Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 17:07

C'est à 15 heures pétantes mercredi 17 mais qu'Alexis Kohler, nouveau secrétaire général de l'Élysée, a annoncé les membres du premier gouvernement du quinquennat d'Emmanuel Macron.

Vous pouvons dès lors, nous attendre à subir certains désagréments au vu des projets de loi déjà annoncés lorsqu'on regarde les personnalités chargées de les faire appliquer. Clic ici

Comment le gouvernement de Macron peut-il agir avant les législatives ?

« Monsieur flashball »

Primo et d'entré, avant même l'annonce d'aujourd'hui, on savait à quoi se vouer avec Patrice Strzoda ,64 ans, énarque, ancien préfet de la région Bretagne, promu directeur de cabinet du Premier ministre Bernard Cazeneuve, nommé à Matignon en décembre dernier, avant d'être nommé préfet de la région Ile-de-France entre les deux tours de la présidentielle.

L’homme est bien connu des manifestants contre la loi El Khomri.

A Rennes, le mouvement social a été particulièrement réprimé. « Le mouvement, on a subi une violente répression. L’objectif étant d’ôter toute légitimité aux manifestants par une stratégie de conflit avec les policiers ».  « Des forces de l’ordre toujours au plus près des manifestants, des jets de cartouches de gaz lacrymogènes à tir tendu, parfois même jetées n’importe où y compris dans le métro, des coups de matraques, des tirs de flashball au-dessus de la ceinture ».

On se souvient qu’un étudiant rennais a perdu un œil à cause d’un tir de flashball. « Or, le Préfet a toujours démenti avoir fait utiliser ce type d’arme ». « Il y eu pas mal d’assignations à résidence, d’interdictions de manifestation », « des cortèges divisés par les nassages, pour isoler les étudiants des travailleurs », « pour pousser les jeunes au pas de course avec des camions vers une grande avenue ».

Tout un climat orchestré à coups de pressions physiques et psychologiques, inoubliables pour celles et ceux qui ont vécu ces événements.  « Tout était fait pour tenter de décrédibiliser le mouvement social. Pour générer de la violence du côté des manifestants », une manière de noyer « la contestation sociale ».

Le fait que Patrice Strzoda soit nommé directeur de Cabinet de l’Elysée, qu’il bénéficie d’« une nouvelle promotion » révolte et inquiète. « Il va forcément avoir à s’occuper des questions de Justice et de Sécurité… » Et quand on sait que le Code du travail va une nouvelle fois être attaqué… « Macron dit vouloir incarner le renouveau et prétend que ceux qui vont gouverner avec lui l’ont mérité…   

Strzoda aurait donc du mérite à avoir orchestré une telle répression contre le mouvement social en 2016 ? A traquer les sans-papiers sans relâche ? Ca promet ! 

On sait également qu'Edouard Philippe, le premier ministre, n'est pas tout blanc non plus et que sa position sur Notre Dame des Landes n'envisage rien de bon suivant le résultat du rapport par un médiateur voulu par Macron.

A cela s'ajoute donc, Gérard Collomb ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur .

Numéro deux du nouveau gouvernement. Ancien membre du PS, il est maire de Lyon depuis 2001 et président de la métropôle de Lyon depuis 2015. Il soutient le nouveau président de la République depuis la lancement du mouvement En marche !

 

C’est aussi une grande autorité, illustrée par des colères (ici aussi) dont les personnes qui ont eu à les subir se rappellent longtemps après, et que ses opposants qualifient d’anti-démocratique.

La création de la Métropole de Lyon, première du genre en France, est un exemple type de la manière dont Gérard Collomb fait de la politique.

Pas très rassurant donc...

Nicolas Hulot, ministre d'Etat, chargé de la Transition écologique et solidaire, l'idiot utile.

Il sera le numéro trois de ce gouvernement. Militant écologiste, il a crée la Fondation Ushuaïa en 1990. Ancien candidat à la primaire écologiste de 2011, il avait perdu face à Eva Joly. 

François Bayrou, ministre d'Etat, ministre de la Justice 

Il sera le quatrième ministre dans la hiérarchie protocolaire. Maire de Pau depuis 2014, il a également été ministre de l'Éducation nationale sous trois gouvernements de droite entre 1993 et 1997.Il est également président du MoDem. Candidat à deux reprises, pour l’élection présidentielle de 2002, où il avait fini quatrième du premier tour, puis en 2012, où il était cinquième.

 

Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères 

​Membre du Parti socialiste, il a été ministre de la Défense dans le premier gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Il a conservé son poste dans les gouvernements Ayrault II, Valls I, Valls II et Cazeneuve. Il est également président du conseil régional de Bretagne. Un vrai changement...

 

Marielle De Sarnez, ministre chargée des Affaires européennes 

Bras droit de François Bayrou, elle est vice-présidente du MoDem et secrétaire générale du Parti démocrate européen.. Elle est également eurodéputée depuis 1999 au groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe dont elle est la vice-présidente. Son ministère dépendra de celui de Jean-Yves Le Drian.

 

Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes publics 

Membre du parti Les Républicains, il est maire de Tourcoing depuis 2014 et député de la 10e circonscription du Nord entre 2012 et 2016. Après avoir été élu vice-président de la région Hauts-de-France, il a démissionné de l'Assemblée nationale en janvier dernier. 

 

Bruno Le Maire, ministre de l'Economie 

Secrétaire d'État aux Affaires européennes de 2008 à 2009, puis ministre de l'Agriculture pendant près de trois ans au sein des deuxième et troisième gouvernements de François Fillon, il a de nouveau été élu député en 2012. Il s’est présenté à la primaire de la droite en vue de la présidentielle de 2017, mais il ne s’est pas qualifié au second tour. Clic ici

 

Laura Flessel, ministre des Sports 

Escrimeuse française quintuple médaillée olympique, six fois championne du monde et une fois championne d'Europe, elle a été le porte-drapeau de la délégation française aux JO de Londres en 2012. 

 

Sylvie Goulard, ministre des Armées 

Eurodéputée depuis 2009 dans le groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe. Elle a apporté son soutien à Emmanuel Macron depuis le début de la campagne présidentielle. 

 

Richard Ferrand, ministre chargé de la cohésion des territoires

Conseiller régional de Bretagne depuis 2010 et député du Finistère depuis 2012, il est également le secrétaire général du mouvement En marche ! depuis octobre 2016. 

 

Françoise Nyssen, ministre de la Culture

Elle est éditrice française et co-directrice des Editions Actes Sud.

 

Muriel Pénicaud, ministre du Travail

Danone, Dassault Systèmes, Aéroports de Paris, SNCF, Orange, cette dirigeante d’entreprises et du secteur public est, depuis mai 2014, ambassadrice déléguée aux investissements internationaux. En janvier 2015, elle a été nommée directrice générale de Business France, agence nationale au service de l’internationalisation de l’économie française. 

 

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education Nationale, plutôt à droite

Directeur général de l'enseignement scolaire au Ministère de l'Éducation nationale de décembre 2009 à novembre 2012, il est depuis juin 2013 directeur général du Groupe ESSEC.

 

Jacques Mézard, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation

Membre du Parti radical de gauche, il est sénateur du Cantal depuis septembre 2008. 

 

Frédérique Vidal, Enseignement supérieur et Recherche

Chercheuse française en sciences de la vie, elle était précédemment présidente de l’Université Nice Sophia Antipolis d’avril 2012 à mai 2017. 

 

Annick Girardin, ministre des Outre-Mer 

Députée de Saint-Pierre-et-Miquelon de 2007 à 2014, elle est également membre du Parti radical de gauche. Elle a été nommée secrétaire d'État chargée du Développement et de la Francophonie, dans le gouvernement Valls I, puis ministre de la Fonction Publique du  gouvernement Valls II à la suite du remaniement du 11 février 2016. 

 

Elisabeth Borne, ministre des Transports

Ancienne préfète de la région Poitou-Charentes, elle a passé un an au ministère de l'Écologie comme directrice du cabinet de Ségolène Royal, puis a succédé en mai 2015 à Pierre Mongin à la tête de la Régie autonome des transports parisiens (RATP).

 

Agnès Buzyn, ministre de la Solidarité et de la Santé 

Médecin et professeur de médecine français à l’université Pierre-et-Marie-Curie, elle est également présidente du collège de la Haute Autorité de santé. Clic ici

 

Les secrétaires d'Etat 

 

Christophe Castaner, Relations avec le Parlement, porte parole du gouvernement. Ancien rapporteur de la loi Macron et ancien rapporteur du mouvement En marche!, le député des Alpes de Haute-Provence a quitté le PS en mars dernier.

 

Marlène Schiappa, Egalité femmes-hommes

Adjointe au maire du Mans, Jean-Claude Boulard (PS), déléguée à l'Égalité à partir de 2014, elle est également conseillère communautaire à Le Mans Métropole. Elle est responsable du pôle « égalité femmes-hommes » du mouvement politique En marche ! Elle a également crée en 2008  l’association Maman travaille sur l'égalité parentale.

 

Sophie Cluzel, personnes handicapées

Elle est fondatrice d’associations pour la scolarisation d’enfants handicapés dont le collectif SAIS 92 et l’association Grandir à l’école qui s’occupe de la trisomie 21. Depuis juin 2011, elle est élue présidente de la FNASEPH (Fédération Nationale des Associations au Service des Élèves Présentant une Situation de Handicap).

 

Mounir Mahjoubi, Numérique

L'ancien président du Conseil national du numérique a aussi créé de nombreuses start-ups. Jusqu'à sa nomination, il était directeur adjoint de BETC Digital, filiale du groupe Havas. Il est encarté au PS depuis 2006.

 

Avant les Législatives: Ici

On Marche On coule

Savoir s'en prémunir et se protéger

 

 

Avec une telle équipe et un tel projet politique et économique, il semble important et salutaire de rester vigilant et de se préparer afin de se protéger lors des prochaines manifestations.

 

Voici des conseils de soins et de réflexes de base pour les manifs / actions, utiles par les temps (et la répression) qui courent.

 

Ce n’est pas une formation pour devenir street medic, ce n’est pas exhaustif, c’est synthétique, mais ça devrait quand même aider. Parce que c’est bien si un maximum de monde sait en faire un minimum, sans pour autant s’improviser médecin. Il faut savoir quand laisser la place, déléguer, que ce soit au SAMU ou à ses camarades.

 

Apprendre à communiquer et se relayer est compliqué mais nécessaire, pour la sécurité des soignant-e-s comme des soigné-e-s. Pour plus d’autonomie, d’attention, de solidarités et de force dans nos luttes !

 

SOMMAIRE

-Avant la manif
Préparation
Matos (non exhaustif)
-Durant la manif
Attitude(s) à avoir
Alerter les medics
-Premiers soins de base, signes de gravité, appel aux secours
-Consentement
-Face aux lacrymos
-Chocs (matraques, LBD...)
-Saignements
-Brûlures
-Liens utiles

 

Point vocabulaire : les mots tels que « urgent » et « grave/signes de gravité » entendent une urgence médicale induisant un risque important voire vital pour la personne, et nécessitant donc très probablement une évacuation.

 

Le PDF de la brochure :

(Se) protéger et (se) soigner en manif (pdf complet) - 66.6 ko
(Se) protéger et (se) soigner en manif (pdf complet)
 
 

LIENS UTILES

 

(Attention, la loi évolue, les pratiques aussi, fais attention à la date/lieu de provenance des documents que tu lis !)

 

> Guide d’autodéfense juridique (2008) : https://infokiosques.net/spip.php?article538
> Les armements de la police (2012) (contient des liens vers d’autres guides street’medic utiles) : http://zad.nadir.org/IMG/pdf/ARMEMENTSPOLICE_A3.pdf
> Manuel pour un peu plus d’autonomie face aux premiers secours (dans nos lieux) (2005) : https://infokiosques.net/lire.php?id_article=367

 

Ce travail, réalisé collectivement, est un partage ; Étoffe-le, diffuse-le, discute-le !
Prendre soin de nous est aussi primordial que d’empêcher les arrestations, aussi important que de balancer nos pavés. Parce qu’on ne peut décidément pas leur laisser nos ami-e-s blessé-e-s.

 
Repost 0
16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 16:25

Face à l’échec du «front républicain», il faut un front antifasciste.

Emmanuel Macron a été largement élu dimanche, mais avec une abstention massive et un résultat record pour le Front national (FN) qui engrange près de 11 millions de voix, soit deux fois plus qu’en 2002.

La stratégie du front républicain face à l’extrême droite n’a pas seulement vacillé dans les urnes, elle a été publiquement rejetée par une partie significative de la gauche refusant d’appeler à voter Macron.

On aurait pu croire, au soir du premier tour, qu’il ne s’agissait que de la lubie d’un homme, Jean-Luc Mélenchon, mauvais perdant, refusant de se prononcer, préférant appeler à une consultation des membres de son mouvement, La France insoumise. On a rapidement vu qu’il n’en était rien.

Dès le soir du 23 avril, des manifestations, appelées notamment par Génération ingouvernable et le Mouvement inter-luttes indépendant (Mili), se donnent comme slogan «Ni patrie ni patron, ni Le Pen ni Macron».

L’ombre du Comité invisible plane sur la jeunesse radicale

Dans les jours qui suivent, le mouvement s’étend, des lycées sont bloqués, donnant parfois lieu à des affrontements avec des groupuscules fascistes.

Retour sur le 27 avril

Hommage à la jeunesse: Dans l'entre-deux-tours, réflexions, blocus et manifestations de la jeunesse face à la situation imposée par le vote et le choix cornélien entre les deux candidats. 18mins33 / DOC du réel

 

Les syndicats tergiversent, la CGT en tête, qui appelle à faire barrage au FN, bien sûr, mais pas au prix du ralliement à celui qui représentait, pour les travailleurs, le pire du quinquennat finissant. Certaines sections CGT, FSU ou SUD appellent même à battre les deux candidats.

 

Le 1er Mai voit le retour à Paris d’un cortège de tête autonome déterminé, dans la continuité des manifestations contre la loi travail, renvoyant dos à dos Le Pen et Macron.

Enfin, venant donner à cette rupture un parfum d’officialité, les membres de La France insoumise se prononcent majoritairement pour le vote blanc, nul, ou l’abstention. Comme si de larges pans de la gauche de la gauche, celle des urnes comme celle de la rue, celle des lycées comme celle des syndicats, face à l’injonction de se plier à la stratégie du front républicain, répondait comme le Bartleby de Melville «j’aimerais mieux pas» - et ajoutait «on vaut mieux que ça».

Face à cet outrage aux bonnes mœurs républicaines, les réactions ont été d’une rare vigueur. Durant l’entre-deux tours, les tribunes se multiplient, de toutes parts, pour rappeler à l’ordre ceux qui seraient trop tièdes, des dessins font des abstentionnistes les complices de pogroms à venir, un «forum républicain» est même organisé «contre l’abstention» - comme si c’était le problème (ici aussi)et non le vote FN.

Pendant ce temps, dans l’indifférence presque générale, des personnalités de la droite dite républicaine appellent à voter Le Pen, et de larges pans de l’électorat Fillon basculent non vers le vote blanc, mais vers le vote brun.

Alors que le FN s’apprêtait à engranger le plus haut nombre de voix de son histoire, principalement grâce à l’afflux des voix de droite, on a fait aux abstentionnistes de gauche, affichés ou présumés, le pire des procès possibles, celui de trahir l’antifascisme.

L’accusation n’est pas mince : l’antifascisme est un élément fondateur de la gauche d’après-guerre, et son abandon serait vu à raison comme le signe précurseur des pires errements.

Mais refuser d’appeler à voter Macron, est-ce trahir l’antifascisme ?

Pas nécessairement, à en croire les organisations antifascistes qui luttent pied à pied contre l’extrême droite tout au long de l’année. Nombre de ces organisations, telles le collectif Action antifasciste Paris-Banlieue ou La Horde, ont refusé de rejoindre le front républicain et ont appelé aux manifestations Ni Le Pen ni Macron. Ces antifascistes seraient-ils alors eux aussi des traîtres à l’antifascisme ?

Ces procès en trahison révèlent surtout une grande confusion sur l’antifascisme.

Le mouvement antifasciste actuel s’est constitué, à partir des années 80, en réaction à la montée de l’extrême droite. Il a dès le départ été très méfiant vis-à-vis des stratégies de front républicain et de l’antiracisme moral incarné en France par SOS Racisme.

Depuis cette période, tandis que les partis de gouvernement, en particulier le PS, agitent la menace du FN pour rallier à eux à peu de frais la jeunesse et les classes populaires, des organisations issues de l’autonomie et des mouvements des banlieues dénoncent ce qu’elles voient comme des manipulations.

L’antifascisme radical qu’elles défendent entend lutter en même temps contre l’extrême droite et le système capitaliste, sécuritaire et raciste qui la nourrit et s’en nourrit.

Dans cette perspective, impossible de construire un front antifasciste avec des partis de gouvernement qui reprennent le vocabulaire, les idées et une partie des politiques de l’extrême droite. Or, les quinquennats successifs de Sarkozy et de Hollande ont constitué une accélération dans l’adoption d’une politique extrême.

Les prisons sont surpeuplées, les étrangers sont raflés et expulsés, les quartiers populaires sont soumis à un ordre policier, les mouvements sociaux sont violemment réprimés, l’état d’urgence est devenu permanent (docu à voir ici), les lois sécuritaires successives ont rogné les libertés publiques, l’islamophobie se répand, et la situation des salariés et des précaires n’a cessé de se dégrader tandis que les profits des actionnaires ont atteint des records.

Macron, qui dit vouloir être «le président des patriotes» et qui est directement responsable de la politique économique pro-patronat de Hollande, ne saurait alors être un barrage face à l’extrême droite, pour les antifascistes, tant il participe pleinement au processus de fascisation de la société française.

De toute évidence, on ne peut plus s’en remettre à la stratégie de front républicain pour faire barrage au FN.

Cependant, il n’y a pas de fatalité à ce que cet échec profite à l’extrême droite. Tout dépendra de la capacité de la gauche à construire un front antifasciste offensif, ralliant les millions de personnes de gauche qui ont refusé de voter Macron dimanche ou qui ont voté pour lui à reculons.

Un tel front ne pourra se faire que sur le refus de collaborer avec les partis de gouvernement qui recyclent, depuis trente ans, les idées du FN, et avec ceux qui héritent de ces partis, Macron en tête.

Ce sera contre eux, et non avec eux, que l’on pourra faire reculer l’extrême droite.

Malgré l’importante contestation de 2016, Emmanuel Macron veut pousser au bout la logique qui a guidé la loi travail

Le président de la République élu dimanche veut poursuivre la démolition des droits des salariés entamée sur le temps de travail au cours du quinquennat qui s’achève, en l’étendant à toute l’organisation du travail.

Emmanuel Macron sait bien qu’il n’a pas encore gagné la partie. La secrétaire d’État qui le soutient, Juliette Méadel, a beau estimer que les 66,1 % des voix qu’il a recueillies dimanche sont « un blanc-seing » pour « aller au bout de sa réforme du droit social et du Code du travail », son projet n’a pas obtenu l’adhésion des Français, en particulier du côté de cette majorité qui s’est opposée à la loi El Khomri au printemps 2016. Celui qui rentrera à l’Élysée à la fin de la semaine espère donc jouer de l’effet de surprise en passant par des ordonnances au cœur de l’été.

