il s’organise, par exemple, autour des «semences libres» et de nombreuses coopératives agricoles en Inde, des femmes responsables d’associations d’énergies nouvelles en Guinée ou des dirigeantes de coopératives d’huile d’argan au Maroc ; également des citoyennes et citoyens portant des coopératives d’habitants au Mali et Sénégal ; autour des micro ou macrocoopératives agricoles au Brésil et dans le reste de l’Amérique latine, des coopératives sociales au Japon comme en Pologne ou Italie, des accorderies au Québec, des «entreprises sociales» adoptées par l’ESS en France… ; autour bien sûr des grandes banques coopératives, mutuelles de santé et d’assurance, groupes coopératifs industriels ou de services de plus en plus internationaux (Un chiffre d’affaires de 2 200 milliards de dollars pour les 300 plus importantes coopératives, mutuelles).

Les jeunes participent activement à cette évolution, comme en Afrique où va se tenir très bientôt, au Togo, une rencontre Jeun’ESS.

 

 

Ce mouvement a conduit à la naissance, à la demande des Rencontres du Mont-Blanc/Forum international des dirigeants de l’ESS, du «Groupe pilote international de l’ESS» destiné à promouvoir les politiques publiques en faveur de l’ESS. Il vient de se réunir pour la troisième fois à New York en parallèle à l’Assemblée générale de l’ONU. Il rassemble des Etats, la task force des agences de l’ONU dédiée à l’ESS, l’ESS elle-même avec de grands réseaux mondiaux de villes. Personne n’aurait osé imaginer cela il y a seulement quatre ou cinq ans !

D’autant qu’un nombre croissant de villes agissent, créant des quartiers, espaces, d’économie sociale : à Montréal, Séoul, Paris, Porto Allegre… Les élus appréciant l’ancrage de ces entreprises sur les territoires, leur capacité à créer des emplois décents (l’ESS est créatrice nette d’emplois en France depuis plus de trente ans).

Le Forum mondial des villes (Habitat III) va d’ailleurs, à Quito dans quelques jours, consacrer, avec l’appui du Groupe pilote, ces partenariats Public-ESS ! Autre pas en avant !

Le chemin conduisant à un «autre développement» plus humain (selon les critères du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et les axes d’Objectifs de développement durable (fixés par l’AG de l’ONU) doit être encore considérablement élargi, consolidé.

 

L’économie sociale et solidaire démontre, elle, tranquillement et durablement, qu’au-delà ou en dehors des sempiternels débats cités plus haut, elle constitue un axe novateur, solide, de progrès social, civique, environnemental autant qu’économique. Oui le cap de la mondialisation commence à changer !

Thierry JEANTET Président du Forum international des dirigeants de l’ESS, auteur de «l’Economie sociale, la solidarité au défi de l’efficacité», Documentation française 2016

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