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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 10:47

"Nous sommes comme les passagers du Titanic qui dansaient au son de l’orchestre au moment où le paquebot heurtait la banquise." Bill Moyers

 

Entretien avec Michel Drac - Enjeux géopolitiques pour l'avenir

 

La crise que nous traversons est globale: la détérioration de l’environnement; la rareté de l’eau potable; la déforestation; la désertification; la pauvreté chronique et la faim dans de vastes régions du monde; les problèmes sociaux soulevés par la violence urbaine; le terrorisme; la drogue; l’instabilité économique à l’échelle mondiale, provoquée par l’endettement; la menace nucléaire, l'explosion démographique, etc. La liste est accablante.

 

On peut envisager la situation sous bien des angles: politique, économique, etc. Ils sont d’ailleurs tous interreliés. Mais c’est sous l’angle humain que je veux l’aborder, à partir de l’effet de cette situation sur les individus.



La Crise de la Civilisation - Documentaire par ReOpen911

 

 


de la résistance au changement

 

À tous les niveaux, on observe une paralysie du système. La gestion l’emporte sur la vision. Le court terme sur le moyen et le long terme. Les grandes idéologies, qui se sont écroulées, ne permettent plus de redéfinir la société. L’économie apparaît comme le seul projet organisateur, mais avec la menace que le mythe de l’expansion fait peser sur l’environnement...

 

Oil, Smoke & Mirrors VOSTFR

 

Tout se passe comme si le système lui-même était en inhibition d’action.

 

Cette impuissance paraît découler, dans les mentalités, de la peur du changement et, curieusement, de l’espoir...

 

la peur

 

Dans toutes les situations instables, le sentiment d’insécurité éveille une réaction de peur qui se traduit par un repli sur les habitudes. On cherche à consolider les acquis, comme en témoignent, par exemple, les attitudes, les comportements inspirés par le corporatisme.

 

La peur considérée comme un obstacle au changement est un concept qui paraît aller de soi. Il faut pourtant une analyse psycho-logique en profondeur pour comprendre jusqu’à quel point nous avons peur du lendemain. Peur de manquer de tout, de mourir de faim! Oui, à ce point... C’est ce que l’on trouve au cœur de la peur, le noyau qui se situe au centre de la peur, dur comme le roc, difficile à identifier et plus difficile encore à pulvériser. C’est d’ailleurs le noyau de cette peur viscérale qui commande dans l’ombre la plupart de nos attitudes, de nos comportements. Au point que dans toutes les démocraties, acquises au nom de la liberté – car tel était l’objet de toutes les grandes révolutions – le besoin de sécurité a fini par supplanter celui de la liberté. Les prolétaires au fond d’eux-mêmes ont toujours voulu vivre comme des bourgeois. Le progrès paraît se trouver dans le confort, la sécurité. Tout le système socio-économique repose sur la sécurité: les assurances de toutes sortes, les régimes de retraite... J’en parle avec facilité, car je n’y échappe pas, bien que je combatte en moi autant que je le peux, mais sans grand succès, cette tendance trop humaine commandée par la peur de l’avenir, que renforce notre sociale-démocratie essentiellement bourgeoise.

 

Dans les premières années de la vie, c’est l’étranger, ce qui est étrange, qui commande la peur. Avec les années, le conditionnement socio-culturel aidant, la peur de l’étranger, de ce qui est étrange, tend à se généraliser pour devenir la peur de l’inconnu, du vide qui s’ouvre devant nous, de l’avenir. Cette peur viscérale, Sénèque la dénonçait déjà lorsqu’il faisait remarquer que les humains amassaient des biens, des provisions pour l’avenir, selon sa formule, au point que certains d’entre eux – il dirait aujourd’hui un très grand nombre – finissent par se retrouver avec plus de provisions pour l’avenir qu’ils n’ont d’avenir... Chaque fois que, dans mes conférences, j’ai évoqué cette réflexion de Sénèque, j’ai toujours obtenu de la part de l’auditoire un silence... de mort.

 

C’est cette peur qui empêche de lâcher prise, de céder un peu de place aux autres, aux jeunes en particulier, pour retenir tous les avantages acquis même s’ils sont injustes par rapport à la situation d’ensemble, car il suffit qu’ils aient été acquis pour qu’on les considère comme légitimes, et pour qu’on repousse la perspective du changement. C’est aussi cette peur qui inspire les stratégies guerrières, en général, et les systèmes de défense collectif et individuel.

 

La première étape de la démarche de purification consiste à voir cette peur, à la reconnaître en soi, à la regarder en face, pour ensuite entreprendre de pulvériser le dur noyau de la peur viscérale...

Mais d’après ce que j’ai pu observer, en moi comme à l’extérieur, il s’agit ici d’une entreprise considérable. Commençons donc par voir cette peur en nous afin de devenir plus conscients de la résistance au changement qu’elle entretient.

 

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l’espoir

 

L’espoir représente aussi un obstacle dans la mesure où il suggère que la situation va s’arranger d’elle-même, éventuellement; qu’il n’est pas besoin de changer les habitudes, de penser et d’agir.