1. L’éclatement généralisé du Code du travail

C’est le cœur de la réforme voulue par le nouveau président de la République élu dimanche : « Donner plus de place à l’accord majoritaire d’entreprise ou de branche. »

En clair, Emmanuel Macron veut pousser au bout la logique qui a guidé la loi travail, qui est celle de généraliser la dérogation à la loi et aux normes nationales, jusqu’à inverser complètement la « hiérarchie des normes » sociales, au détriment du « principe de faveur » qui voulait que des accords conclus à un niveau inférieur ne pouvaient qu’améliorer les protections accordées au niveau supérieur.

« La possibilité de détruire un avantage social n’est pas une invention de la loi travail, rappelle à ce sujet Emmanuel Dockès, professeur à l’université Paris Ouest-Nanterre. Mais celle-ci l’a systématisée et généralisée » dans le domaine du temps de travail. Emmanuel Macron propose de l’étendre à toute l’organisation du travail.

C’est ainsi que « les horaires effectifs », qu’Emmanuel Macron distingue de la durée légale du travail, mais aussi « les conditions de travail et les salaires » seront « négociés au plus près du terrain », de préférence au niveau de l’entreprise ou, « à défaut », de la branche.

De quoi donner corps à la crainte exprimée par la CGT d’un Code du travail par entreprise. « L’idée d’une règle commune n’a pas les faveurs d’Emmanuel Macron, constate Emmanuel Dockès. Il y a effectivement un risque de disparition progressive de la règle commune. »

Le nouveau président de la République entend mener cette réforme au nom de l’emploi, en visant l’objectif d’un taux de chômage « ramené à 7 % en 2022 ».

Pour Emmanuel Dockès, la « croyance » en un lien entre le chômage et le niveau de protection des salariés relève pourtant de l’« idéologie ». « L’idée selon laquelle l’accroissement de la flexibilité, c’est-à-dire l’accroissement du pouvoir des employeurs, est la source d’une meilleure compétitivité et de création d’emploi est très ancienne.Elle n’a été démontrée à aucun moment, explique le chercheur.

Au contraire, des études de l’OCDE démontrent qu’il n’y a pas de corrélation entre le taux de chômage et le taux de protection. » Le professeur de droit du travail y voit un « vice de raisonnement, qui consiste à faire confiance aux grands entrepreneurs pour dire ce qui est bon pour l’emploi. Mais ce qui est bon pour le grand patronat n’est pas forcément bon pour la société entière ».

2. Les chômeurs sanctionnés pour les rendre flexibles

Non content de promettre la nationalisation de l’assurance-chômage pour mieux la transformer en « assurance universelle », Emmanuel Macron envisage de se lancer dans la chasse aux demandeurs d’emploi.

Dans le pacte qu’il propose, si une personne refuse deux emplois dits décents ou ne peut justifier d’une « intensité » de recherche d’emploi suffisante, le versement des allocations sera bloqué.

En parallèle de ce durcissement des règles, le nouveau président met en avant l’élargissement de l’assurance-chômage aux professions libérales et aux démissionnaires. Il évoque aussi l’orientation des chômeurs vers des formations « vraiment qualifiantes », laissant présager une prise en compte des desiderata patronaux avant les besoins des précaires.

En réalité, l’ex-ministre de l’Économie se contente de recycler de vieilles recettes, suivant la voie d’un Nicolas Sarkozy qui avait instauré la loi sur l’offre raisonnable d’emploi (ORE) en 2008.

Au-delà de deux postes non acceptés, le chômeur est bouté hors des listes de Pôle emploi pour deux mois. Dans les faits, ce dispositif, censé faire chuter artificiellement les statistiques, s’est révélé très peu applicable, l’ex-locataire de l’Élysée ayant sabré des milliers de postes dans les effectifs de l’ex-ANPE.

Le scénario est un peu différent avec François Hollande. Accentuant la stigmatisation et le flicage, le président de la République sortant s’était montré favorable à la création d’une brigade de 200 conseillers Pôle emploi dédiés au contrôle renforcé des chômeurs. Un dispositif de harcèlement qui n’a pas contribué à abaisser les chiffres du chômage.

Pour remettre au travail les 5,5 millions de chômeurs et précaires (dont 3,5 millions sans aucune activité), Emmanuel Macron s’entête dans la même logique répressive et inefficace que ses prédécesseurs. Sans mentionner le problème numéro un : l’absence d’offres d’emploi suffisantes par rapport à la demande. Hier, seules 713 999 annonces de travail étaient disponibles sur le site Web de Pôle emploi.

3. Licencier sans justification en muselant les prud’hommes

Emmanuel Macron revient à la charge sur le plafonnement des indemnités prud’homales. Cela veut dire qu’il veut sécuriser financièrement les entreprises qui licencient « sans cause réelle, ni sérieuse ».

« C’est une véritable escroquerie intellectuelle, dénonce le professeur de droit Emmanuel Dockès. Les patrons réclamaient le droit de pouvoir licencier sans qu’on leur demande des comptes.

Plutôt que d’accéder directement à cette requête, qui serait franchement choquante, Emmanuel Macron s’attaque à la sanction. Une forme de clin d’œil au patronat puisqu’on leur dit : si vous ne justifiez pas les licenciements, ne vous inquiétez pas, ce sera seulement un peu plus cher. »

Aujourd’hui, un licenciement justifié par une raison jugée sérieuse coûte très peu cher à l’entreprise. En revanche, lorsqu’il est dit « sans cause réelle, ni sérieuse », donc basé sur un prétexte ou sur la simple justification d’augmenter les profits, l’employeur s’expose à un recours en justice, qui fixe le montant des indemnités à verser au salarié selon l’appréciation du préjudice subi.

Les plafonds envisagés par Emmanuel Macron s’annoncent dans certains cas tellement bas qu’ils risquent de ne même pas couvrir les frais de justice de l’employé licencié sans raison.

« Les sommes maximales prévues pour indemniser les salariés sont le plus souvent inférieures aux sommes accordées lors des plans de départs volontaires, renchérit Emmanuel Dockès.

Comme on mesure une obligation à sa sanction, on peut en conclure que, dans la pratique, l’obligation de justifier un licenciement risque de disparaître. » Les patrons n’auront qu’à « provisionner » à l’avance leur plan de licenciement non justifié.

C’est la troisième fois qu’Emmanuel Macron veut faire passer cette mesure. La première, dans la loi Macron, avait été retoquée par le Conseil constitutionnel.

La deuxième fois, le plafonnement des indemnités s’est glissé dans la loi El Khomri. Avant d’être supprimé pour tenter de calmer la contestation.

Pour espérer passer le barrage du Conseil constitutionnel, Myriam El Khomri avait modifié le critère du barème pour prendre en compte principalement l’âge et l’ancienneté du salarié licencié sans raison. Emmanuel Macron devrait reprendre la même tactique.

La situation sociale bouge plus vite que Macron ! Avant juillet, ça va chauffer !

La CGT a lancé un appel national à un rassemblement, mardi 16 mai à 15 heures,devant l’usine GM&S Industry de La Souterraine (ici aussi), deuxième employeur privé de la Creuse. Le syndicat veut ainsi soutenir les salariés de l’équipementier automobile placé en redressement judiciaire depuis décembre dernier. Certains des 279 salariés ont par ailleurs affirmé avoir « piégé » à l’aide de bonbonnes de gaz et de bidons d’essence.

SI UN APPEL NATIONAL EST POSSIBLE DANS CE CAS, ALORS IL L’EST AUSSI CONTRE L’ORDONNANCE MACRON PRÉVUE POUR JUILLET.

Caroline de Haas (celle de la pétition à plus d’un million contre la loi Travail) et François Ruffin (Merci Patron) lancent une pétition « Ordonnances non merci ». « Plus rapide qu'un débat à l'Assemblée, plus facile qu'une négociation avec les syndicats et plus pratique que le 49-3: les ordonnances », dénoncent les initiateurs de l’appel, qui savent comme nous, l’importance de la première ordonnance.

Le contenu de cette ordonnance de juillet ?

L’extension de la priorité aux accords d’entreprise. La loi El Khomri (dite Travail) les réservait au temps de travail. Emploi, salaire et conditions de travail seront concernés. La fusion des institutions représentatives du personnel (CE, DP, CHSCT). Le plafonnement des dommages et intérêts en cas de licenciement abusif. Un coup mortel porté aux Prud’hommes, une garantie offerte aux employeurs de licencier vite.

VOILÀ POURQUOI IL NOUS FAUT PASSER PAR LA RUE POUR NOUS OPPOSER À CE COUP DE FORCE, DANS L’ABSOLUE CONTINUITÉ DU 49.3 DE LA LOI TRAVAIL.

https://www.facebook.com/events/166219467241273

Les médias soumis à Lagardère, Bolloré, Bergé-Pigasse-Niel, Drahi, s’opposent à cette réalité sociale pour fabriquer leur réalité, comme Trump, à coups de faits « alternatifs ».

La toute-puissance médiatique tresse chaque seconde des couronnes à ce Kennedy français, tout neuf, tout beau, tout nouveau. La propagande médiatique fait campagne pour Macron à un point tel qu’elle ignore que l’élection au 2e tour l’a porté à l’Elysée par le refus de Le Pen. Sur son propre programme, au 1er tour, il ne représente qu’un quart des suffrages exprimés.

Nous savons quelle colère sociale couve dans le pays. A nous de lui offrir une expression sociale, unitaire, déterminée. Telle est bien la vocation du Front social.

liste des organisations membres de la coordination "Front social"

Commerces :

Education :

Energie :

Fonctions d’Etat :

Fonctions territoriales :

Industries :

Information-Communication-Culture : 

La Poste :

Privés d’emploi et précaires :

Santé :

Transports :

Organisations territoriales :

Confédérations :

Collectifs demandant justice

Associations

Médias

Repost 0
4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 13:32

Les affaires liées à François Fillon et Marine Le Pen contribuent à creuser un peu plus le dégoût des Français pour la chose publique.

Campagne électorale

On appelle "campagne électorale" la période qui précède une élection et durant laquelle les candidats et leurs partisans font la promotion de ceux-ci afin de récolter le plus grand nombre possible de voix. Elle est en général basée sur un "programme électoral" ou "programme politique" préalablement élaboré.

Dans de nombreux pays démocratiques, les campagnes électorales sont strictement réglementées en ce qui concerne leur budget, leur durée, les contributions privées, etc. Les partis ou candidats représentés peuvent obtenir des financements publics pour leur campagne.

En France, le déroulement des campagnes électorales et leur financement sont réglementés.
La présidentielle en France est régie par la loi organique du 6 novembre 1962 relative à l’élection du président de la République et par le décret du 8 mars 2001, également modifié par le décret du 21 avril 2006, ainsi que par les lois du 25 avril 2016 de modernisation des règles applicables aux élections et à l’élection présidentielle. Le président est élu pour 5 ans. Les règles ont un peu changées pour l'élection de 2017 ( plus d'infos: ici!!! ) ainsi que pour les suivantes.

La CNCCFP (Commission nationale des comptes de campagne et des financements politique) est chargée de mettre en oeuvre cette réglementation et notamment de contrôler les comptes de campagne et d'arrêter le montant du remboursement forfaitaire dû par l'Etat. Ses membres sont nommés pour un mandat de cinq ans renouvelable par décret du Premier ministre.

Les règles relatives aux campagnes électorales concernent :

  • les subventions de l'Etat (remboursement forfaitaire et au-delà de 5% de voix exprimées, 50% du plafond de dépense),
  • les contributions de personnes physiques et de partis politiques,
  • les interventions télévisées,
  • etc.

L’élection présidentielle est le dernier scrutin auquel les Français accordent véritablement de l’importance. Dans tous les autres – législatifs, locaux, plus encore européens, la montée des niveaux d’abstention depuis une bonne vingtaine d’années témoigne du désintérêt ou de la défiance des citoyens à l’égard des responsables politiques.

Seule la présidentielle a, jusqu’à présent, échappé à ce délitement démocratique. Bon an, mal an, quatre Français sur cinq continuent à y participer, jugeant que leur avenir et celui du pays s’y décident, tous les cinq ans.

 

C’est pourquoi la façon dont s’est engagée l’actuelle campagne est calamiteuse. En l’espace de quelques jours, le débat démocratique s’est trouvé paralysé, éclipsé, asphyxié par les révélations touchant le candidat du parti Les Républicains.

François Fillon peut bien jouer les outragés, dénoncer des attaques d’une « violence inouïe » et « sans précédent » contre lui, s’emporter contre ce qu’il qualifie, sans sourciller, de « coup d’Etat institutionnel », la réalité est malheureusement beaucoup plus triviale.

Un délétère parfum de favoritisme

Il se présentait, y compris pour mieux se démarquer de l’ancien président Nicolas Sarkozy, comme le « candidat de l’honnêteté ». Il se flattait d’être « irréprochable ». Tout démontre qu’il ne l’est pas. Les conditions dans lesquelles il a rémunéré ou fait rémunérer pendant de longues années son épouse Pénelope ou deux de ses enfants, les sommes en jeu, dont il n’a à aucun moment contesté le montant, son incapacité, jusqu’à présent, à apporter la preuve de la réalité d’un travail effectué par ses proches, font plus qu’entretenir le soupçon qu’il s’agissait d’emplois fictifs financés, dans l’opacité des usages parlementaires, par de l’argent public. Il n’y a rien, là, d’illégal, clame-t-il.

La justice tranchera. Mais, quelle que soit sa conclusion, il restera de cette affaire un délétère parfum de favoritisme, de népotisme et d’avantages indus. Au regard de cet enjeu éthique, le point de savoir si M. Fillon jettera l’éponge ou si ses « amis » l’y contraindront apparaît presque subalterne.

Ce n’est pas tout!!!

Si ce « #Pénelopegate » occupe tous les esprits depuis huit jours, la candidate du Front national n’est pas en reste.

Elle aussi se présente comme la « candidate du peuple », la candidate aux « mains propres » contre les turpitudes de « l’oligarchie ». Et elle vient d’être sommée par le Parlement européen, où elle siège, de rembourser 300 000 euros pour avoir fait rémunérer comme assistante parlementaire à Bruxelles sa chef de cabinet à Paris sans oublier les autres condamnations aux FN.

Sentiment d’impunité et égotismes aveugles

Pis, plusieurs parlementaires européens du Front national sont désormais, pour les mêmes raisons, dans le collimateur de la justice française, qui a ouvert, en décembre 2016, une information judiciaire pour « escroquerie en bande organisée ». Et c’est compter sans les enquêtes ouvertes sur le financement irrégulier de toutes les campagnes électorales du FN depuis 2012. La justice russe s'en mêle aussi.

En tout et pour tout, ce sont trois affaires qui concernent le Front National.

A gauche ce n'est pas mieux au PS à la limite de l'implosion après des primaires truquées.

La gauche peut-elle être au second tour avec les candidatures simultanées de Benoît Hamon, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron ?

Le vainqueur de la primaire socialiste élargie a dit entendre « laisser s’épanouir les dynamiques politiques et sociales » mais a indiqué qu’il prendra « des initiatives plus concrètes » après son investiture dimanche.

« J’ai lancé des invitations, j’ai des contacts avec des personnalités, avec leur entourage. Après l’investiture, je prendrai des initiatives plus concrètes. Ce qui est certain, c’est que plus on sera nombreux, moins on aura de chances. Plus on parviendra à rassembler et à diminuer le nombre de candidats, mieux ce sera », a ajouté le député des Yvelines et ancien ministre.

On peut alors se demander si il y a encore des gens qui croient encore en la politique faite par une caste politicienne et si il existe encore des gens qui votent pour et non contre.

 

A force de prendre les Français pour des benêts, à force de donner à voir et à entendre de telles formes d’indifférence ou de mépris à leur égard, à force de s’affranchir de la plus élémentaire probité publique, l’on finira, d’une manière ou d’une autre, par creuser un peu plus leur dégoût de la chose publique et par provoquer leur révolte – légitime: Tels les évènements qui se passent en Roumanie.

Enfermés dans leur sentiment d’impunité et dans leurs égotismes aveugles, les candidats responsables de cet état de fait ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes. Mais trop tard.

Le mouvement s'organise déjà!!! Rejoignez le!!!

Pour en savoir plus:

La responsabilité pénale des élus

 

"tous pourris", Voyons voir!!

 

Votez sticule!!!

 

Appels au boycott des élections

 

Génération ingouvernable

 

A l’abordage !  

 

Blocages

 

Semaine de résistances à Nantes

 

Appel : Enfarinons-les !

 

 

Repost 0
9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 08:50

La vague réactionnaire qui submerge les démocraties occidentales est construite sur un mythe, celui d’un âge d'or... qui n'a jamais existé. Et sur un faux postulat selon lequel l’humanité serait en perdition.

Ce qui semblait impossible s'est finalement produit. Donald Trump a gagné l’élection présidentielle américaine la plus détestable et la plus inquiétante de l’ère moderne. Elle a marqué l’irruption du populisme à une échelle sans précédent dans l’histoire de la démocratie américaine.

Cette dernière n’est plus immunisée contre une maladie qui a ravagé l’Europe il y a quatre-vingt ans et a fait son retour dans l’ensemble du monde occidental et bien au-delà.

Cette vague, apparemment irrésistible, a deux ressorts, la désignation d’un bouc émissaire et la négation de la réalité.

 

 

Tous nos maux proviennent de l’étranger et des élites qui sont vendues à ces intérêts. Retrouver la grandeur passée, reprendre le contrôle de notre destin, renouer avec une société qui nous ressemble sont les slogans politiques de notre temps.

On les retrouve aussi bien avec Donald Trump que parmi les partisans du Brexit, dans les partis d’extrême-droite européens, avec Vladimir Poutine en Russie, avec Recep Tayyip Erdogan en Turquie, en France, avec Narenda Modi en Inde et même, à une autre échelle, avec Daech. L’islamisme politique n’a-t-il pas pour ambition de retrouver la prétendue pureté religieuse originelle et la puissance militaire qui lui est associée?

Donald Trump promet de rendre «l’Amérique grande à nouveau». Vladimir Poutine entend renouer avec les ambitions impériales de la Russie tsariste et de l’URSS et Erdogan avec le destin de l’empire ottoman. Narenda Modi s’appuie sur un nationalisme hindou construit sur un affrontement avec l’Islam.

Et les partisans du Brexit comme ceux de Marine Le Pen voient dans la fermeture des frontières et le rejet de l’immigration le moyen de revenir à un âge d’or de prospérité et d’entre soi. Un âge d’or qui n’a jamais existé.

 

«La trahison des élites est centrale...»

