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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 12:36

Diminué, vous êtes moins productif et coûtez plus cher à votre entreprise. Surtout, « une machine déjà abîmée finit par craquer »... et battre des records d’absentéisme.


Paul exhibe d’un geste dramatique son doigt enturbanné dans un gros pansement. Le quadragénaire travaille à la plonge dans un hôtel-restaurant pour hommes d’affaires, à Lille. Il s’est coupé profondément avec une boîte de conserve dans une poubelle. Il s’en veut, il aurait dû bien la fermer avant de taper dessus pour qu’elle prenne moins de place, on le lui a toujours dit.

Il est très ennuyé, il ne veut pas s’arrêter de travailler, même si son doigt n’est pas cicatrisé. Il a mis cinq ans à trouver un emploi, et ce n’est pas maintenant qu’il va le laisser filer.

Ça s’appelle du « présentéisme » : venir travailler même quand on sent que son état de santé nécessiterait de rester chez soi. Ses motivations sont diverses :

  • sentiment d’être indispensable,
  • peur des représailles,
  • respect d’une échéance,
  • refus de voir son revenu baisser (dans les petites entreprises où il n’y a pas d’accord pour couvrir les trois jours de carence, dans la fonction publique où a été mis en place un jour de carence non rémunéré depuis début 2012).

Pratiquement quatre travailleurs européens sur dix sont allés travailler alors qu’ils étaient malades en 2010, selon l’enquête européenne sur les conditions de travail. Cette pression concerne particulièrement les soignants, les enseignants et les travailleurs sociaux. Le phénomène n’est pas nouveau mais se répand, constate Michel Vézina, chercheur en santé publique à Québec.

Une bonne nouvelle ? Pas si sûr. Ni pour l’entreprise, ni pour le salarié.

 

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Des salariés moins productifs

Claire travaille par missions, dans la publicité. Quand elle doit répondre à un appel d’offres un vendredi soir ou se remettre à l’ouvrage un dimanche, elle a droit à des jours de récupération. Et pourtant :

« Je repousse le moment de les prendre, me disant qu’il faut que je termine les projets commencés, pensant que je vais tenir, et j’arrive à un moment où je n’en peux plus physiquement, mais surtout mentalement. Je n’ai plus envie de rien. Et j’ai du mal à me motiver pour bosser, je deviens lente, déprimée, et j’ai du mal à repartir. »

Au point d’être moins efficace au travail ? Tout à fait, répond l’Institute for Health and Productivity de l’université Cornell aux Etats-Unis, qui a compilé les études menées sur la productivité au travail en lien avec différentes maladies (asthme, arthrite, allergies, migraines, etc.).


Ça coûte cher à l’entreprise

Les chercheurs américains ont ensuite essayé de savoir si ces travailleurs au nez bouché – ponctuellement moins productifs – apportaient malgré tout quelque chose à l’entreprise, en se penchant sur le cas de 375 000 salariés.

Résultat : un salarié malade et présent ne rapporte en moyenne rien à son employeur. Au contraire, il lui coûte.

Un salarié affaibli s’avère en effet moins concentré sur sa tâche, effectue un travail qui doit parfois être refait, communique mal... Il fait ainsi perdre du temps à ses collègues et, au final, à l’entreprise.

La recherche a été publiée en 2004, et depuis de nouvelles études ont vu le jour. Michel Vézina, responsable d’une enquête québécoise [PDF] sur les conditions de travail, les a compilées :

« Le présentéisme coûte minimalement de deux à trois fois plus cher que l’absentéisme. Certaines études font même état de dix fois plus ! »

Quand le salarié est présent, c’est l’entreprise qui le paie, en salaire, mais quand il est absent, c’est la Sécurité sociale qui verse des indemnités journalières, voire personne quand il s’agit de jours de carence.