 

L’espoir considéré comme un obstacle au changement représente un concept pour le moins troublant. Le mot espoir éveille le plus souvent... l’espoir, un sentiment positif. En revanche, la peur considérée comme un obstacle au changement paraît aller de soi, l’idée que l’on se fait de l’espoir s’oppose à ce qu’on le considère aussi comme tel. On suggère alors qu’il s’agit plutôt d’un faux espoir, mais c’est ne pas saisir en quoi l’espoir représente précisément un obstacle. Qu’il soit fondé ou non, qu’il se réalise ou non, peu importe. L’espoir est un obstacle en ce qu’il reporte la solution à plus tard et qu’il suggère que la solution se trouve à l’extérieur, qu’elle ne dépend pas de nous... ce qui revient à justifier notre impuissance, à la renforcer. L’avenir se trouve, en effet, à l’extérieur de nous; il fait appel à un ailleurs mythique dans le temps. L’espoir de gagner à la loterie, par exemple, se trouve à l’extérieur. C’est en quoi du reste la loterie est immorale, en ce qu’elle dérobe le présent. J’attends de l’extérieur, de l’avenir, la solution au lieu de m’employer à créer de nouvelles conditions, ici et maintenant. C’est en quoi, précisément, l’espoir est un obstacle.

 

Ce concept, je le précise, n’est pas de moi. Il a été défini ces dernières années par des futurologues qui en sont venus à la conviction que l’espoir est un obstacle parce qu’il incite à reporter à demain ce que l’on devrait faire aujourd’hui.

 

L’éducation, qui permet de remettre à plus tard la résolution de tous les problèmes, est sans doute le lieu où l’on investit le plus volontiers, ces années-ci, l’espoir. Dès que l’on se heurte à une difficulté qui paraît insoluble, difficile à contourner sans faire un effort, sans changer ses habitudes ou perdre ses acquis, on se dit que la solution se trouve dans l’éducation. Pour résoudre toutes les questions soulevées par la crise de l’environnement ou de l’endettement, l’éducation est la réponse. Pour la faim dans le monde, encore l’éducation. Pour la paix de même. Toujours l’éducation...

 

On finit donc par hypothéquer l’avenir, par reporter à plus tard la solution des problèmes, qui auront pris alors des proportions alarmantes. On fait porter la responsabilité de ses choix à ses enfants et à ses petits-enfants, sous prétexte qu’ils seront mieux éduqués, donc plus en mesure de refaire le monde.


Hypocrisie! La génération du baby-boom, qui occupe de nos jours la plus grande partie de l’espace social, est celle dont le niveau d’instruction (l’éducation au sens large) est le plus élevé de toute l’histoire de l’humanité. Nous sommes donc, ici et maintenant, suffisamment formés et informés pour résoudre les problèmes auxquels nous devons faire face. Cessons de nous en remettre à l’espoir que-ça-finira-bien-par-s’arranger et, surtout, d’investir cet espoir hypocrite dans l’éducation des autres, leur faisant ainsi porter le poids de nos responsabilités. En somme, cessons d’afficher notre espoir plutôt que notre détermination.

 

C’est dans les mentalités que l’on rencontre le plus de résistance au changement.

 

Émile Durkheim

 

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Le concept qui me paraît le mieux cerner la crise actuelle est celui de l’anomie, défini au début du siècle par Émile Durkheim, créateur de l’École française de sociologie. Durkheim avait observé l’incapacité où se trouvait déjà la société d’intégrer les individus. L’intégration sociale est le processus par lequel un individu fait sienne les normes culturelles prévalant dans une société ou un groupe. Cette incapacité, précisait-il, est provoquée par l’affaiblissement de la conscience collective... ce qui revient à dire que l’anomie sociale résulte de la confusion des valeurs.

 

Dans une société anomique, les individus se considèrent comme séparés de la collectivité, isolés. Ils vivent dans l’incertitude, éprouvant même une forme de lassitude, voire de désespérance. Des sociologues ont même développé le concept de l’anomie jusqu’à parler de "démoralisation sociale".

 

À la perte de cohésion sociale et aux difficultés socio-économiques associées à l’anomie correspond toujours, faisait remarquer Durkheim, une augmentation du nombre d’infarctus, du taux de délinquance et d’emprisonnement, de même que du taux de suicide.

 

Or, depuis l’époque où Durkheim a forgé le terme anomie, la situation paraît s’être détériorée – particulièrement au cours des dernières décennies – comme en témoigne la vision que l’on a de l’avenir. Il y a trente ans, les artistes qui imaginaient l’avenir étaient encore enclins à nous en proposer des images futuristes où la technologie et l’humanisme s’épanouissaient l’un par l’autre.

 

Mais voici quelques années, des artistes invités à leur tour à imaginer l’avenir en ont presque tous proposé des images d’hécatombes, de ruines, de dépotoirs...

 

"L’art est information", disait Marshall McLuhan.

 

pour la suite du monde

 

La tendance anomique peut-elle être renversée? C’est là la question... Les facteurs qui déterminent cette tendance peuvent-ils être neutralisés?

 

Si la situation à l’échelle planétaire se détériore, on observe pourtant l’émergence de divers mouvements politiques et sociaux (par exemple, les mouvements pour la démocratie, la paix dans le monde, la justice sociale) dont l’action de plus en plus planifiée et concertée permet de penser que nous assistons peut-être à l’amorce d’un redressement. Par ailleurs, on constate que la conscience écologique s’étend de plus en plus en même temps que s’affirme davantage l’influence positive des femmes... Les groupes d’entraide sont aussi plus nombreux, ce qui donne à penser que la société se prend davantage en charge.

 

Ce courant, qui témoigne de la capacité que nous avons d’inventer de nouvelles stratégies, demeure cependant un phénomène encore marginal.

 

Tous les malheurs de l’Europe

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Published by never-surrender - dans ne soyons pas dupe!!!
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