 

La pensée réactionnaire est toujours construite selon le même schéma, explique Mark Lilla, professeur à l’Université de Columbia et auteur d’un livre récent intitulé The Shipwrecked Mind: on Political Reaction («Naufrage intellectuel: la réaction politique»), dans le New York Times. Elle part de la description d’une période idéale, «un Etat où règne l’ordre et où les personnes partagent un même destin… Puis des idées étrangères promues par des intellectuels et des forces extérieures –écrivains, journalistes, professeurs, étrangers– détruisent cette harmonie. La trahison des élites est centrale dans tout mythe réactionnaire…».

Désigner à la vindicte populaire le ou les responsables de nos malheurs, au hasard l’immigration, l’Europe, la finance cosmopolite, la mondialisation, le capitalisme, les Etats-Unis, la Chine, le sionisme, l’islam… est d’une redoutable efficacité politique.

Sans doute plus encore à l’époque des réseaux sociaux et de l’omniprésence de l’information instantanée qui n’a pour seul horizon que la polémique artificielle du jour, rapidement effacée par celle du lendemain.

Face à un monde compliqué et vide de sens, le «C’était mieux avant» apporte une réponse simpliste et réconfortante au sentiment de déclassement, d’abandon, d’aliénation et d’humiliation d’une partie grandissante de nos sociétés.

Mais si la souffrance économique comme identitaire est bien réelle, la réponse qui consiste à désigner des responsables, les chasser... et revenir ainsi par magie à la grandeur et à l’harmonie passée est une dangereuse illusion.

 

 

Il faut appeler un chat un chat. Cette illusion a des relents fascistes, même si elle ne va pas jusqu’au rejet de la démocratie. Elle s’en rapproche «dans son opposition virulente… au libéralisme, dans sa suspicion envers le capitalisme et surtout dans la croyance que la nation, souvent définie en termes religieux et raciaux, représente la plus importante source d’identité des vrais citoyens», écrit le professeur Sheri Berman, de la Columbia University, dans Foreign Affairs:

«Comme leurs prédécesseurs, les extrémistes de droite d’aujourd’hui dénoncent les dirigeants démocratiquement élus comme inefficaces, impotents et faibles. Ils promettent de soutenir leur nation, la protéger de ses ennemis et redonner une raison d’être à des gens qui se sentent en butte à des forces qui les dépassent…»

 

Il n’y a pas d’effondrement moral, économique et politique

 

La réponse à ces marchands d’illusion et de malheur existe, même si elle tarde à venir. Elle se trouve dans les enseignements de l’histoire et l’affirmation des faits. La réaction est construite sur un mythe, celui d’un passé fantasmé, et sur un faux postulat, l’humanité est en perdition.

Les réactionnaires promettent d’effacer ce que la modernité aurait détruit d’une société harmonieuse à taille humaine. Ils affirment que leur pays et leur société ont fait fausse route, guidés par des élites apatrides, des ploutocrates, et qu’il faut revenir en arrière.

Donald Trump ou Eric Zemmour s’insurgent contre un effondrement moral, politique et économique. Il n’existe pas.

Les sociétés du siècle passé avaient leurs guerres, leurs mouvements sociaux, leur terrorisme, leur misère, leur violence, leurs discriminations, leurs laissés-pour-compte, leurs corrompus…

La réalité objective de l’humanité ne correspond en rien au catastrophisme ambiant. Il n’y a tout simplement jamais eu sur terre de meilleure période pour être vivant, explique l’historien suédois Johan Norberg dans son livre Progress: Ten Reasons to Look Forward to the Future («Progrès: dix raisons d’attendre avec impatience l’avenir»). «L'humanité n'a jamais été plus riche, en bonne santé, libre, tolérante et éduquée», résume-t-il.

 

Quelques exemples, parmi d’autres...

 

L’espérance de vie moyenne dans le monde était de 31 ans en 1900. Elle est aujourd’hui de 71 ans. La Banque mondiale a défini le seuil de la misère extrême à un revenu équivalent à 2 dollars par jour. En 1800, 94% de nos ancêtres vivaient dans une pauvreté extrême. En 1990, 37% de la population mondiale se trouvait encore dans cette situation. Ce chiffre est revenu aujourd’hui à moins de 10%.

Nous vivons dans l’ère la plus pacifique de l’histoire humaine. Le taux annuel d’homicide dans l’Europe médiévale était de 32 pour 100.000. A la fin du XXe siècle, ce chiffre est tombé à 1 pour 100.000. Le taux de mortalité de personnes ayant péri lors de conflits armés est passé de 195 par million en 1950 à 8 par million en 2013.

En 1800, seuls 12% des adultes étaient capables de lire. En 1950, le niveau mondial d’alphabétisme était de 40%. Il est aujourd’hui de 86% et la différence entre les hommes et les femmes ne cesse de reculer.

En 1990, il y avait 76 démocraties électorales. Il y en avait 125 en 2015. L'air de Londres est aujourd’hui aussi propre qu'au début de la révolution industrielle et les forêts s'étendent à nouveau en Europe.

 

Rupture technologique et repli identitaire

 

Cela ne veut pas dire que notre planète soit un paradis. Que les sociétés ne sont pas fracturées par des transformations brutales qu’elles n’arrivent pas à surmonter. Mais personne ne veut voir la réalité des progrès spectaculaires de l’humanité. Nous préférons nous complaire dans les peurs, les fantasmes et l’annonce de catastrophes. «Aucun journaliste ne sait plus ce qu’est une bonne nouvelle», faisait remarquer il y a quelques années le Dalaï-Lama.

Les réactionnaires exploitent l’appauvrissement relatif de la classe moyenne et l’angoisse irrationnelle de l’avenir. Ils apportent une réponse absurde et dangereuse à de vrais problèmes nés de la mondialisation et de l’évolution technologique: l’angoisse culturelle et identitaire et la bipolarisation du marché du travail.

Rendre moins douloureux le sentiment d’un déclin identitaire et culturel prend du temps. Cela se fait dans l’éducation, le respect et plus encore la connaissance de l’autre. Le paradoxe, c’est que la tolérance progresse en fait rapidement dans le monde, mais qu’il est difficile de le voir.

La bipolarisation du marché du travail pose un problème encore plus grave aux sociétés, notamment occidentales. C’est ce qu’explique l'économiste Patrick Artus dans Le Point. «Les créations d'emplois se concentrent aux deux extrêmes, emplois qualifiés à rémunération élevée, emplois peu qualifiés à rémunération faible; entre ces deux extrêmes, les emplois intermédiaires (la classe moyenne) disparaissent progressivement…».

La plupart des études montrent que cette division du marché du travail est plus liée à la technologie qu’à la mondialisation et aux délocalisations.

C’est la technologie qui a chassé la main d’œuvre des campagnes puis des usines et aujourd’hui de bon nombre d’emplois intermédiaires dans les services.

Ce phénomène va s’accélérer, avec par exemple le développement des véhicules autonomes et des robots. Un processus de destruction/création brutal. De nouveaux emplois apparaissent et apparaîtront –les besoins sont sans limites–, mais là encore il faudra du temps.

 

Les États ont un rôle indispensable à jouer dans la formation et dans la protection, avec, pourquoi pas, l’instauration d’un revenu universel. S'ils ne le font pas, les marchands d'illusion ne sont pas prêts de disparaître.

Repost 0
19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 19:57

La circulaire du 20 septembre 2016 « relative à la lutte contre les infractions commises à l’occasion des manifestations et autres mouvements collectifs » a des intentions très claires : « augmenter le nombre de poursuites satisfaisantes » (comprenez : inculpations). Les coupables sont clairement nommés comme « une minorité de personnes souvent très organisée ». Bouh le méchant ennemi intérieur qui déborde les forces de l’ordre…

Le problème c’est que les conditions du maintien de l’ordre conduisent souvent la flicaille à bâcler le travail et donc à ouvrir des boulevards à la défense pour annuler des procédures. Et la circulaire précise que ces difficultés se retrouvent autant lors des manifestations, des « violences urbaines » que dans les mouvements dits « zadistes ».

La justice doit donc s’organiser pour taper fort et taper vite, sans oublier d’anticiper le « surcroît d’activité pénale » que le ministère de l’injustice attend de pied ferme.

L’officier de police judiciare au centre du dispositif

Sur les manifestations il y aura davantage d’officier.e.s de police judicaire (OPJ) [1] qui ne participeront pas directement au dispositif de « maintien de l’ordre » (nasser, gazer, cogner, empêcher), mais qui seront entièrement dédié.e.s à la collecte de preuves et à l’inculpation. Pour leur faciliter cette tâche fastidieuse, une petite fiche leur sera remise. Il n’y aura plus qu’à cocher la ou les bonne(s) case(s).

 

 

Il est également envisagé, pour les manifestations où le risque de débordement est élevé, que les OPJ se tiennent « à proximité des lieux d’interpellation dans des véhicules adaptés susceptibles de constituer des antennes mobiles pour la notification immédiate des droits aux personnes placées en garde à vue ». Avant on avait le temps de reprendre ses esprits entre l’interpellation, souvent extrêmement violente, et l’arrivée au commissariat où l’OPJ notifie les droits, mais ça c’était avant !

Il est aussi conseillé de multiplier les captations vidéos et de vérifier plus rapidement si elles sont exploitables et diffusables dans les tribunaux… Pourquoi pas d’ailleurs dans des audiences spéciales manifestant.e.s ?

Si les comparutions immédiates sont évidemment conseillées pour permettre les condamnations rapides et expéditives des interpellé.e.s, il faut aller plus loin puisque la « minorité » agissante, en plus d’être violente, est organisée. Les procureur.e.s sont encouragé.e.s à permettre des enquêtes de police, voir même à nommer des juges d’instructions. Et puis le plus tôt sera le mieux… Car le nouvel enjeu, nous y reviendrons, est « d’interpeller les auteurs avant qu’ils ne passent à l’acte. »

Organiser l’impunité

Il aurait été surprenant qu’une circulaire de cet acabit ne prévoie rien pour couvrir les exactions des fonctionnaires de police qui l’appliqueront [2]. Dorénavant, « lorsque la personne mise en cause est un fonctionnaire de police, les investigations seront confiées à un service de police, et lorsqu’il s’agit d’un militaire de la gendarmerie, elles le seront à une unité de gendarmerie. Dans un souci d’impartialité des investigations, il conviendra que le service d’enquête saisi soit distinct et extérieur à celui dans lequel la personne mise en cause exerce ses fonctions. » Ce qu’il faut comprendre c’est que le service spécialisé d’enquête, l’IGPN, soit la « police des polices », n’est pas saisie… Elle n’était déjà pas connue pour son zèle et sa sévérité, mais nous allons franchir encore un pas de plus dans l’impunité des forces de l’ordre. Une façon comme une autre d’inciter les flics à blesser, à mutiler, bref, à terroriser la population.

Le droit de manifester remis en question

Avec une certaine dose de cynisme, la circulaire incite les préfets à prendre prétexte de l’état d’urgence pour interdire des manifestations.

 

 

 

 

La circulaire rappelle aussi que l’on peut punir de 6 mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende les organisateur.ices d’une manifestation qui aurait débordé… Pourquoi s’en priver ? Et de préciser : « L’organisateur (sic) doit ici être entendue comme celui qui prend une part active aux préparatifs, prend des initiatives, fait des suggestions, précise ses instructions, distribue des convocations, ou délivre un appel à la population, par exemple par voie de presse. » En gros tout.e militant.e qui distribue des tracts, parle au mégaphone, tient une banderole… est susceptible d’être arrêté.e et condamné.e pour cette seule et unique raison.

Pour celles et ceux qui s’inquiéteraient de l’atteinte à nos « libertés », il est précisé : « Si la manifestation est conçue comme une liberté et protégée comme telle par la loi, l’attroupement, défini par l’article 431-4 du code pénal comme « tout rassemblement de personnes sur la voie publique ou dans un lieu public susceptible de trobler l’ordre public », ne relève pas pour sa part de l’exercice d’une liberté. » et comme une manifestation pour en être une doit être déclaré… Circulez y’a rien à voir !

La douane en renfort pour confisquer le sérum phy

La circulaire déplore que « les contraintes liées au maintien de l’ordre public ne sont pas sans incidence sur la qualité des procédures diligentées », ce qui conduit souvent les parquets à classer sans suite ou les juridictions à prononcer des relaxes. Afin de ne laisser aucun.e dangereux.ses manifestant.e.s passer entre les mailles du filet, le rapport préconise de travailler en amont des manifestations. Le service des douanes est même invité à prêter main forte à la police judiciaire : « En effet, au regard de leur positionnement sur les principaux axes de circulation et de leurs attributions dans le contrôle des flux de marchandises prohibées, les agents des douanes peuvent être mis en situation de contrôler des individus armés se rendant sur les lieux de manifestation et de procéder à la saisie de leurs armes. » Et ne nous méprenons pas sur le sens que la circulaire donne à ce mot. Il y a fort à parier que cela pourra concerner aussi (à l’appréciation arbitraire des forces de répression) écharpes, masques à gaz, sérum phy et tout autre accessoire d’autodéfense devenus indispensables à la participation à une manifestation dans le contexte actuel.

Des délits sur mesure

Au cas où les pandores et les magistrat.e.s ne seraient pas bien au claire sur ce qu’iels pourraient repprocher aux interpellé.e.s, le ministère leur fournit la solution clef en main.

Il conseille aux procureur.e.s d’organiser des réunions « avec les autorités de police judiciaire, pour préciser la qualité et le contenu attendus des procédures judiciaires diligentées à la suite d’opérations de maintien de l’ordre. » La police passe commande, la justice sert les plats.

Une annexe accompagne la circulaire. Elle donne des idées de chefs d’inculpation aux OPJ et aux procureur.e.s, afin que le moins de gardes à vue possibles ne débouchent sur des remises en liberté. C’est sur ces six pages que sont listés tous les prétextes possibles et imaginables pour casser toute contestation, bastonner d’amendes et distribuer des peines d’enfermements.

Connaissiez-vous par exemple la « circonstance aggravante de guet-apens » ? Elle est prévue par l’article 222 du code pénal relatif à la torture et aux actes de barbarie… « Il convient donc de veiller à retenir systématiquement cette circonstance aggravante dès lors que les éléments du guet-apens sont caractérisés. »

L’annexe encourage aussi à se faire plaisir avec le délit d’outrage, pourtant déjà utilisé avec pas mal de générosité : « L’infraction est constituée dès lors que l’outrage prend la forme de paroles, gestes ou menaces, par écrits ou images de toute nature non rendus publics, par l’envoi d’objets quelconques et lorsque ces actes sont de nature à porter atteinte à leur dignité ou au respect dû à leur fonction. La définition de l’outrage est donc relativement large, ce qui permet de qualifier aisément toute forme d’intimidation à l’égard des forces de l’ordre. »… et d’envoyer toujours plus de monde dans le sani-broyeur de la justice de classe !

On n’oublie pas non plus « le délit d’entrave à la circulation routière » (« sanctionne le fait de placer ou de tenter de placer sur une voie ouverte à la circulation publique un objet faisant obstacle ») ou encore « le délit d’entrave à la liberté de réunion et de travail. »

Rennes aura-t-elle servi de laboratoire ? Dans le sous-chapitre malicieusement intitulé « Les incriminations qui peuvent également s’avérer utiles » , les parquets sont invités à voir des associations de malfaiteurs partout où il y a des gens qui s’organisent… et à agir en conséquence. « Cette qualification prévue à l’article 450-1 du code pénal permet d’appréhender de nombreux comportements avant même la comission de pluseurs infractions. »

Petit rappel aussi sur le « délit d’opposition à l’exécution de travaux publics » au cas où il aurait échappé à certains magistrat que l’expusion de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes était dans les tuyaux.

La dernière petite fiche avec ses cases à cocher résume à elle seule la volontée de répression systématique.

 

Plus d'infos:

Manifestation interdite : quels sont les précédents en France ?

 

Repost 0
11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 15:36

Les habitants peuvent-ils être partie prenante face aux politiques, promoteurs et autres urbanistes ? Les pouvoirs publics sont-ils toujours garants d'une ville ouverte à tous ? 

 

La ville permet la multiplicité des rencontres avec autrui. L'espace public est le lieu du brassage par excellence, des idées, des modes, etc. Il est aussi l'ouverture indispensable, la respiration nécessaire face à la promiscuité à laquelle les habitants sont, de fait, soumis. La ville, traditionnellement, organise la confrontation de soi avec l'autre voulue ou subie.

 

Copenhague

Dans les années 60, la capitale du Danemark était sans rue piétonne et traversée par une autoroute. Durant 4 décennies, les maires successifs ont refaçonné la ville pour lui rendre une âme. Ils se sont fait aider par Yann Gall, l'architecte-urbaniste qui rénova le Regent Street à Londres et collabora à de nombreux projets à Lille, Brighton ou Malmö. Ils créèrent ensemble le mouvement que l'on a appelé l'école de Copenhague, développée autour d'un seul mot d'ordre : favoriser la vie en ville. Pour Gall, la ville, à travers l'architecture et l'urbanisme doivent proposer des "expériences sensorielles" : flâneries, déplacements rapides, lieux de rencontres et d'échanges. Varier les champs de vision, les angles de vue, les perspectives. Il faut, s'appuyer sur ce qui est remarquable, ce qui fonctionne, que les gens utilisent quotidiennement, gommer, ce qui entrave la vie. Il faut relier, prolonger, lier, construire à partir des constantes existantes ou en germe dans les lieux considérés : les flux de population, les activités diurnes-nocturnes, les modes de communication, les us et coutumes locales. Ne pas simplement réduire sa réflexion à des questions sécuritaires, de circulation ou d'implantation de commerces

 

 

Londres

 

 

La ville a toujours été l'enjeu de beaucoup d'intérêts contradictoires et le risque est toujours de voir certains intérêts particuliers supplanter ou limiter son accessibilité au plus grand nombre. La manifestation "Occupy Wall Street" (OWS), en novembre 2011, déboucha sur l'occupation des "lieux symboliques de pouvoir" dans près de 900 autres grandes métropoles mondiales. A Londres, en janvier 2012, l'objectif fut d'investir le London Stock Exchange. Jouxtant la City de Londres, seul le parvis publique de la cathédrale St Paul put être occupé, le reste du quartier étant privé. Beaucoup ont pris conscience que dans la capitale anglaise le phénomène était loin d'être isolé

 

 

 

Déjà à la fin XIXe et au début XXe siècle d'énormes pressions locales et démocratiques avaient réussi à supprimer les zones interdites au public londonien, qui s'était développé durant l'époque victorienne. Mais, ces dernières années, dans les grandes villes du Royaume-Uni, cette avancée démocratique régresse, sans que les gens s'en aperçoivent.

Dans les années 80, Canary Wharf fut le premier chantier d'une nouvelle ère. Les Docklands vides avaient besoin d'être réaménagés. Ce fut le premier programme privé à grande échelle au Royaume-Uni. La libéralisation des banques permit aux établissements financiers de développer des investissements immobiliers de ambitieux. Tous les bâtiments, les espaces publics, théoriquement ouvert à tous, ont été décidés par des banquiers, pour des banquiers et sont aujourd'hui gérés par un fond commun d'investisseurs dirigés par la banque Morgan Stanley et un fond Qatari. Le lieu bénéficie d'un règlement piétonnier spécifique et ouvertement anti-SDF, anti-cycliste, anti-skater, anti-artiste des rues. Une quarantaine copérations privées ont vu le jour dans la capitale britannique depuis. Aujourd'hui symboliquement la mairie ovoïde de Londres est littéralement encerclée d'espaces privés.