 

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Ça rend encore plus malade

Sur son blog, Docteurmilie, médecin généraliste en Seine-Saint-Denis, raconte à quel point elle doit se battre avec ses patients pour leur coller des arrêts maladie. Elle évoque par exemple « Mme B., gardienne », qui est venue la voir le coude en tendinite :

« Elle a refusé à de nombreuses reprises mes arrêts, que pourtant j’avais rédigés et lui avais donnés. Elle ne veut pas s’arrêter, son travail c’est toute sa vie, elle est hyperactive. Elle a tenu le coup jusqu’à ce que le tendon se déchire et maintenant, cela fait plus d’un mois qu’elle est en arrêt. »

C’est le problème : quand « on utilise une machine déjà abîmée, elle finit par craquer », prévient Michel Vézina. Les salariés qui pratiquent le présentéisme sont plus largement sujets aux maladies de long terme, qui les empêchent durablement de reprendre le travail. Et battent des records... d’absentéisme, selon une étude [PDF] du National Institute for Working Life, en Suède.

Ils sont également davantage concernés, d’après la même enquête, par :

  • les troubles du sommeil ;
  • les problèmes digestifs ;
  • les douleurs dans le dos ou la nuque ;
  • un sentiment de déprime.

Enfin, les salariés qui font du présentéisme ont deux fois plus de problèmes coronariens sérieux (type infarctus), comme l’ont démontré des chercheurs anglais.


Ecouter ce que dit le présentéisme

Pour Michel Vézina, spécialiste en santé publique, il faut donc considérer le présentéisme comme un indicateur de santé important dans l’entreprise :

« Le présentéisme n’est pas l’animal à traquer… Quand il est élevé, il faut s’interroger sur l’organisation du travail. »

 

Comment savoir si l’on fait du présentéisme ?
Les symptômes suivants peuvent vous alerter, selon Michel Vézina : perte de concentration, de mémoire et d’attention (oublis, erreurs), diminution du rythme de travail, sentiment de fatigue intense au travail, problèmes de ponctualité, relations difficiles avec les collègues, irritabilité, isolement, diminution de la qualité des services.

Pas facile en France, remarque Alexis Motte, qui a réalisé pour son cabinet Mobilitis, avec OpinionWay, une enquête sur la mobilité au travail dans l’Hexagone :

« En France, il faut montrer qu’on est là, nettement plus qu’en Europe du Nord, et beaucoup plus que dans les groupes anglo-saxons où c’est une marque d’incompétence que d’être encore là à 21 heures. »

Alors venir travailler quand on est malade...


Et vous, vous arrive-t-il de venir travailler alors que vous sentez qu’il faudrait mieux resté alité ? Pour quelles raisons ? Pouviez-vous faire autrement ?


Bien que stressés, pressés et délocalisés, certains travailleurs sont devenus « accros » à leur taf au point d’y laisser leur santé mentale. Une aubaine pour toutes ces boîtes de psy spécialisées dans la gestion des risques psychosociaux.

 

Éléments de diagnostic.


La bonne nouvelle est tombée début septembre dernier : le taux d’absentéisme dans les entreprises françaises est à son plus bas niveau depuis 2007 . En moyenne, le salarié français ne s’arrête plus que 14,5 jours par an contre 17,8 en 2009.

 

L’heureuse nouvelle est colportée par l’Alma consulting group, un cabinet international d’expertise spécialisé dans le conseil en diminution de charges sociales et de coûts. Las, après avoir consacré le tire-au-flanc espèce en voie de disparition, le rapport pointe une épidémie en plein essor : le présentéisme.

 

La symptomatologie du bobo ?

 

Des salariés qui s’accrochent à leur fauteuil comme autant d’arapèdes à leur rocher pour un productivisme dérisoire, des zélés qui ne comptent plus leurs heures sup’ malgré un état physique ou moral au bord de la déglingue.

Au final, un travailleur zombie, « présent physiquement, mais psychiquement absent ». Un drame humain mais pas que, puisque l’épidémie coûterait à l’Europe, ô désastre suprême, la bagatelle de 20 milliards par an.