 

Des contraintes budgétaires de plus en plus écrasantes

 

Dans le monde, les autorités locales manquent de plus en plus de moyens pour décider seul, du développement de leur ville. Les promoteurs peuvent apporter une manne financière bienvenue, voire nécessaire, dans l'espace public. Un principe juridique, donnant-donnant, importé du canada - le BID (Business improvement District) - s'est répandu à Londres et dans la plupart des grandes villes européennes. La ville, en échange d'investissements, cède une partie de sa gouvernance sur des rues, des quartiers. Fini l'espace public, voici un espace privé de plus.

 

Dans Londres, certains quartiers ont leur BID, dirigé par un regroupement de commerçants qui y choisissent les aménagements et le nombre de rondes de policiers. Et avec les 500 000 caméras déjà disposées dans Londres, les BID s'organisent comme un nouvel instrument sécuritaire. Les personnes "divergentes" y sont repérées, fichées et suivies spécialement avec possibilité d'expulsion. Les habitants n'ont pas leur mot à dire. L'espace public n'y est vu que comme un lieu de consommation et de profit, les lieux propres et sûrs devant permettre essentiellement de faire plus de commerce. Depuis 2008 dans les villes européennes, des morceaux de villes sont ainsi conçus comme des super-marchés à ciel ouvert.

 

Des fonds d'investissement spécialisés dans le développement urbain

 

La bonne gestion des villes se trouve confrontée à un paradoxe : plus une ville se dote de moyens de circulation, d'aménagements de qualité, plus elle suscitera de nombreux intérêts et le prix du m2 habitable s'envolera ce qui chassera, à la faveur d'opération immobilières, les habitants historiques les moins fortunés. Le marché spéculatif autour des quartiers urbains se développant, les investisseurs se spécialisent et s'impliquent de plus en plus. En Angleterre, on voit des quartiers entiers réaménagés par des grands groupes de distribution comme Tesco où la marque est omniprésente. Longprop est un nouvel arrivé sur le marché de la ville. Il est financé avec 3% des bénéfices de la société Ikéa. Le groupe dont les magasins sont installés exclusivement en banlieue des grandes villes, s'est implanté pour la première fois au centre de Hambourg, concédant un investissement de 80 millions d'euros pour aménager le quartier aux abords de l'implantation de l'un de ses magasins.

 

Sur Nice l'éco-quartier de Saint-Isidore, déssiné par Wilmotte et choisi par Ikéa se développe sur 100 000 m² : 45 % de logements, 15 % de locaux d'activité (bureaux, hôtels...) et 40 % de commerces, dont le mastodonte Ikea et relie au reste de la ville le stade Allianz Riviera en bout de cette parcelle de 8 hectares.

 

 

 

 

Les habitants ont-ils leur mot à dire ?

 

Depuis les années 90, l'idée d'une ville solidaire soucieuse du bien-être de ses habitants semble archaïque. Les villes sont devenues des métropoles entrepreneuriales destinées à attirer des propriétaires futurs contributeurs de l'impôts. Les jeunes, les vieux, les SDF : les personnes non directement productives n'étant pas du tout considérées. Dans la ville la plus riche d'Allemagne, Hambourg, il existe onze BID. Face au pouvoir d'expulsion des BID, plusieurs mouvements citoyens se sont organisés. Notamment à San Paoli, quartier emblématique de gauche et indiscipliné, ayant pourtant fait partie dans The Guardian en 2012, des 100 quartiers urbains les plus attractifs au monde.

 

 

L'action politique est de moins en moins corrective des inégalités, elle ne fait qu'accompagner les marchés et les opérations immobilières. A bien y regarder, l'avenir démocratique de la ville et du monde est tout bonnement en jeu dans chacune de ces résistances et volontés manifestées de concertation.

 

Istambul

 

Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre turc et ancien maire de la ville, avait projeté - afin d'implanter un complexe urbain - de détruire les arbres du parc Gezi en lisière de l’emblématique place Taksim. Le projet leur préférait : une mosquée, un super marché et la réplique d'une caserne militaire de l'ère ottomane. Cela semble résumer symboliquement les valeurs portées par Erdogan et par son parti politique l'AKP. Ce qui n'était au départ que la mobilisation d’une poignée de militants écologistes, s'est transformée, après la violente intervention des forces de l’ordre, en une vague de contestation contre la dérive jugée autoritaire et islamiste du régime. Pendant trois semaines, plus de 3,5 millions de Turcs ont défilé dans une centaine de villes lors de manifestations qui se sont soldées par la mort d'au moins 8 personnes et plus de 8 000 blessés. Le projet a été abandonné, mais d'autres sont en court.

 

Paris

 

Initié sous la présidence de Nicolas Sarkozy et prorogé par le gouvernement Hollande, le projet EuropaCity devrait voir le jour en 2020, entre Roissy et Paris, au nord-Est de l'Ile-de-France. Ayant choisi l'agence Big de Copenhague, avec 2 milliards d'euros, Auchau y développe, un concept de ville nouvelle sur 80 hectares. Une véritable ville super marché et parc d'attractions, sans résidents - le funshopping dans un simulacre de ville. L'architecture y reflète une réalité où les citoyens ne sont plus considérés que comme des consommateurs qu'il faut orienter et animer. Nous sommes là dans un espace indéniablement à la dimension d'une ville, mais très loin des enjeux humains généralement en gestation dans celle-ci confronté aux bases démocratiques du construire ensemble.

 

Aujourd'hui, de plus en plus de municipalités délèguent une partie de leurs prérogatives à des sociétés privées, qui s'approprient ainsi l'espace urbain et en contrôlent l'aménagement. Afin de mieux comprendre ce phénomène et déterminer la place actuelle des citoyens dans la ville, le réalisateur s'est rendu, entre autres, à Berlin, Copenhague, Londres et Toulouse. Il a rencontré de nombreux experts mais aussi des habitants qui s'organisent pour constituer des contre-pouvoirs.  Un voyage émaillé de rencontres avec des experts ( la chercheuse Anna Minton, les architectes-urbanistes Jan Gehl et Frédéric Bonnet, le philosophe Thierry Paquot…). Ils décryptent les rapports de force à l'œuvre et s'interrogent sur la constitution de contre-pouvoirs.

 

 

Repost 0
8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 16:25

Officiellement, le projet de loi sur l’immigration porté par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve vise à renforcer les droit des étrangers. Pourtant, au moins l’un de ses amendement va considérablement porter atteinte à leur liberté et à leur vie privée.

 

Profs, EDF et banques devront aider les préfets à fliquer les étrangers. 

 

Ce texte – qui sera étudié par les députés en lecture publique à partir du 20 juillet – prévoit en effet la création d’un « droit de communication » qui donne au préfet le pouvoir de demander « sans que s’y oppose le secret professionnel autre que le secret médical » des informations sur les personnes demandant ou possédant un titre de séjour, auprès d’institutions aussi variées que :

 

  • Les établissements scolaires et d’enseignement supérieur.
  • Les établissements de santé.
  • les banques et organismes financiers.
  • Les fournisseurs d’énergie et les services de communications électroniques.
  • Pôle emploi.
  • Les services d’état civil.
  • La Sécurité sociale.
  • Les tribunaux de commerce.

Le but étant de confronter les déclarations des requérants à des données provenant directement des organismes concernés.

 

Scandale en 2009, normal en 2015

 

En 2008 et 2009, Rue89 révélait que des ANPE, mais aussi la banque LCL avaient, par excès de zèle, aidé les préfectures à expulser des sans-papiers.

 

Si ce texte est définitivement adopté, ces situations deviendront non seulement normales mais en plus obligatoires pour ces structures mais aussi pour EDF, des collèges ou des hôpitaux.

 

Contrôle d’identité dans le quartier de la Patrenelle, à Marseille, le 29 janvier 2013 (AFP PHOTO/BORIS HORVAT)

 

Le Défenseur des droits, interrogé par Libération, craint déjà des « contrôles inopinés et d’une ampleur sans précédent » et des « moyens disproportionnés ».

 

Lise Faron, responsable de la commission migrants de la Cimade – l’une des principales associations d’aide aux migrants en France –, nous détaille :

 

« Cette disposition porte atteinte à la vie privée. Dans la pratique, ça va mettre des personnes et des structures dans des situations très compliquées au niveau déontologique, cela peut aller à l’encontre de leur mission.

Que doit faire par exemple un professeur à qui l’on demande des informations sur le niveau ou le travail scolaire d’un élève ? De même, le texte assure que le secret médical sera le seul secret professionnel qui sera préservé, mais dans les faits c’est impossible.

Même s’il n’a pas accès au dossier médical, le préfet a déjà accès à des informations médicales importantes s’il reçoit des éléments venant d’une structure psychiatrique par exemple. »

 

 

La responsable met en parallèle cette nouveauté avec une autre disposition du projet de loi. L’article 8 va autoriser le préfet à contrôler « à tout moment » que l’étranger qui dispose d’un titre de séjour « continue de satisfaire aux conditions fixées pour la délivrance de cette carte ».

S’il ne peut le justifier, ou s’il ne se rend pas à la convocation, sa carte de séjour peut lui être retiré immédiatement.

 

Lise Faron commente :

« Ça encourage les préfets à faire plus de contrôles et à retirer des titres de séjour en dehors du cadre du renouvellement, ce qui se fait peu aujourd’hui. Surtout, ça leur donne le droit de retirer un titre sans aucune garantie procédurale, ils n’auront pas à saisir la commission du titre de séjour. »

 

En clair, un préfet pourra enquêter sur un étranger avec l’aide de sa banque, de son opérateur ou de l’école de ses enfants, le convoquer et lui retirer son titre de séjour sans autre forme de procès.

 

« Tout va se passer uniquement entre le préfet et l’étranger, c’est dangereux à nos yeux. »

 

Oui pour les étrangers, non pour les chômeurs

 

Petit rappel pour finir.

 

En mai, le gouvernement avait proposé puis retiré dans la hâte un amendement qui donnait aux agents de Pôle emploi un droit de communication sur les données personnelles de chômeurs suspectés de fraude. « Le ministre [du Travail] s’est rendu compte que ça n’avait pas été suffisamment concerté », avait commenté l’entourage de François Rebsamen à l’AFP.

 

Devant la colère des associations d’aide aux migrants, le rapporteur du texte, Erwann Binet, s’est dit prêt ce mardi à réécrire les deux articles dénoncés. Mais le ministre Cazeneuve ne compte pas imiter le ministre Rebsamen. Il a répondu :

« Je suis prêt à améliorer la rédaction du texte mais absolument pas à l’affaiblir dans sa capacité à lutter contre la fraude. »

 

Ce qui est choquant pour les chômeurs ne l’est pas (encore) pour les étrangers.

 

Pour en savoir plus:

 

Projet de loi sur l'immigration: "une épée de Damoclès pour les étrangers"

 

Projet de réforme du droit des étrangers en France

 

Actualité droit de l'immigration, séjour des étrangers et de l'asile en France

 

Loi immigration : le défenseur des droits met en garde les députés

Repost 0
Published by never-surrender - dans ne soyons pas dupe!!!
commenter cet article
19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 10:50

Jamais ils n’ont été si nombreux affirme le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

L’agence de l'ONU parle d'un niveau record pour 2014, avec 60 millions de personnes déplacées et réfugiées.

Une situation dramatique devant laquelle le HCR se déclare de plus en plus dépassé. A la veille de la Journée mondiale des réfugiés du 20 juin, faisons le point sur ce « drame » des migrants.

 

 

« Il y a une accélération saisissante » du nombre de personnes forcées à fuir, constate le Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies.

 Selon son dernier bilan établi pour 2014, on dénombre 59, 5 millions de déracinés contre 51,2 millions pour l’année précédente et 37,5 millions il y a à peine une décennie. 

 

Impuissance

 

Une inflation telle « que nous ne sommes plus capables de ramasser les morceaux » déplore Antonio Guterres le patron du HCR qui insiste sur l’impuissance des agences humanitaires.  « Nous n’avons pas les capacités, les ressources pour toutes les victimes des conflits » et loin de s’améliorer, cette déficience devrait encore s’accentuer puisque « nous attendons un pic du nombre de déplacés et de réfugiés pour la fin de l’année » ajoute M. Guterres.
 
Migrants, déplacés, réfugiés, ces mots qualifient les populations qui fuient la guerre, la pauvreté et de plus en plus, une terre qui ne les nourrit plus, conséquence du
changement climatique.

Ces déplacements forcés recouvrent de nombreuses situations très différentes et selon leur cause, ces 60 millions de personnes concernées verront leur cas examiné avec bienveillance ou défiance.
 
Réfugiés

 

« C’est une réalité mouvante », écrit la Fondation Robert Schuman. Des premiers dissidents du bloc soviétique au demandeur d’asile actuel, fuyant son pays pour trouver un travail et manger à sa faim, il y a en effet un monde.

Le statut de réfugié est défini par la convention de Genève de 1951 qui a été signée par 147 pays.
 
En signant ce texte, les Etats reconnaissent le droit d’une personne à être protégée par un autre Etat que le sien lorsqu’elle craint avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques.
 

 


Cela peut aller de l’opposant politique au militant des droits de l’homme dans des pays à régime autoritaire, à une appartenance religieuse (Rohingyas, chrétiens…) ou à un groupe social pourchassé…
 


Déplacés

 

On parle de déplacés quand il s’agit de personnes obligées de quitter leur lieu d’origine tout en demeurant dans leur pays. Le déplacement peut avoir pour origine un conflit armé, la violation des droits de l’homme, une catastrophe naturelle ou écologique.
 


Actuellement, la Syrie est le pays qui compte le plus de déplacés avec 7,6 millions d’habitants qui ont dû, forcés par la guerre, changer leur lieu d’habitation sur le territoire syrien.
 
Venant toujours de
Syrie, on dénombre également 3,88 millions de réfugiés. Selon le dernier rapport du HCR la Syrie détient l’affligeant record du nombre le plus élevé de déplacements de population jamais enregistré dans le monde.
 


Migrants

 

 

En 2014, rappelle le HCR, plus de 219 000 réfugiés et migrants ont franchi la Méditerranée au péril de leur vie. Quelque 3 500 hommes, femmes et enfants n’ont jamais atteint l’autre rive…

Rien ne distingue a priori un réfugié d’un migrant : fuyant un conflit, des persécutions et cherchant du travail, tous les deux sont en quête d’une autre vie.
 
Pourtant, les autorités du pays où il posera le pied, si tout se passe bien, chercheront à distinguer celui qui ressort du statut de l’
asile de celui qui souhaite gagner sa vie, donc qui relève de l’immigration économique.

Pour ce dernier, la reconduite à la frontière est le plus souvent requise alors que l’autre bénéficiera peut-être du statut de réfugié au terme d’un parcours long et difficile, tant les deux situations s’entremêlent.
 
Dans les faits, relève la Fondation Robert Schuman, ces migrations se caractérisent aujourd’hui par « l’effacement des distinctions entre les catégories de migrants ».

 

Un point sur lequel vient buter l’Europe dont les pays membres ne sont pas près de trouver une politique commune sur le sujet.

Signe de cette méfiance, le vif échange du week-end dernier entre la France et l'Italie qui se sont renvoyé la balle sur le sort des dizaines de migrants massés à Vintimille, à la frontière franco-italienne.

 

Pour en savoir plus:

 

Réfugiés, migrants

 

Aylan Kurdi

 

Guerre Chiites et Sunnites: conséquences

 

Réfugiés du camp de La Chapelle à Paris

 

Calais

 

CRA

 

Coût humain ( ici aussi )

 

Coût financier pour l'Europe

 

Immigration. Les vrais chiffres, l’Allemagne devant la France

 

Journée mondiale des réfugiés : des chansons pour illustrer des destins bouleversants

 

60 millions de réfugiés dans le monde, un record depuis la Seconde Guerre mondiale

Réfugiés: l’Europe se montre bien trop frileuse

 

Migrants : et si ouvrir les frontières générait de la richesse ?

 

L’Europe confrontée à un afflux inédit de migrants traversant la Méditerranée, selon l’ONU

Repost 0
Published by never-surrender - dans ne soyons pas dupe!!!
commenter cet article
8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 13:51

S'il semble peu vraisemblable que Vladimir Poutine ait orchestré lui-même ce meurtre, tout porte à croire que les commanditaires appartiennent à des clans gravitant dans les coulisses du pouvoir, et poussant à une radicalisation du régime.

 

http://www.lesechos.fr/medias/2015/03/06/1099317_la-presidence-poutine-au-revelateur-de-laffaire-nemtsov-web-tete-0204204354212.jpg

 

Si un leader de l'opposition était assassiné en face de l'Elysée, peu soupçonneraient le président d'être derrière ce meurtre politique. En revanche, juste après l'assassinat, vendredi dernier, sur un pont adjacent au Kremlin, de Boris Nemtsov, l'un des plus virulents critiques de Vladimir Poutine, le président russe a été immédiatement pointé du doigt. Par la presse occidentale. Et par la foule de simples citoyens qui, à Moscou, ont défilé dimanche pour rendre hommage à « Boris ».

Il semble invraisemblable que Vladimir Poutine ait commandité lui-même le meurtre d'une des personnalités libérales les plus en vue à Moscou et en Occident. Car cet événement écorne sérieusement sa réputation de chef d'Etat contrôlant le pays et assurant sa stabilité, élément clef de sa popularité en Russie depuis quinze ans. Et c'est une catastrophe de plus pour l'image internationale du président qui, en pleine crise ukrainienne, n'avait pas besoin de nouvelles critiques américaines et européennes sur la gestion de son front intérieur.

Le chef du Kremlin a qualifié le meurtre de « honte » et a mis en garde contre la recrudescence des « crimes extrémistes ». Mais, manquant de coeur et de hauteur politique, il n'a pas daigné assister à la cérémonie funéraire. Le geste aurait pourtant été fort. L'exécutif a seulement dépêché le vice-Premier ministre, Arkadi Dvorkovitch, l'un des rares représentants des libéraux encore présents au gouvernement, mais de moins en moins influents face aux « durs » à la faveur de la crise ukrainienne.

Ce sont ces clans de « Siloviki », représentants des forces de sécurité, qui ont intensifié ces derniers mois la campagne de haine contre toutes les voix critiques. Les médias publics ne cessent de dénoncer les « traîtres » et « ennemis de la Russie », membres de cette « cinquième colonne » que fustige si souvent Vladimir Poutine. Le président n'a certes jamais ciblé Boris Nemtsov. Mais, à la télévision, la propagande l'avait visé nommément.

 

http://i.guim.co.uk/media/w-620/h--/q-95/0e92ba53e4ed0b276c393e702c4d00d740b41faa/0_104_4095_2457/1000.jpg

 

Il n'est donc pas surprenant que, au milieu des fleurs et des bougies sur le pont du meurtre, des sympathisants de Boris Nemtsov aient mis une pancarte sous sa photo : «  Tué par la machine d'Etat ». Car, s'il n'a pas commandité son élimination, Vladimir Poutine est bien responsable de cette mécanique de haine désormais hors de contrôle. « Les extrémistes empoisonnent la société avec leur militantisme nationaliste, leur intolérance et leurs agressions », a fustigé le président. Il visait la révolution ukrainienne. Mais, en Russie, c'est la propagande du Kremlin qui entretient ces extrémismes.

L'opposante Xenia Sobchak soulignait d'ailleurs  : « En fait, ce serait moins inquiétant si c'était Poutine qui avait ordonné le meurtre de Nemtsov. Cela serait certes l'action d'un système affreux, mais au moins d'un système gérable. Or je crains que cela ne soit pas le cas (…). Poutine a construit un redoutable "Terminator" et en a perdu le contrôle. »

Les réactions de Vladimir Poutine continuent par ailleurs d'interpeller. La nuit du meurtre, contrairement à ses habitudes, il a très vite réagi. dénonçant «  une provocation ». Une provocation à l'insu du Kremlin, mais sous ses murs ? Par qui et pour qui ? Des services secrets américains ou ukrainiens, comme l'affirment les médias officiels russes ? Mais une telle opération dans le quartier le plus surveillé du pays, avec une probabilité élevée de voir leurs agents arrêtés et des conséquences diplomatiques désastreuses aurait été un risque insensé pour Kiev ou Washington.

Avec ou sans l'aval de certains clans dans les coulisses du pouvoir, l'assassinat de Boris Nemtsov porte les marques d'une action politique menée par des membres des services gravitant ou ayant gravité autour de l'élite poutinienne.

Son timing, deux jours avant un grand défilé de l'opposition, et l'endroit, dans une zone ultrasécurisée jouxtant les murs du Kremlin, n'ont pas pu être choisis au hasard. Les commanditaires savaient que, dans l'opposition et à l'étranger, on allait tout de suite accuser Vladimir Poutine.

C'est ce qu'ils recherchaient. S'agit-il du coup d'une « provocation » contre le président qui, malgré sa popularité record, est menacé par l'impact de la plus grave crise économique que le pays ait connue depuis son arrivée au pouvoir ? Ou est, au contraire, une « provocation » pour le soutenir, orchestrée par des extrémistes qui ont cru agir dans leur intérêt et celui du président ? Dans les deux cas, les commanditaires seraient des insatisfaits du système poutinien qui, avec ou sans lui, oeuvreraient à une radicalisation du régime, via par exemple, une invasion de l'Ukraine, pour couper les ponts avec l'Occident.

Il se trouve que Boris Nemtsov travaillait à un rapport sur l'implication militaire russe auprès des séparatistes dans l'Ukraine orientale et avait annoncé sa divulgation prochaine lors d'une émission de radio. Franchissant ainsi peut-être une ligne rouge, conduisant à son élimination trois heures plus tard. Les commanditaires pourraient aussi être des proches des séparatistes prorusses de l'Ukraine orientale qui auraient espéré que, par ricochet, le meurtre accélère la détérioration des relations entre Moscou et l'Occident, le pourrissement de la situation dans le Donbass et donc la chute du pouvoir pro-européen à Kiev.

Le meurtre de Boris Nemtsov risque donc d'être plus qu'une funeste date dans la longue liste des assassinats non élucidés. Il pourrait révéler des tensions au sein de l'élite très plurielle et peu transparente au pouvoir, annoncer de sérieux troubles, voire, peut-être, des bouleversements politiques inattendus.


 

Pour aller plus loin:


Les conditions et l'enquête


Repost 0
Published by never-surrender - dans ne soyons pas dupe!!!
commenter cet article
10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 10:29

Il n'y a pas de mots pour décrire l'ensemble des émotions qui nous bouleverse depuis l'attaque contre CHARLIE HEBDO.

 

Toutes et tous avons été touchés profondémment par une telle violence. Never Surrender s'associe logiquement à l'hommage aux victimes.

 

Comment en parler aux enfants?

 

10422364_1439911479605217_7945367091568765904_n.jpg

 

Mais ne soyons pas dupe des discours ça et ambiant qui essayent de tirer profit d'un tel drame. La récupération et l'intoxication sont leur mode de fonctionnement.


Rapellons nous "l'esprit CHARLIE" et ce qu'ils penseraient de ce type de discours.

Charlie Hebdo se réclamait toujours d'un esprit libertaire, de combats pour l'égalité et la solidarité. Les mesures liberticides, inégalitaires, voire militaires qui se profilent, en profitant de l'émotion suscitée par cette tuerie, sont à l'antithèse de l'hommage à leur rendre.

 

http://www.afrik.com/IMG/gif/caricature_vierges.gif

 

Le faux débat sur l'unité républicaine ne doit pas cacher les dessous nauséabonds qui nous attendent. Tout n'est que récupération.

 

Ainsi, le gouvernement propose de se diriger vers le tout sécuritaire et liberticide assumé au mépris des droits de l'Homme fondamentaux. Moins de libertés, plus de surveillance pour votre sécurité en somme.

 

Cependant, on sait bien que les résultats d'une telle orientation sont peu concluant.

Malgré des efforts internationnaux, nous sommes face à un échec cuisant dans la lutte contre le terrorisme. Entre ingérence et soutien multiples, celui ci continue de se répandre et de faire de victimes.



Les "lois liberticides" ne "sont pas la... par BFMTV

 


Yannis Youlountas quant à lui résume assez bien cette idée comme d'autres d'ailleurs. (ici aussi et )

 

L'avenir semble malheureusement sombre devant nous.

En plein essor du mouvement PEGIDA en Allemagne et son introduction en france, cette affaire est du grain à moudre pour les islamophobes de tout poils férus d'amalgames en tout genres.

 

La condamnation publique des islamistes par les mulsulmans est donc bienvenue.

 

Dommage que ce soit, une fois de plus, des gentils qui prennent des coups mortels en lieu et place des vrais responsables.

 

CHARLIE n'est pas mort!!! Preuve en est...


http://www.actuabd.com/IMG/jpg/Plantu-caricatures-mahomet.jpg

 

Pour rappel: 

 

Les faits!!!

Chronologie des lois liberticides

 Récapitulatif des lois sécuritaires

Repost 0
Published by never-surrender - dans ne soyons pas dupe!!!
commenter cet article
30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 10:47

Mal connu du grand public, le projet de zone de libre-échange transatlantique est au cœur de la campagne des élections européennes. Ses détracteurs craignent de voir l'Europe pieds et poings liées face aux entreprises.

 

Le grand public ne la connaît pas. Personne ne sait pas exactement ce qu'il y a dedans. Mais tous ou presque la conspuent aujourd'hui. Son nom – elle en a porté plusieurs - revient de manière insistante dans le discours des candidats EELV, Front de Gauche ou même du FN, clouée au pilori comme la source des futurs maux de l'Europe.

 

Elle, c'est la Zone de libre-échange transatlantique, souvent désignée par l'acronyme TAFTA (pour Transatlantic Free Trade Area), pourtant abandonné au profit de TTIP (pour Transatlantic Trade and Investment Partnership, soit "Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement").

 

 

Ce traité en cours de négociation entre l'Union européenne et les Etats-Unis doit en tout état de cause, s'il est signé, modeler durablement le paysage économique social et politique en Europe. Au point d'amener l'hebdomadaire Marianne, dans son édition du 11 avril, à titre en une : "Comment les Américains vont nous bouffer". Ambiance.

 

Le TAFTA à l’Assemblée Nationale le 22 mai !

 

En quoi consiste le traité TAFTA ou TTIP ?



Cet accord a pour vocation la mise en place d'une zone de libre échange entre le vieux continent et les Etats-Unis, dans l'esprit de ce qui existe déjà sur le continent américain entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique (Alena).

 

Une cinquantaine d'articles sont en cours de négociations, officiellement depuis l'été 2013, plus officieusement, sous diverses dénominations, depuis plusieurs années, sa signature prévue en 2015 représentant l'aboutissement de plusieurs accords et mesures déjà adoptées par l'Union européenne.

 

Le but est de jeter les bases d'un immense marché commun – 820 millions de foyers selon LeMonde.fr, qui publie un excellent dossier réalisé par les Décodeurs – par une harmonisation progressive des réglementations et de la reconnaissance mutuelle des règles et normes en vigueur.

 

Le quatrième tour de négociations a eu lieu en mars dernier. Le président de la République François Hollande, rappelait le Canard enchaîné dans une tribune datée du 19 mars dernier, souhaite une signature "le plus vite possible". Un cinquième round de négociations doit s'ouvrir en juin, peut-on lire sur la chronologie mise en ligne par la Quadrature du Net.

 

http://www.sudouest.fr/images/2014/04/22/1532903_negociations-commerciales-europe-etats-unis-20157-hd_800x1067p.jpg?v=1

 

 

Quels sont les avantages du traité TAFTA?


Le but avoué de la signature d'un tel traité est de revitaliser les économies des nations signataires.

Le gain évalué évoluerait entre 0.01 % et 0.05 % de PIB par an, sur les dix premières années d'entrée en vigueur des accords, rappelle LeMonde.fr.

Les partenaires de l'accord mettent en avant la création de plusieurs millions d'emplois. Une affirmation notamment reprise par le Premier ministre britannique David Cameron lors du lancement des négociations.


  • Pourquoi TAFTA fait-il peur ?

 

http://1.bp.blogspot.com/-nZ1kIrcCB1c/U0f-U18m2fI/AAAAAAAARVc/cnJFD_iRDF8/s1600/140411-berlaymonstre.jpg

 

Parce que les négociations sont aujourd'hui menées dans une relative discrétion, d'une part.

Parce que les estimations de croissance mises en avant sont contestées par des organisations non-gouvernementales comme Attac.


Réunies au sein du collectif #StopTafta, elles estiment même que la signature d'un tel traité, "aboutissement de plusieurs années de lobbying des groupes industriels et financiers" qui implique "le démantèlement ou l'affaiblissement de toutes les normes qui limitent les profits des entreprises", serait destructrice d'emplois.

 

Pourquoi le traité de libre-échange constitue une menace pour le droit du travail et l’action syndicale

 

La candidate tête de liste EELV de la région Sud-Est, Michèle Rivasi, n'hésite pas à qualifier le traité de "négation de l'Europe".

 

(vidéo en anglais, sous-titres en français disponibles)


L'adoption du traité signifierait surtout, estime notamment l'Eurodéputée Corinne Lepage dans une tribune publiée par l'Obs.fr, la fin de la souveraineté des états dans de multiples domaines : agriculture, environnement, industrie…


Des élus écologistes, mais aussi socialistes Front de Gauche estiment que les positions de la France sur les OGM ne seraient plus tenables dans le cadre de cet accord.


Il en serait de même sur le dossier du gaz de schiste, estime Le Canard Enchaîné, mais aussi sur les politiques de santé publique contre lesquelles les cigarettiers pourraient intervenir.


Et de citer l'Uruguay, qui mène une campagne anti-tabac des plus actives, qui se voit réclamer une indemnité de plusieurs milliards de dollars par l'entreprise Philip Morris. Un cas parmi les nombreuses attaques contre les politiques nationales, listées par le Monde Diplomatique.

 

Tweet de Corinne Lepage:

https://twitter.com/corinnelepage/statuses/458252287241363457


 

http://www.scoopnest.com/fr/user/corinnelepage/tag/TAFTA/

 

Ce que vous pensez du débat sur la "Zone de libre-échange transatlantique"

 

  • Un arbitre libéral américain pour les litiges

 

 

La signature du traité implique, rappellent les commentateurs, la reconnaissance du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi), à Washington, comme tribunal d'arbitrage dans les litiges entre entreprises privées, mais également entre ces entreprises et les Etats.


Une disposition qui a mené à l'ouverture d'une enquête publique accessible via internet sur les "sur les modalités du mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États dans TAFTA" jusqu'en juin 2014. 


Cette cour dépendant de la Banque mondiale, composée de professeurs de droit et d'avocats d'affaires, est en effet renommée pour ses vues néo-libérales.

 

Un Etat comme le Canada aurait vu ses positions systématiquement retoquée au profit des entreprises plaignantes.

 

L'équipe des Décodeurs, pour LeMonde.fr, émet un bémol à ces affirmations, sans pour autant calmer les craintes des détracteurs du traité.

 

"D'un point de vue statistique, en revanche, les Etats obtiennent gain de cause légèrement plus souvent (42 % des cas) que les investisseurs (31 %), selon un décompte des Nations-unies portant sur 2013. Le tiers restant se conclut par un règlement à l'amiable."

 

Libre-échange : qui pense quoi sur le Tafta ?

 

TAFTA : un projet de verrouillage de la gouvernance mondiale au seul profit des grandes entreprises.

 

 [DOSSIER] TAFTA expliqué pour les nuls… et les Citoyens !

 

 Tafta: restez informé

 

TAFTA : premier pas vers un super-ACTA

 

Europe : la liberté de cultiver entravée par les futurs traités de libre-échange

 

Une Charte Dérégulatrice, une Offensive contre l’Emploi, la Fin de la Démocratie

 

Débat des Atterrés : ce qu’il y a derrière les négociations Europe - Etats-Unis

 

pétitions:

 

Signez ici et ici, et surtout.

 

 


Repost 0
Published by never-surrender - dans ne soyons pas dupe!!!
commenter cet article
28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 18:38

http://www.directmatin.fr/sites/default/files/styles/image_630_315/public/Part-PAR-Par7726678-1-1-0_0.jpg

Le professeur Gilles-Eric Seralini, auteur d'une étude sur la toxicité du maïs OGM NK603, et l'eurodéputée française Corinne Lepage donnent une conférence de presse à Bruxelles, le 28 novembre 2013

 

La tentative de faire disparaitre une étude critique et controversée sur un OGM commercialisé dans l'UE démontre l'influence croissante des groupes de pression sur le processus d'expertise et constitue "une menace pour la sécurité alimentaire", ont accusé jeudi à Bruxelles un groupe d'élus européens et de scientifiques.


"Je veux lancer aujourd'hui un cri d'alarme contre la prise de pouvoir des lobbies. C'est extrêmement préoccupant pour nos sociétés", a annoncé l'eurodéputée libérale française Corinne Lepage, ancien ministre de l'écologie, au cours d'une conférence de presse au Parlement européen.


Mme Lepage s'est alarmée de la décision de la revue scientifique Food and Chemical Toxicologie (FCT) de retirer de sa publication l'étude très controversée du professeur français Gilles-Eric Séralini démontrant la toxicité du maïs OGM NK603 développé par le groupe américain Monsanto.


La revue avait publié l'étude du chercheur français en novembre 2012 et, à l'époque, FCT avait farouchement défendu son choix de publication.

Mais, le 19 novembre, le rédacteur en chef de FCT, A. Wallace Hayes, a fait marche arrière. Tout en admettant n'avoir relevé aucune preuve de fraude dans l'étude, il a annoncé que l'article sera prochainement "retiré de la publication".


Présent à la conférence de presse en compagnie d'autres scientifiques et de représentants d'organisations civiles M. Séralini n'entend pas se laisser faire.

 

La décision du rédacteur en chef de FCT "vise à achever le processus de décrédibilisation" de l'étude, a accusé Mme Lepage.


Cela revient en effet à gommer l'existence de cette étude, qui ne pourra plus être prise en référence pour l'évaluation des risques lors de l'examen des demandes d'autorisation des OGM pour l'alimentation et surtout pour la culture dans l'UE.

 

http://img.over-blog.com/300x299/1/33/97/14//ogm-grenade4.jpg


La décision de la revue suit "l'arrivée dans le comité éditorial de Richard Goodman, un biologiste qui a travaillé plusieurs années chez Monsanto", a soutenu M. Séralini.


Le procédé a déjà eu des précédents. Une étude sur un autre OGM menée par une équipe de chercheurs brésiliens n'a tout simplement pas été publiée, a expliqué le chercheur français.


"L'étude de Séralini est une expérience pilote et elle a pour but d'être confirmée", a plaidé Paul Deheuvels, membre de l'académie des Sciences.


L'intervention des lobbies vise à éviter cela, soutient Corine Lepage. "Ils veulent fermer la porte à des études sur le long terme", a-t-elle dénoncé.

 

http://www.ogm.org/sites/ogm.org/files/uploads/distribution-des-cultures-ogm-par-pays-de-2001-a-2012.jpg


Autorisation de nouveaux OGM


L'élue européenne a appelé les scientifiques à se mobiliser pour que cessent les pressions sur les revues. Elle a également réclamé le départ des personnes venues des lobbies engagées par la Commission européenne et par l'Autorité européenne pour la sécurité des aliments (EFSA) chargée de l'évaluation des risques des OGM.


Corinne Lepage a cité nommément Anne Glover, "une ancienne de Monsanto" engagée comme conseillère scientifique par le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, accusée de "faire régulièrement des déclarations pro-OGM".


Le processus d'évaluation des risques mené par l'EFSA sur les OGM est depuis des années sous le feu des critiques au Parlement européen. Mais les Etats membres refusent d'intervenir.


L'Observatoire de l'Europe Industrielle (CEO), une ONG basée à Bruxelles a démontré dans une étude que 59% des membres des groupes de travail de l'EFSA sont en situation de conflit d'intérêt, car liés à l'industrie.


Le résultat est une "évaluation des risques très faible dans l'UE", a commenté Nina Holland du CEO.

La Commission européenne et l'EFSA récusent ces accusations.

Mais les institutions européennes éprouvent les plus grandes difficultés à réglementer les activités des lobbies.


Un registre a été institué, mais l'inscription se fait sur une base volontaire et des groupes comme Monsanto refusent de coopérer.


La conférence de presse organisée jeudi par Corinne Lepage intervient alors que les Etats membres de l'UE doivent se prononcer dans les prochaines semaines sur une nouvelle demande d'autorisation de cultiver un maïs OGM jugé sans risques par l'EFSA.


Un représentant de Monsanto a réagi en estimant que l'étude du professeur Séralini a été condamnée il y a un an pour son manque de crédibilité.

 

 OGM et affaire Séralini : les acteurs d'une violente controverse

 

 le scandale de trop ?

 

 Les effets toxiques graves d'un maïs OGM et de l'herbicide Roundup

 

Conflits d’intérêts à l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire

 

 Comment la diplomatie américaine veut imposer les OGM

 

 Maïs OGM : les moratoires de l'Italie et du Luxembourg retoqués par l'Efsa

 

Tous Cobayes ? Monsanto : de Hiroshima aux OGM poisons, des attaques massives contre l’Humanité

 

 Science et conscience

 

Après le retrait de son étude, le Pr. Séralini a enfin accès à un droit de réponse

 

https://twitter.com/NOsurenderingNO/status/464475334851952641

 


Repost 0
Published by never-surrender - dans ne soyons pas dupe!!!
commenter cet article
12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 20:39

En moyenne, les 50 premiers groupes européens possèdent chacun 117 filiales offshore. Certaines entreprises du CAC 40 font preuve d'une faible transparence sur leurs implantations dans les paradis fiscaux

 

http://www.latribune.fr/getCrop.php?ID=4288310&ext=jpg&W=770&H=380&ptr=0

 Avec 768 filiales dans les paradis fiscaux, Deutsche Bank détient le record européen Copyright Reuters

 

« Les paradis fiscaux, c'est fini » avait déclaré Nicolas Sarkozy en 2009. Ce n'est pas ce que semblent penser les dirigeants des grandes entreprises européennes.