« Le présentéisme regroupe des situations très différentes, explique le psychanalyste et psychiatre Christophe Dejours .

 

Il y a des gens arrêtés par leurs médecins qui continuent de travailler, parce que sinon ils pensent à leurs angoisses. Ils se plongent alors dans une forme d’activisme pour éviter que leur “pensée libre” ne reparte. Il y a des cas où les médecins sont obligés par leurs patients à délivrer des aptitudes au travail, alors même que la santé du salarié est menacée par ses conditions de travail. C’est l’exemple du gars qui bosse dans la métallurgie avec un taux de plomb dans le sang important. Ces gens prennent des risques considérables avec leur santé tout simplement pour pouvoir bouffer. Enfin, il y a cette catégorie de travailleurs déjà fortement engagés dans leur boulot qui, si jamais leur boîte fait l’objet de dégraissage ou devient plus concurrentielle, compensent en travaillant davantage. »


À ce triptyque effrayant, il convient d’ajouter cette double menace extérieure qui pèse sur le monde du travail : un flicage des arrêts maladie en hausse constante et une crise économique grande pourvoyeuse de plans de licenciement.

 

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Un contexte anxiogène à l’origine du surinvestissement de certains salariés enclins à faire le paon devant leur hiérarchie, afin de ne pas faire partie de la prochaine brouette de lourdés. Quitte à y laisser sa santé.

 

Un tableau qui ne saurait être complet sans un minimum d’analyse des derniers bouleversements du monde du travail. « D’un côté, on a détruit les formes de solidarité et isolé les gens ; de l’autre, on a promu le culte de la performance, résume Christophe Dejours.

Dans ce nouveau schéma, le voisin, s’il réussit, devient une menace. Les gens se méfient, ils ne se parlent plus.

Prenons un exemple : un open-space chez Renault. Un ingénieur a besoin d’un renseignement pour un reporting concernant une filiale en Roumanie, mais ce renseignement ne peut lui être fourni que par son voisin. Il ne lui pose pas directement la question, non, il lui envoie un mail, alors que les deux types bossent à deux mètres. Et puis comme il n’obtient pas de réponse à son mail, il renvoie son message avec une quarantaine de destinataires en copie pour l’obliger à lui répondre. Ici, on voit à quel point l’organisation du travail a détruit toute notion de vivre ensemble. »


Du coup, il ne faut pas s’étonner que la gestion des risques psychosociaux soit devenue un business au chiffre d’affaire inversement proportionnel à celui de nos dettes publiques.

Un business largement favorisé par le « Plan d’urgence contre le stress au travail » pondu par le ministre du Travail en poste en 2009, un certain Xavier Darcos, suite aux vagues de suicides de France Télécom.

 

Dans le sillage, c’est tout un tas de cabinets d’expertise et de conseil, plus ou moins en cheville avec le Medef, qui ont vu le jour.

 

Des boîtes au blaze fleurant bon une SF de série B : Technologia, Altaïr Conseil, Axis Mundi et autre Psya, pour ne citer que les plus connues. Le crédo de ces psys du chagrin : travailleuses, travailleurs, nous allons vous aider à… vous adapter.


« Ces boîtes ne remettent jamais en question l’organisation du travail, ni ne s’intéressent vraiment à la psychologie individuelle, d’ailleurs, précise le professeur Dejours. Le principe est : quand ça ne va pas, c’est parce que les gens ne savent pas gérer leur rapport à la contrainte. Alors on va proposer des cours de yoga, de respiration, des médicaments. Récemment, j’ai appris que certaines sociétés donnaient à leurs salariés des carnets de tickets donnant droit à des entretiens avec des psychologues patentés. »

 

Un ticket-psy contre deux tickets-restau, on devine les ravages de ce marché noir naissant.

 

Travailler malade ou rester couché?

 

Le présentéisme en entreprise bien plus coûteux que l'absentéisme

 

 les ravages du... présentéisme !

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Published by never-surrender - dans ne soyons pas dupe!!!
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