Depuis que la «guerre » a été déclarée aux territoires dits non coopératifs en avril 2009, par le G20, ces entreprises ont... accru leur présence offshore.

 

Une enquête de l'ONG CCFD Terre solidaire, publiée ce mercredi, établit ce constat, après analyse des 50 premiers groupes européens. En fait, le nombre de filiales offshore a augmenté de 16% entre 2009 et 2012.

Certes, ce chiffre doit être relativisé : d'une part, le nombre total de filiales s'est accru de 33%, d'autre part, la hausse concernant les paradis fiscaux peut n'être qu'apparente, étant due à une transparence accrue des entreprises multinationales.

 

Si l'on considère le nombre d'entités offshore, rapporté à la totalité des filiales, ce rapport a un peu diminué, depuis 2009, passant de 21% à 18,3%. Mais de là à dire que « c'est fini »...

 

En moyenne, les grands groupes européens possèdent chacun 117 filiales dans les paradis fiscaux. Ces implantations représentent 29% de leurs entités à l'étranger. Les 50 groupes sous revue ont davantage de filiales aux îles Caiman qu'au Brésil, et deux fois plus qu'en Inde...

 

En tête, la Deutsche Bank

 

L'entreprise championne en Europe des paradis fiscaux, c'est la Deustsche Bank, qui en possède... 768. La banque allemande connaît particulièrement l'Etat américain du Delaware et le Luxembourg. 57% de ses filiales sont localisées dans ces territoires non coopératifs, au nombre de 60 dans le monde (l'ONG a retenu la liste établie par Tax Justice Network).

 

En France, CNP Assurance possède 22 filiales dans des paradis fiscaux sur un total de 41 filiales, soit un taux également très élevé de 54%. Mais il est vrai que le nombre est faible en valeur absolue, et qu'aucune présence de l'assureur n'est décelée dans les 14 paradis fiscaux au sens de l'OCDE, les moins coopératifs des Etats.

Le véritable record français, il est détenu par BNP Paribas, qui possède 214 filiales offshore. Au Royaume Uni, Tesco (distribution) en possède pas moins de 109 localisées dans des territoires à faible fiscalité, avec une forte implantation à Hong Kong. La banque HSBC n'est pas mal située, avec 136 filiales. Elle détient le record de la présence aux îles Vierges britanniques (BVI).

 

Les banques "friandes d'opacité"

 

Du reste, l'ensemble du secteur bancaire est particulièrement représenté dans les paradis fiscaux, relève l'étude. La banque Lloyds et la Deustche Bank détiennent le taux record de filiales implantées offshore (respectivement 59% et 57% de leurs filiales).

 

Surtout, "les banques sont particulièrement friandes d'opacité" souligne le CCFD : "les douze banques de notre étude détiennent à elles seules la moitié des filiales que nous avons recensées dans les trous noirs de la finance mondiale" peut-on lire dans le document.

Par "trou noir", les experts entendent les teritoires les plus opaques.

 

Les îles Caïman, Jersey et la Suisse parmi les plus opaques et les plus prisés

 

Ainsi, les banques affectionnent notamment les territoires comme les îles Caïman, Jersey, la Suisse, qui affichent un "indice d'opacité", estimé par l'ONG, supérieur à 75%.

Mais ce sont les Pays Bas, l'Etat américain du Delaware, et le Luxembourg, un peu moins opaques, qui accueillent le plus grand nombre de filiales de groupes européens.

 

Des Français pas très transparents

 

Les 50 groupes européens diffusent plus ou moins d'informations sur ce sujet sensible. Douze d'entre eux ne rendent publique qu'une liste, bien incomplète, des « filiales principales ».

Sur ces douze peu transparents, on compte six entreprises françaises, et pas les plus petites (elles figurent au CAC 40) : Axa, Total, France Télécom, EADS, GDF Suez, Arcelor Mittal. Ainsi, l'opérateur téléphonique annonce 400 filiales, mais n'en liste que 32. Total lâche le chiffre de 883 entités, mais n'en liste que de 179. Et, sur ces dernières, il ne diffuse pas nécessairement le pays d'implantation.

 

Les recettes fiscales 2013 revues en baisse de huit milliards

 

Peugeot, Total, BNP, HSBC… Ils comptent 4.858 filiales dans les paradis fiscaux

 

Les 1548 filiales des entreprises du CAC40 dans les paradis fiscaux

Repost 0
Published by never-surrender - dans ne soyons pas dupe!!!
commenter cet article
3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 10:57

Maître Raynald Parker a remis à la présidence de la République une invitation à déposer dans le procès René Teulade. Une première sous la Ve République !


Délivrera, délivrera pas...


Depuis lundi, un bras de fer opposait un huissier de justice au cabinet de l'Élysée. L'enjeu était de taille : une association voulait "inviter" le président de la République à venir déposer lors du procès du sénateur René Teulade, l'ex-député suppléant en Corrèze de François Hollande condamné en 2011 pour avoir bénéficié d'avantages indus au détriment de la Mutuelle retraite de la fonction publique (MRFP).

 

L'invitation a été remise en main propre par maître Raynald Parker, huissier à Paris, au colonel Éric Bio Farina, commandant militaire de la présidence de la République.

 

Mardi, l'huissier chargé de transmettre à François Hollande la fameuse "invitation" s'était cassé les dents. Le responsable de la garde républicaine avait fait savoir qu'elle empêcherait l'huissier de pénétrer dans le palais de l'Élysée et Pierre Valleix, le conseiller justice de l'Élysée, avait annoncé à l'huissier que le président n'accuserait pas réception.


Cet "exploit" est une première sous la Ve République.

En mai 1999, maître Maurice C., huissier de son état, s'était rendu au 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré, mais avait patienté une bonne partie de la matinée dans une antichambre, avant de se rendre à l'évidence : le plus simple était de déposer cette assignation en mairie, comme pour un simple particulier.

"J'espère au moins une lettre d'explication"

Si l'article 67 de la Constitution empêche le président de la République d'être cité ou convoqué au cours d'un procès, le CIDS, partie civile dans le procès Teulade, a contourné la loi en invitant simplement le chef de l'État à déposer.

 

L'association, via son avocat maître Stéphane Bonifassi, s'appuie sur les déclarations tonitruantes de François Hollande, le 2 mai 2012, lors d'un débat télévisé avec Nicolas Sarkozy. Le candidat s'était alors engagé à répondre aux convocations de la justice :

 

"Moi, président de la République, j'aurai aussi à coeur de ne pas avoir un statut pénal du chef de l'État ; je le ferai réformer, de façon à ce que si des actes antérieurs à ma prise de fonction venaient à être contestés je puisse, dans certaines conditions, me rendre à la convocation de tel ou tel magistrat ou m'expliquer devant un certain nombre d'instances."

 

"J'espère que le chef de l'État se rendra à notre invitation comme il s'y est engagé à la télévision. Si ce n'est pas le cas, j'espère au moins une lettre d'explication", déclare au Point.fr l'avocat Stéphane Bonifassi.

 


À ce jour, François Hollande n'a toujours pas réformé le Code pénal, mais l'avocat du CIDS considère que rien n'empêche le chef de l'État de répondre à l'invitation d'une partie civile lors d'un procès, a fortiori quand il s'agit de celui de son ancien suppléant.

 

François Hollande avait été entendu lors de l'instruction en tant que trésorier d'une association qui avait bénéficié gratuitement de locaux de la MRFP alors présidée par René Teulade.

 

"Vous aviez alors expliqué que vous ne vous étiez pas interrogé sur les conditions financières de l'occupation par votre association des locaux appartenant à la MRFP", rappellent Stéphane Bonifassi et Nicolas Lecoq-Vallon dans leur fameuse invitation.

 

Pour justifier sa requête, l'avocat du CIDS revient aussi sur les déclarations du président de la République lors du Congrès de la Mutualité française, le 20 octobre 2012.

 

Et le conseil du CIDS d'enfoncer le clou dans sa requête.

 

"Nous aimerions obtenir vos réflexions sur ces faits. Nous aimerions également vous demander si vous pensez que René Teulade a eu une influence bénéfique sur le monde de la Mutualité française et si sa gestion pourrait être à l'origine des préjudices considérables subis par 500 000 adhérents du produit CREF, et ce, alors que d'autres, dont l'association dont vous étiez le trésorier, profitaient des largesses de la MRFP qu'il présidait."

 

Aujourd'hui, le passé de François Hollande le rattrape jusque sous les fenêtres du palais de l'Élysée..

 

Repost 0
Published by never-surrender - dans ne soyons pas dupe!!!
commenter cet article
17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 09:21

 

La culture de la stupidité serait à l'origine de la crise financière de la City. Une étude anglo-saxonne note que l'intelligence des salariés est systématiquement découragée en temps de crise.


Voilà une étude qui devrait pousser les managers à s'interroger. Un rapport rédigé par les professeurs Andre Spicer (de la Cass Business School, qui fait partie de l'université City University de Londres) et Mats Alvesson (de l'université de Lund, en Suède), suggèrent que la culture au sein des entreprises de services financiers décourage les employés d'utiliser l'ensemble de leurs capacités intellectuelles.....

Cela signifie que des questions importantes ne sont pas posées et que les oublis qui en résultent peuvent aboutir à des scandales comme la manipulation du LIBOR.


Dans « A stupdity-Based Theory of Organizations », ces deux professeurs vont jusqu'à indiquer que la série de scandales qui a frappé le monde de la finance en 2012 peut être attribuée à une culture largement répandue de la « stupidité fonctionnelle ».

Des entreprises au sein desquelles la connaissance prime, comme les banques, ont développé une culture prônant l'attitude « N'y réfléchissez pas, faites-le. ».

Réfléchir trop longuement à des difficultés et poser des questions gênantes sont des attitudes systématiquement découragées.

 

http://www.la27eregion.fr/IMG/jpg/P1040150.jpg


Quand la bêtise désarme


Les auteurs soulignent que les compétences des employés ne se sont pas réduites, mais qu'une véritable culture organisationnelle s'est développée : « De nombreuses entreprises, où l'intelligence des employés est primordiale, telles que les banques et les sociétés de services professionnels, assurent que les compétences sont à la base de leurs activités. Cependant, en y regardant de plus près, on s'aperçoit que la vérité est à l'opposé de cette affirmation.

En réalité, la stupidité prime dans nombre de ces entreprises. Elles ne sont pourtant pas composées de personnes présentant de faibles QI. Habituellement, c'est même loin d'être le cas.

Au contraire, ce sont plutôt ces entreprises qui incitent des personnes très intelligentes à ne pas mettre à profit l'ensemble de leurs capacités intellectuelles. Au lieu de cela, les employés sont supposés ne pas trop réfléchir et simplement faire leur travail », explique le professeur Spicer.

 

Comme l'indique Robert Musil dans son opuscule intitulé « De la bêtise », celle-ci « endort la méfiance, désarme ». « On retrouve quelques traces de ce genre de finauderie dans certains rapports de dépendance où les forces sont à tel point inégales que le plus faible essaie de s'en tirer en se faisant passer pour plus bête qu'il n'est. (...) le faible qui ne peut pas irrite moins le détenteur du pouvoir que celui qui ne veut pas », écrit Musil.

Mais aussi, comme le souligne cet intellectuel allemand dans cette conférence donnée en 1937, le phénomène de bêtise prend toute sa mesure dans des moments de panique....donc de crise, quand quelqu'un ou un organisme est soumis à une épreuve trop lourde ou une trop longue pression.

 

De fait l'étude parue dans le « Journal of Management Studies » souligne  que la « stupidité fonctionnelle contribue à maintenir et renforcer l'ordre dans les organisations ». Un phénomène bien connu des psychologues qui relèvent dans la peur une suspension d'activité et de l'intelligence, qui pousse à remplacer la qualité des actions par la quantité.

 

http://farm4.static.flickr.com/3380/3545001372_304ded5a06_m.jpg


Un mode managérial basé sur la persuasion


Rien d'étonnant donc à ce que des problèmes résultant de cette culture se révèlent d'après les deux professeurs uniquement lors de périodes économiques difficiles. Durant les périodes de croissance, cette culture permet, à l'inverse, aux employés de mieux collaborer et garantit que le travail est accompli de manière efficace et sans soulever de questions. Andre Spicer poursuit :

 

« Quand les employés d'une entreprise posent peu de questions, ils ont tendance à mieux s'entendre et à travailler plus efficacement. Cela leur rend la tâche plus facile : ils en profitent également. » Tout simplement parce que confiance et bienveillance génèrent une autonomie propre à effectuer son travail sans non plus se poser de questions...


Ce qui caractérise ces situations de crise, note les deux auteurs, c'est le développement d'un mode managérial basé sur la persuasion avec force images et symboles visant à manipuler les troupes dans une seule et même direction. Sorte de lobotomisation qui permet de calmer toute velléité de sortir de la route tracée et qui, soulignent les professeurs, « bloque l'action ».

 

Autrement dit, en évitant toute forme de confrontation constructive, les organisations se privent de ce qui fait l'essence même de l'échange des savoirs entre les salariés. Cette étude souligne ainsi à quel point les capacités cognitives des individus peuvent être limitées dès lors que s'instaurent des relations de pouvoir et de domination au lieu de faire appel aux ressources des individus.

 

http://1.bp.blogspot.com/-C2oid5xVrk8/Tp71PDpgqPI/AAAAAAAAiIY/t_7gKU7k88c/s320/change-management1.jpg


"La plus dangereuse des maladies de l'esprit"


En 1937, Musil était visionnaire lorsqu'il déclarait dans sa conférence sur la bêtise :

 

« on parle beaucoup aujourd'hui d'une crise de confiance de l'humanisme, d'une crise qui menacerait la confiance que l'on a mise en l'homme jusqu'ici ; on pourrait ainsi parler d'une sorte de panique sur le point de succéder à l'assurance où nous étions de pouvoir mener notre barque sous le signe de la liberté et de la raison (...) la bêtise « intelligente » entraîne l'instabilité et la stérilité de la vie de l'esprit.

Ce n'est pas une maladie mentale. Ce n'en est pas moins la plus dangereuse des maladies de l'esprit, parce que c'est la vie même qu'elle menace ».

 

Par un mode de management qui ne laisse pas de place à la singularité et aux ressources des individus, les organisations se privent de compétences essentielles pour continuer de se développer.

Comme le dit le réalisateur belge Jacques Sternberg, peut-être qu'un jour on découvrira que la bêtise n'est rien d'autre qu'un virus".

 

 Devenez responsable sans avoir jamais encadré.

 

 L’art de ne PAS diriger sa boite

 

 

Vers une théorie des entreprises stupides?

 

 


 

 

 

 

Repost 0
Published by never-surrender - dans ne soyons pas dupe!!!
commenter cet article
25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 12:36

Diminué, vous êtes moins productif et coûtez plus cher à votre entreprise. Surtout, « une machine déjà abîmée finit par craquer »... et battre des records d’absentéisme.


Paul exhibe d’un geste dramatique son doigt enturbanné dans un gros pansement. Le quadragénaire travaille à la plonge dans un hôtel-restaurant pour hommes d’affaires, à Lille. Il s’est coupé profondément avec une boîte de conserve dans une poubelle. Il s’en veut, il aurait dû bien la fermer avant de taper dessus pour qu’elle prenne moins de place, on le lui a toujours dit.

Il est très ennuyé, il ne veut pas s’arrêter de travailler, même si son doigt n’est pas cicatrisé. Il a mis cinq ans à trouver un emploi, et ce n’est pas maintenant qu’il va le laisser filer.

Ça s’appelle du « présentéisme » : venir travailler même quand on sent que son état de santé nécessiterait de rester chez soi. Ses motivations sont diverses :

  • sentiment d’être indispensable,
  • peur des représailles,
  • respect d’une échéance,
  • refus de voir son revenu baisser (dans les petites entreprises où il n’y a pas d’accord pour couvrir les trois jours de carence, dans la fonction publique où a été mis en place un jour de carence non rémunéré depuis début 2012).

Pratiquement quatre travailleurs européens sur dix sont allés travailler alors qu’ils étaient malades en 2010, selon l’enquête européenne sur les conditions de travail. Cette pression concerne particulièrement les soignants, les enseignants et les travailleurs sociaux. Le phénomène n’est pas nouveau mais se répand, constate Michel Vézina, chercheur en santé publique à Québec.

Une bonne nouvelle ? Pas si sûr. Ni pour l’entreprise, ni pour le salarié.

 

http://storage.canalblog.com/49/77/295434/57240210.gif


Des salariés moins productifs

Claire travaille par missions, dans la publicité. Quand elle doit répondre à un appel d’offres un vendredi soir ou se remettre à l’ouvrage un dimanche, elle a droit à des jours de récupération. Et pourtant :

« Je repousse le moment de les prendre, me disant qu’il faut que je termine les projets commencés, pensant que je vais tenir, et j’arrive à un moment où je n’en peux plus physiquement, mais surtout mentalement. Je n’ai plus envie de rien. Et j’ai du mal à me motiver pour bosser, je deviens lente, déprimée, et j’ai du mal à repartir. »

Au point d’être moins efficace au travail ? Tout à fait, répond l’Institute for Health and Productivity de l’université Cornell aux Etats-Unis, qui a compilé les études menées sur la productivité au travail en lien avec différentes maladies (asthme, arthrite, allergies, migraines, etc.).


Ça coûte cher à l’entreprise

Les chercheurs américains ont ensuite essayé de savoir si ces travailleurs au nez bouché – ponctuellement moins productifs – apportaient malgré tout quelque chose à l’entreprise, en se penchant sur le cas de 375 000 salariés.

Résultat : un salarié malade et présent ne rapporte en moyenne rien à son employeur. Au contraire, il lui coûte.

Un salarié affaibli s’avère en effet moins concentré sur sa tâche, effectue un travail qui doit parfois être refait, communique mal... Il fait ainsi perdre du temps à ses collègues et, au final, à l’entreprise.

La recherche a été publiée en 2004, et depuis de nouvelles études ont vu le jour. Michel Vézina, responsable d’une enquête québécoise [PDF] sur les conditions de travail, les a compilées :

« Le présentéisme coûte minimalement de deux à trois fois plus cher que l’absentéisme. Certaines études font même état de dix fois plus ! »

Quand le salarié est présent, c’est l’entreprise qui le paie, en salaire, mais quand il est absent, c’est la Sécurité sociale qui verse des indemnités journalières, voire personne quand il s’agit de jours de carence.

 

http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/104lasserpe.jpg


Ça rend encore plus malade

Sur son blog, Docteurmilie, médecin généraliste en Seine-Saint-Denis, raconte à quel point elle doit se battre avec ses patients pour leur coller des arrêts maladie. Elle évoque par exemple « Mme B., gardienne », qui est venue la voir le coude en tendinite :

« Elle a refusé à de nombreuses reprises mes arrêts, que pourtant j’avais rédigés et lui avais donnés. Elle ne veut pas s’arrêter, son travail c’est toute sa vie, elle est hyperactive. Elle a tenu le coup jusqu’à ce que le tendon se déchire et maintenant, cela fait plus d’un mois qu’elle est en arrêt. »

C’est le problème : quand « on utilise une machine déjà abîmée, elle finit par craquer », prévient Michel Vézina. Les salariés qui pratiquent le présentéisme sont plus largement sujets aux maladies de long terme, qui les empêchent durablement de reprendre le travail. Et battent des records... d’absentéisme, selon une étude [PDF] du National Institute for Working Life, en Suède.

Ils sont également davantage concernés, d’après la même enquête, par :

  • les troubles du sommeil ;
  • les problèmes digestifs ;
  • les douleurs dans le dos ou la nuque ;
  • un sentiment de déprime.

Enfin, les salariés qui font du présentéisme ont deux fois plus de problèmes coronariens sérieux (type infarctus), comme l’ont démontré des chercheurs anglais.


Ecouter ce que dit le présentéisme

Pour Michel Vézina, spécialiste en santé publique, il faut donc considérer le présentéisme comme un indicateur de santé important dans l’entreprise :

« Le présentéisme n’est pas l’animal à traquer… Quand il est élevé, il faut s’interroger sur l’organisation du travail. »

 

Comment savoir si l’on fait du présentéisme ?
Les symptômes suivants peuvent vous alerter, selon Michel Vézina : perte de concentration, de mémoire et d’attention (oublis, erreurs), diminution du rythme de travail, sentiment de fatigue intense au travail, problèmes de ponctualité, relations difficiles avec les collègues, irritabilité, isolement, diminution de la qualité des services.

Pas facile en France, remarque Alexis Motte, qui a réalisé pour son cabinet Mobilitis, avec OpinionWay, une enquête sur la mobilité au travail dans l’Hexagone :

« En France, il faut montrer qu’on est là, nettement plus qu’en Europe du Nord, et beaucoup plus que dans les groupes anglo-saxons où c’est une marque d’incompétence que d’être encore là à 21 heures. »

Alors venir travailler quand on est malade...


Et vous, vous arrive-t-il de venir travailler alors que vous sentez qu’il faudrait mieux resté alité ? Pour quelles raisons ? Pouviez-vous faire autrement ?


Bien que stressés, pressés et délocalisés, certains travailleurs sont devenus « accros » à leur taf au point d’y laisser leur santé mentale. Une aubaine pour toutes ces boîtes de psy spécialisées dans la gestion des risques psychosociaux.

 

Éléments de diagnostic.


La bonne nouvelle est tombée début septembre dernier : le taux d’absentéisme dans les entreprises françaises est à son plus bas niveau depuis 2007 . En moyenne, le salarié français ne s’arrête plus que 14,5 jours par an contre 17,8 en 2009.

 

L’heureuse nouvelle est colportée par l’Alma consulting group, un cabinet international d’expertise spécialisé dans le conseil en diminution de charges sociales et de coûts. Las, après avoir consacré le tire-au-flanc espèce en voie de disparition, le rapport pointe une épidémie en plein essor : le présentéisme.

 

La symptomatologie du bobo ?

 

Des salariés qui s’accrochent à leur fauteuil comme autant d’arapèdes à leur rocher pour un productivisme dérisoire, des zélés qui ne comptent plus leurs heures sup’ malgré un état physique ou moral au bord de la déglingue.

Au final, un travailleur zombie, « présent physiquement, mais psychiquement absent ». Un drame humain mais pas que, puisque l’épidémie coûterait à l’Europe, ô désastre suprême, la bagatelle de 20 milliards par an.


« Le présentéisme regroupe des situations très différentes, explique le psychanalyste et psychiatre Christophe Dejours .

 

Il y a des gens arrêtés par leurs médecins qui continuent de travailler, parce que sinon ils pensent à leurs angoisses. Ils se plongent alors dans une forme d’activisme pour éviter que leur “pensée libre” ne reparte. Il y a des cas où les médecins sont obligés par leurs patients à délivrer des aptitudes au travail, alors même que la santé du salarié est menacée par ses conditions de travail. C’est l’exemple du gars qui bosse dans la métallurgie avec un taux de plomb dans le sang important. Ces gens prennent des risques considérables avec leur santé tout simplement pour pouvoir bouffer. Enfin, il y a cette catégorie de travailleurs déjà fortement engagés dans leur boulot qui, si jamais leur boîte fait l’objet de dégraissage ou devient plus concurrentielle, compensent en travaillant davantage. »


À ce triptyque effrayant, il convient d’ajouter cette double menace extérieure qui pèse sur le monde du travail : un flicage des arrêts maladie en hausse constante et une crise économique grande pourvoyeuse de plans de licenciement.

 

http://www.djibitv.com/media/thumbs/320/3012.jpg

 

Un contexte anxiogène à l’origine du surinvestissement de certains salariés enclins à faire le paon devant leur hiérarchie, afin de ne pas faire partie de la prochaine brouette de lourdés. Quitte à y laisser sa santé.

 

Un tableau qui ne saurait être complet sans un minimum d’analyse des derniers bouleversements du monde du travail. « D’un côté, on a détruit les formes de solidarité et isolé les gens ; de l’autre, on a promu le culte de la performance, résume Christophe Dejours.

Dans ce nouveau schéma, le voisin, s’il réussit, devient une menace. Les gens se méfient, ils ne se parlent plus.

Prenons un exemple : un open-space chez Renault. Un ingénieur a besoin d’un renseignement pour un reporting concernant une filiale en Roumanie, mais ce renseignement ne peut lui être fourni que par son voisin. Il ne lui pose pas directement la question, non, il lui envoie un mail, alors que les deux types bossent à deux mètres. Et puis comme il n’obtient pas de réponse à son mail, il renvoie son message avec une quarantaine de destinataires en copie pour l’obliger à lui répondre. Ici, on voit à quel point l’organisation du travail a détruit toute notion de vivre ensemble. »


Du coup, il ne faut pas s’étonner que la gestion des risques psychosociaux soit devenue un business au chiffre d’affaire inversement proportionnel à celui de nos dettes publiques.

Un business largement favorisé par le « Plan d’urgence contre le stress au travail » pondu par le ministre du Travail en poste en 2009, un certain Xavier Darcos, suite aux vagues de suicides de France Télécom.

 

Dans le sillage, c’est tout un tas de cabinets d’expertise et de conseil, plus ou moins en cheville avec le Medef, qui ont vu le jour.

 

Des boîtes au blaze fleurant bon une SF de série B : Technologia, Altaïr Conseil, Axis Mundi et autre Psya, pour ne citer que les plus connues. Le crédo de ces psys du chagrin : travailleuses, travailleurs, nous allons vous aider à… vous adapter.


« Ces boîtes ne remettent jamais en question l’organisation du travail, ni ne s’intéressent vraiment à la psychologie individuelle, d’ailleurs, précise le professeur Dejours. Le principe est : quand ça ne va pas, c’est parce que les gens ne savent pas gérer leur rapport à la contrainte. Alors on va proposer des cours de yoga, de respiration, des médicaments. Récemment, j’ai appris que certaines sociétés donnaient à leurs salariés des carnets de tickets donnant droit à des entretiens avec des psychologues patentés. »

 

Un ticket-psy contre deux tickets-restau, on devine les ravages de ce marché noir naissant.

 

Travailler malade ou rester couché?

 

Le présentéisme en entreprise bien plus coûteux que l'absentéisme

 

 les ravages du... présentéisme !

Repost 0
Published by never-surrender - dans ne soyons pas dupe!!!
commenter cet article
15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 00:27

Documentaire - Media Education Foundation - Canada - 2008

 

Les enfants sont soumis à un brainwashing publicitaire intensif, dont ce documentaire donne une présentation saisissante...

Les enfants et leurs comportements observés au microscope par des publicitaires sans aucun scrupule pour pénétrer leur cerveau, leur esprit et y inscrire des marques pour vendre vendre vendre, tout et n'importe quoi pourvu que ça rapporte.

 

Pire, les nouveaux publicitaires sont d'anciens enfants, formés dans les écoles remplies de pub...

La pub est un danger démocratique majeur.

 

Les enfants, une cible idéale pour l'industrie du marketing qui développe des stratégies de plus en plus sophistiquées pour atteindre ce jeune public.

Dans ce documentaire de la "media education foundation", un organisme américain spécialisé dans l'impact des médias sur la culture et la politique, vous verrez comment, aux États-Unis, les spécialistes du marketing ciblent les bébés et les enfants de biens des façons, souvent pernicieuses, afin de s'immiscer dans tous les aspects de la vie de ses jeunes consommateurs.

 

Documentaire. Le refrain est connu, mais il n'est jamais mauvais de se le faire répéter: l'avènement de la consommation de masse a profondément transformé le rapport de l'humain aux objets, aux désirs, aux autres, à l'envie,à` l'environnement...

 

Moins libre, plus individualiste, plus angoissé et surtout destructeur aveugle de ressources naturelles, le consommateur est passé en près de 50 ans de l'état de moteur d'une économie en mutation à celui de tare inquiétante dans un système dont la redéfinition serait aujourd'hui inévitable.,.

Des fondements de l'American way of life (Le rêve américain), dans les années 1950 et 1960, à la consolidation de la propagande commerciale, dans les années 70, en passant par la vie de banlieue et le syndrome du voisin gonflable, la balade dans les méandres de nos travers et paradoxes humains est plus que fascinante avec ses assemblages de messages publicitaires d'époque, ses rencontres avec des penseurs de la modernité et ses petites vox populi où les citoyens-consommateurs prennent conscience, au milieu d'un centre commercial, de la futilité de leurs désirs.

 

Il y est question de pollution, d'exploitation mondialisante, de l'affaissement des valeurs morales induit par le goût de la propriété, d'irrationnel, mais aussi des centaines de produits qu'un ménage moyen américain possède et dont la nomenclature, débitée en guise d'introduction de ce documentaire, est étourdissante.

Il y a aussi des révélations troublantes: actuellement, les humains ont besoin de 1,2 Terre pour répondre à leurs besoins de consommation. Si la planète entière se mettait à vivre et à` consommer comme les Américains, dit Brockhoff, c'est de cinq Terre dont on aurait collectivement besoin. Et bien sûr, toutes ces révélations nous laissent perplexes.

 

documentaire percutant et efficace de Gene Brockhoff, qui en 50 minutes dresse un portrait sans concession de la crise de la consommation aux États-Unis en disséquant avec méthode, depuis la révolution industrielle, la mécanique culturelle, sociale, économique et surtout publicitaire qui a fait muter lentement et dangereusement les aspirations matérialistes de millions d'humains sur la planète en cauchemar pour tous. La surconsommation désigne un niveau de consommation situé au-dessus de celui des besoins normaux ou d'une consommation moyenne.

 

Au delà d'un certain seuil, la surconsommation est un facteur de surexploitation de ressources naturelles, pas, peu, difficilement, dangereusement ou lentement renouvelables. Quand une de ces ressources épuisée ne peut plus être remplacée par une autre, des besoins vitaux peuvent ne plus pouvoir être assurés. Cette notion a notamment induit celle de dette écologique et d'effets différés dans l'espace (déséquilibres nord-sud ou est-ouest) et dans le temps (à l'égard des générations futures) Certains courants de pensée, notamment écologistes et tiers mondistes puis altermondialistes ou du développement soutenable, estiment que plusieurs pays développés actuels sont en état de surconsommation, ce qui entraînerait via les effets du libre-échange sur l'environnement des effets socio-économiques et écologiques négatifs à échelle planétaire.

 

La notion de surconsommation comme celle d'empreinte écologique (ou d'empreinte énergétique pour le domaine de l'énergie) commence à intéresser les économistes, notamment depuis le Rapport Stern et le sommet mondial de la Terre de Rio (Rio, juin 1992). Mais dans un contexte de mondialisation et de libéralisation des échanges, elle n'est pas ou faiblement actuellement intégrée au paradigme dominant en sciences économiques car peu de recherches scientifiquement satisfaisantes ont été menées à ce propos.

 

Repost 0
Published by never-surrender - dans ne soyons pas dupe!!!
commenter cet article
8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 10:47

"Nous sommes comme les passagers du Titanic qui dansaient au son de l’orchestre au moment où le paquebot heurtait la banquise." Bill Moyers

 

Entretien avec Michel Drac - Enjeux géopolitiques pour l'avenir

 

La crise que nous traversons est globale: la détérioration de l’environnement; la rareté de l’eau potable; la déforestation; la désertification; la pauvreté chronique et la faim dans de vastes régions du monde; les problèmes sociaux soulevés par la violence urbaine; le terrorisme; la drogue; l’instabilité économique à l’échelle mondiale, provoquée par l’endettement; la menace nucléaire, l'explosion démographique, etc. La liste est accablante.

 

On peut envisager la situation sous bien des angles: politique, économique, etc. Ils sont d’ailleurs tous interreliés. Mais c’est sous l’angle humain que je veux l’aborder, à partir de l’effet de cette situation sur les individus.



La Crise de la Civilisation - Documentaire par ReOpen911

 

 


de la résistance au changement

 

À tous les niveaux, on observe une paralysie du système. La gestion l’emporte sur la vision. Le court terme sur le moyen et le long terme. Les grandes idéologies, qui se sont écroulées, ne permettent plus de redéfinir la société. L’économie apparaît comme le seul projet organisateur, mais avec la menace que le mythe de l’expansion fait peser sur l’environnement...

 

Oil, Smoke & Mirrors VOSTFR

 

Tout se passe comme si le système lui-même était en inhibition d’action.

 

Cette impuissance paraît découler, dans les mentalités, de la peur du changement et, curieusement, de l’espoir...

 

la peur

 

Dans toutes les situations instables, le sentiment d’insécurité éveille une réaction de peur qui se traduit par un repli sur les habitudes. On cherche à consolider les acquis, comme en témoignent, par exemple, les attitudes, les comportements inspirés par le corporatisme.

 

La peur considérée comme un obstacle au changement est un concept qui paraît aller de soi. Il faut pourtant une analyse psycho-logique en profondeur pour comprendre jusqu’à quel point nous avons peur du lendemain. Peur de manquer de tout, de mourir de faim! Oui, à ce point... C’est ce que l’on trouve au cœur de la peur, le noyau qui se situe au centre de la peur, dur comme le roc, difficile à identifier et plus difficile encore à pulvériser. C’est d’ailleurs le noyau de cette peur viscérale qui commande dans l’ombre la plupart de nos attitudes, de nos comportements. Au point que dans toutes les démocraties, acquises au nom de la liberté – car tel était l’objet de toutes les grandes révolutions – le besoin de sécurité a fini par supplanter celui de la liberté. Les prolétaires au fond d’eux-mêmes ont toujours voulu vivre comme des bourgeois. Le progrès paraît se trouver dans le confort, la sécurité. Tout le système socio-économique repose sur la sécurité: les assurances de toutes sortes, les régimes de retraite... J’en parle avec facilité, car je n’y échappe pas, bien que je combatte en moi autant que je le peux, mais sans grand succès, cette tendance trop humaine commandée par la peur de l’avenir, que renforce notre sociale-démocratie essentiellement bourgeoise.

 

Dans les premières années de la vie, c’est l’étranger, ce qui est étrange, qui commande la peur. Avec les années, le conditionnement socio-culturel aidant, la peur de l’étranger, de ce qui est étrange, tend à se généraliser pour devenir la peur de l’inconnu, du vide qui s’ouvre devant nous, de l’avenir. Cette peur viscérale, Sénèque la dénonçait déjà lorsqu’il faisait remarquer que les humains amassaient des biens, des provisions pour l’avenir, selon sa formule, au point que certains d’entre eux – il dirait aujourd’hui un très grand nombre – finissent par se retrouver avec plus de provisions pour l’avenir qu’ils n’ont d’avenir... Chaque fois que, dans mes conférences, j’ai évoqué cette réflexion de Sénèque, j’ai toujours obtenu de la part de l’auditoire un silence... de mort.

 

C’est cette peur qui empêche de lâcher prise, de céder un peu de place aux autres, aux jeunes en particulier, pour retenir tous les avantages acquis même s’ils sont injustes par rapport à la situation d’ensemble, car il suffit qu’ils aient été acquis pour qu’on les considère comme légitimes, et pour qu’on repousse la perspective du changement. C’est aussi cette peur qui inspire les stratégies guerrières, en général, et les systèmes de défense collectif et individuel.

 

La première étape de la démarche de purification consiste à voir cette peur, à la reconnaître en soi, à la regarder en face, pour ensuite entreprendre de pulvériser le dur noyau de la peur viscérale...

Mais d’après ce que j’ai pu observer, en moi comme à l’extérieur, il s’agit ici d’une entreprise considérable. Commençons donc par voir cette peur en nous afin de devenir plus conscients de la résistance au changement qu’elle entretient.

 

pouvoir.png

 

l’espoir

 

L’espoir représente aussi un obstacle dans la mesure où il suggère que la situation va s’arranger d’elle-même, éventuellement; qu’il n’est pas besoin de changer les habitudes, de penser et d’agir.

 

L’espoir considéré comme un obstacle au changement représente un concept pour le moins troublant. Le mot espoir éveille le plus souvent... l’espoir, un sentiment positif. En revanche, la peur considérée comme un obstacle au changement paraît aller de soi, l’idée que l’on se fait de l’espoir s’oppose à ce qu’on le considère aussi comme tel. On suggère alors qu’il s’agit plutôt d’un faux espoir, mais c’est ne pas saisir en quoi l’espoir représente précisément un obstacle. Qu’il soit fondé ou non, qu’il se réalise ou non, peu importe. L’espoir est un obstacle en ce qu’il reporte la solution à plus tard et qu’il suggère que la solution se trouve à l’extérieur, qu’elle ne dépend pas de nous... ce qui revient à justifier notre impuissance, à la renforcer. L’avenir se trouve, en effet, à l’extérieur de nous; il fait appel à un ailleurs mythique dans le temps. L’espoir de gagner à la loterie, par exemple, se trouve à l’extérieur. C’est en quoi du reste la loterie est immorale, en ce qu’elle dérobe le présent. J’attends de l’extérieur, de l’avenir, la solution au lieu de m’employer à créer de nouvelles conditions, ici et maintenant. C’est en quoi, précisément, l’espoir est un obstacle.

 

Ce concept, je le précise, n’est pas de moi. Il a été défini ces dernières années par des futurologues qui en sont venus à la conviction que l’espoir est un obstacle parce qu’il incite à reporter à demain ce que l’on devrait faire aujourd’hui.

 

L’éducation, qui permet de remettre à plus tard la résolution de tous les problèmes, est sans doute le lieu où l’on investit le plus volontiers, ces années-ci, l’espoir. Dès que l’on se heurte à une difficulté qui paraît insoluble, difficile à contourner sans faire un effort, sans changer ses habitudes ou perdre ses acquis, on se dit que la solution se trouve dans l’éducation. Pour résoudre toutes les questions soulevées par la crise de l’environnement ou de l’endettement, l’éducation est la réponse. Pour la faim dans le monde, encore l’éducation. Pour la paix de même. Toujours l’éducation...

 

On finit donc par hypothéquer l’avenir, par reporter à plus tard la solution des problèmes, qui auront pris alors des proportions alarmantes. On fait porter la responsabilité de ses choix à ses enfants et à ses petits-enfants, sous prétexte qu’ils seront mieux éduqués, donc plus en mesure de refaire le monde.


Hypocrisie! La génération du baby-boom, qui occupe de nos jours la plus grande partie de l’espace social, est celle dont le niveau d’instruction (l’éducation au sens large) est le plus élevé de toute l’histoire de l’humanité. Nous sommes donc, ici et maintenant, suffisamment formés et informés pour résoudre les problèmes auxquels nous devons faire face. Cessons de nous en remettre à l’espoir que-ça-finira-bien-par-s’arranger et, surtout, d’investir cet espoir hypocrite dans l’éducation des autres, leur faisant ainsi porter le poids de nos responsabilités. En somme, cessons d’afficher notre espoir plutôt que notre détermination.

 

C’est dans les mentalités que l’on rencontre le plus de résistance au changement.

 

Émile Durkheim

 

http://s3.amazonaws.com/youboox_bookstore/author_pictures/65/original/durkheim.png

 

Le concept qui me paraît le mieux cerner la crise actuelle est celui de l’anomie, défini au début du siècle par Émile Durkheim, créateur de l’École française de sociologie. Durkheim avait observé l’incapacité où se trouvait déjà la société d’intégrer les individus. L’intégration sociale est le processus par lequel un individu fait sienne les normes culturelles prévalant dans une société ou un groupe. Cette incapacité, précisait-il, est provoquée par l’affaiblissement de la conscience collective... ce qui revient à dire que l’anomie sociale résulte de la confusion des valeurs.

 

Dans une société anomique, les individus se considèrent comme séparés de la collectivité, isolés. Ils vivent dans l’incertitude, éprouvant même une forme de lassitude, voire de désespérance. Des sociologues ont même développé le concept de l’anomie jusqu’à parler de "démoralisation sociale".

 

À la perte de cohésion sociale et aux difficultés socio-économiques associées à l’anomie correspond toujours, faisait remarquer Durkheim, une augmentation du nombre d’infarctus, du taux de délinquance et d’emprisonnement, de même que du taux de suicide.

 

Or, depuis l’époque où Durkheim a forgé le terme anomie, la situation paraît s’être détériorée – particulièrement au cours des dernières décennies – comme en témoigne la vision que l’on a de l’avenir. Il y a trente ans, les artistes qui imaginaient l’avenir étaient encore enclins à nous en proposer des images futuristes où la technologie et l’humanisme s’épanouissaient l’un par l’autre.

 

Mais voici quelques années, des artistes invités à leur tour à imaginer l’avenir en ont presque tous proposé des images d’hécatombes, de ruines, de dépotoirs...

 

"L’art est information", disait Marshall McLuhan.

 

pour la suite du monde

 

La tendance anomique peut-elle être renversée? C’est là la question... Les facteurs qui déterminent cette tendance peuvent-ils être neutralisés?

 

Si la situation à l’échelle planétaire se détériore, on observe pourtant l’émergence de divers mouvements politiques et sociaux (par exemple, les mouvements pour la démocratie, la paix dans le monde, la justice sociale) dont l’action de plus en plus planifiée et concertée permet de penser que nous assistons peut-être à l’amorce d’un redressement. Par ailleurs, on constate que la conscience écologique s’étend de plus en plus en même temps que s’affirme davantage l’influence positive des femmes... Les groupes d’entraide sont aussi plus nombreux, ce qui donne à penser que la société se prend davantage en charge.

 

Ce courant, qui témoigne de la capacité que nous avons d’inventer de nouvelles stratégies, demeure cependant un phénomène encore marginal.

 

Tous les malheurs de l’Europe

Repost 0
Published by never-surrender - dans ne soyons pas dupe!!!
commenter cet article
29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 08:57

Villes et campagnes, montagnes et déserts, rivières et fonds sous-marins : les déchets de plastique ont tout envahi. Alors que ce matériau n'existe que depuis un siècle, il polluera encore l'environnement dans plusieurs milliers d'années.

 

Le constat est alarmant, mais une prise de conscience commence à se faire à l'échelle mondiale.

Non seulement il importe de fabriquer moins d'objets, contenants et emballages en plastique, mais leur recyclage pourrait être amélioré.

 

Des entreprises proposent désormais des solutions alternatives. Les stylistes s'y mettent et proposent des éléments de décoration, des robes et des accessoires en plastique recyclé !

 

Il serait aussi possible de fabriquer des matériaux ayant les mêmes vertus que le plastique mais biodégradables, en utilisant des végétaux. Du bioplastique,en quelque sorte...

 

Repost 0
Published by never-surrender - dans ne soyons pas dupe!!!
commenter cet article
23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 23:09

http://www.kokopelli-semences.fr/images/pages/directive_europeenne_98-44/directive_europeenne.jpgJean-Pierre Berlan, ex-directeur de recherche à l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique) analyse l’affaire des conclusions de la recherche de Gilles Seralini sur un OGM, le maïs NK603. Jean-Pierre Berlan ne tente pas de battre en brèche (ou non) le protocole de Mr Seralini, ce que la plupart des « experts » se sont empressés de faire, mais souligne les problématiques centrales que les OGM cultivés en plein champ, et voués à nourrir les êtres vivants posent : celles de la démocratie, de l’agriculture moderne des industries chimiques, du règne des experts, de l’addiction des populations aux pesticides.

 

Les contrefeux destinés à discréditer l’étude de Gilles-Eric Séralini et sa personne ne sont pas près de cesser : « rien de nouveau, manque d’information sur la composition de la ration alimentaire, protocole expérimental biaisé, échantillon statistique insuffisant, présence possible de mycotoxines, coup médiatique, etc. » Séralini témoignerait d’un biais anti-Ogm, accusent ses critiques – parabole de la paille et de la poutre. Mais la toxicologie est la seule discipline scientifique où ne rien trouver assure une carrière paisible.

 

Montrer des dangers des éthers de glycol, du nucléaire, du sel, des Ogm expose à des déboires sûrs plutôt qu’à des promotions. Le courage et le mérite de Séralini et de quelques rares scientifiques d’aller à contre-courant sont d’autant plus grands. Tout aussi délicat à manier est l’argument que Séralini utilise une souche de rats sensible aux tumeurs. C’est suggérer qu’il aurait dû utiliser une souche résistante pour ne gêner personne et, bien sûr, laisse soupçonner que cette toxicologie sous influence peut choisir, si nécessaire, la “bonne” souche pour obtenir les “bons” résultats.

 

Depuis le début de cette guerre de tranchées en 1997, les Ogm assurent la carrière, les contrats, les crédits, la consultance, les brevets, les “starts-up”, l’aggrandissement des laboratoires et le prestige scientifique à ceux qui les font. Ils ont un intérêt personnel à leur succès, ce qui n’a, disent-ils, pas d’influence sur la Vérité si bien protégée par La Méthode.

 

A ce complexe génético-industriel s’oppose une opinion publique dont le bon sens lui dit que si les scientifiques sont dans leur laboratoire, ce n’est pas parce qu’ils savent mais bien parce qu’ils ne savent pas et qu’il est dangereux de s’en remettre à des ignorants, même si, en bons dialecticiens (là aussi, qui s’ignorent), ils se font passer pour des “savants”. Particulièrement lorsque les connaissances et les représentations évoluent à tout vitesse, ce qui est le cas. Pendant des décennies, 95% ou plus de l’ADN était non-fonctionnel, mais il s’avère depuis quelques jours que cet ADN “poubelle” jouerait un rôle fondamental.

 

Les Ogm sont-ils scientifiquement dangereux pour la santé publique, pour l’environnement ? Peut-être ? Peut-être pas ? Peut-on juger leur dangerosité éventuelle pour les humains sur des rongeurs? C’est la pratique toxicologique barbare imposée, alors que des tests sur cultures de tissus humains permettraient de cribler rapidement les quelques 100 000 molécules de synthèse en circulation. Ces tests sont bon marché, rapides, et raisonnablement fiables : autant de raisons pour que les industriels les refusent.

 

Reste que notre intérêt est de soutenir ceux que les lobbies industriels et leurs mercenaires cherchent à faire taire. Qu’on se souvienne du rôle des médecins mercenaires dans le désastre de l’amiante. Mais plutôt que se laisser piéger par une expression qui implique que la modification génétique est le problème (ce qui conduit à le confier aux experts sous influence), il faut se tourner vers la réalité, la marchandise, que les Monsanto, DuPont, Syngenta, Dow, Bayer et autres fabricants d’agrotoxiques (car ce sont ces industriels qui contrôlent les semences dans le monde) vendent sous cette expression. Après tout, c’est nous qui l’ingurgitons. Autant savoir de quoi il s’agit.

 

Les lois et règlements exigent que les plantes semées soient “homogènes et stable”». Le premier adjectif signifie que les plantes doivent être identiques (aux défauts inévitables de fabrication près) et le second que la même plante soit offerte à la vente année après année. Le rôle semencier est donc de faire des copies d’un modèle de plante déposé auprès d’instances officielles. Le terme “clone” désigne, je pense de façon appropriée, la marchandise vendue, bien que les biologistes récusent ce terme qu’ils voudraient réserver à la reproduction végétative, la pomme de terre par exemple. Ils préfèrent donc continuer à utiliser le terme variété, « le caractère de ce qui est varié, contraire de l’uniformité » selon le dictionnaire. La variété chez les plantes est l’équivalent de la race chez les animaux (les Vilmorin utilisent indifféremment les deux mots dans leur livre de 1880, Les meilleurs blés) et renvoie à l’idée de caractères communs particulièrement visibles dissimulant des variations moins évidentes mais importantes.

 

Partout, mais particulièrement en science, les mots doivent désigner la réalité. Lorsque le terme usuel implique le contraire de ce que l’on voit, c’est qu’il faut la cacher. Le paysan produisait du blé, le système agro-industriel produit des profits en transformant les pesticides en pain Jacquet. Le capitalisme industriel a siphoné la substance des activités qui ont fait notre l’humanité mais il serait dangereux que nous nous en rendions compte. Il fait tout pour entretenir l’illusion.

 

Ces clones sont “pesticides”. Le président Sarkozy a condamné les “Ogm pesticides” lors de son discours de clôture du Grenelle de l’Environnement. Il a donc condamné 99,6% des “Ogm” commercialisés. Le pourcentage est le même cinq ans plus tard. Mais qui fabrique les Ogm-pesticides ? Ces clones pesticides sont de deux types, ceux qui produisent une toxine insecticide, ceux qui absorbent un herbicide sans mourir. De plus en plus, ces deux traits se retrouvent simultanément. La toxine insecticide est produite par toutes les cellules de la plante. L’herbicide, lui, pour agir doit pénétrer dans la plante. La construction génétique introduite dans la plante neutralise son action. La plante survit et l’herbicide reste. C’est le cas du Round-up qui fait la fortune de Monsanto. Dans les deux cas, le pesticide entre dans l’alimentation.

 

Le but des fabricants d’agro-toxiques est, on le voit, de changer subrepticement le statut des pesticides : de produits toxiques à éliminer autant que possible de notre alimentation, ils sont en train d’en faire des constituants de notre alimentation. Le principe de l’équivalence en substance, scientifiquement ridicule mais qui fonde la “sécurité alimentaire” – tant qu’une fraise transgénique ne ressemble pas à une pomme de pin, elle est “substanciellement équivalente” à une fraise normale – permet de courtcircuiter les tests coûteux et longs qui grèvaient les profits des agrotoxiques chimiques.

 

Il n’y a pas de conséquences néfaste, nous affirment les fabricants d’agrotoxiques et leurs experts d’autant plus facilement qu’ils se gardent bien de faire les travaux approfondis qui permettraient (peut-être) de les découvrir. Ils se contentent de s’assurer “scientifiquement” que « dans l’état actuel des connaissances scientifiques », on ne peut pas “scientifiquement” démontrer une toxicité éventuelle. Ils font de l’absence de preuve la preuve de l’absence. Or l’état de ces connaissances est balbutiant. Les bactéries de notre tube digestif sont 100 fois plus nombreuse que les cellules de notre corps. On connaît 5 à 10% seulement de ce microbiote, qui joue un rôle physiologique important – et mal connu. Il en est de même pour les micro-organismes du sol – une poignée de terre fertile contient de 5 à 50 milliards de bactéries, pour ne rien dire des champignons, des actinomycètes, des algues etc. 80% de la biomasse se trouve dans les 30 premiers centimétres de la sol et nous détruisons cette pellicule moléculaire de Vie qui assure le fonctionnement des grands cycles biologiques du carbone, de l’azote, de l’eau etc.

 

On ne sait presque rien du développement de l’œuf fécondé à l’organisme final : l’oreille par exemple avec son pavillon, son conduit auditif, le tympan, l’enclume, l’étrier, les canaux, le limaçon et ses cellules ciliées qui transmettent le son au nerf auditif, tout ceci est délicatement et admirablement façonné spatialement, arrangé avec précision dans le temps et l’espace et se met exactement à sa place – à partir d’une seule cellule ! Tout plonger dans un bain de perturbateurs hormonaux et autres produits chimiques est d’autant imprudent que ces molécules peuvent entrer en synergie et être plus toxiques encore à des doses non mesurables. Pour résumer, l’Italie nous a offert un plat sublime de simplicité, la pasta al pesto. Les fabricants d’agrotoxiques veulent nous imposer désormais la pasta al pesticida. Ce n’est pas à leurs mercenaires de décider de notre appétit.

 

Enfin, ces clones pesticides sont brevetés. L’enjeu ? Les être vivants se reproduisent et se multiplient gratuitement. La loi de la vie s’oppose à la loi du profit. La vie a donc tort. Ce projet de société, l’expropriation de la vie, commence avec le capitalisme industriel. Dès la fin du 18ième siècle, les aristocrates anglais infatués de courses de chevaux créent un système administratif du contrôle du “sang” de leurs animaux. Il est l’image dans un miroir des règles aristocratique de transmission du pouvoir et de la richesse. Les papiers administratifs (le “pedigree”) et le contrôle des saillies assurent aux aristocrates éleveurs le monopole du “sang” de leurs animaux. Un animal qui a des “papiers” a de la valeur, un animal roturier ne vaut que sa roture.

 

Ce système est repris au début du 19ième siècle pour les animaux de ferme et perdure encore avec les livres des origines. Pour les plantes, il faut attendre bien que, dès la fin du 19ième siècle, les sélectionneurs se plaignent de l’injustice de la Nature. Elle prendra différentes formes. Biologique avec le fameux maïs “hybride” que les agriculteurs ne peuvent re-semer sans chute de rendement – une des plus belles escroqueries scientifiques du siècle passé et présent, ce monopole permettant de multiplier par 50 ou 100 le prix des semences – le non moins fameux Terminator de mars 1998 qui permet de faire des plantes dont la descendance est carrément stérile.

 

Monsanto s’est immédiatement jeté sur Terminator, ce produit de la collaboration de la recherche publique (!) et d’une entreprise privée, lui assurant ainsi une publicité mondiale. Cet Ogm “répugnant” révélait le secret le mieux gardé de la génétique agricole : séparer ce que la vie confond, séparer la production de la reproduction. Technologie et précipitation inopportunes, car les fabricants d’agrotoxiques étaient sur le point d’arriver discrètement à leurs fins avec la Directive 98/44 “de brevetabilité des inventions biotechnologiques”, péniblement transposée en droit français à l’unanimité (sauf le groupe communiste) à la fin 2004. Ce brevet – un monopole accordé à un cartel et le renforçant – favorise, prétend-t-on l’Innovation alors que la doxa économique enseigne depuis Adam Smith que la concurrence assure le Progrès. Quelle imposture !

 

Le Parti Socialiste a assorti son vote d’une demande de renégociation dont plus personne n’a entendu parler. En France, d’ailleurs, multiplier les obstacles règlementaires pour empêcher l’agriculteur de semer le grain récolté est une spécialité des ministres socialistes de l’agriculture, de Michel Rocard en 1995 à Jean Glavany (2001) en passant par Henry Nallet (1989). Mais Glavany a surclassé ses prédécesseurs avec sa “cotisation volontaire obligatoire”, une taxe sur les semences de ferme (non commerciales), pour secourir une interprofession sous la coupe du cartel.

 

Une société démocratique doit-elle se laisser dicter sa loi par les experts – ces « hommes compétents qui se trompent en suivant les règles » (Paul Valéry) – pour évaluer la dangerosité des clones pesticides brevetés (ou tout autre problème)? Pas besoin d’expert pour se rendre compte que nous courons au désastre. Des clones, alors que la diversité biologique cultivée est à l’agonie. Des clones pesticides qui permettent d’éviter les tests coûteux imposés aux agrotoxiques chimiques et nous enfoncent dans l’addiction à des poisons qui créent leur propre marché et l’élargissent constamment car les ravageurs et les pathogènes les contournent inévitablement. Des clones pesticides brevetés qui confient notre avenir biologique aux fabricants de produits en “cide”, aux fabricants de mort.

 

L’expression Ogm et les débats qu’elle impose, typiques de notre époque d’enfumage, révèlent l’état de notre démocratie. Appeler les choses par leur nom, ouvre un possible renouveau démocratique: démonter une législation semencière dépassée qui impose les clones et condamne des associations qui, comme Kokopelli, luttent pour sauvegarder la diversité. Lutter sérieusement contre l’addiction aux pesticides. En finir, enfin et surtout, avec le brevet du vivant. Le PS n’a–t-il pas dit qu’il en demanderait la renégociation ?

 

Bien entendu, les sycophantes détournent l’attention en annonçant l’avènement d’Ogm philanthropiques et verts. Les Ogm vont nourrir la planète et protéger l’environnement annonçait Axel Khan dans Les Echos en 1998. Mais nous n’avons toujours que des clones pesticides brevetés.

 

Comment ces Ogm philanthropiques et verts pourraient-ils être ceux d’une société où la maximisation du profit est la seule règle, où les experts scientifiques sous influence remplacent la démocratie, où les “empoisonneurs publics” (Roger Heim, Président de l’Académie des Sciences dans sa préface au livre de Rachel Carlson, “Un printemps silencieux” de 1964 – une autre époque) et marchands de Mort ont toute liberté pour confisquer la Vie. Les Ogm philanthropiques et verts sont ceux d’une société démocratique et libre, donc philanthropique et verte qui, pour ces raisons, n’en aura pas besoin.

 

Jean-Pierre Berlan ex-Directeur de Recherche Inra

Repost 0
Published by never-surrender - dans ne soyons pas dupe!!!
commenter cet article

Présentation

  • : never-surrender
  • never-surrender
  • : face à l'intoxication des masses...notre devoir est de diffuser l'info censurée!!!
  • Contact

Additif alimentaires industriels dangereux

 

 

Recherche

Observatoire du FN

Twitter

TheChangeBook

English

 

Espana

 

Stay Alert!!!