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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 18:59

Thierry V., le brigadier-chef qui, dégoûté des dysfonctionnements de la police, a osé dénoncer, à la Justice, le fait qu'on l'obligeait à être dans l'illégalité, passera en conseil de discipline sous 30 jours pour "manquement grave au devoir de loyauté à ses chefs"...

 

Son commandant, lui, vient d'être muté à la sous-direction de l'information générale (SDIG, qui a succédé aux RG, mais que le ministère de l'Intérieur ne promeut guère, au point qu'il faut aller sur ldh-toulon.net, le site de la Ligue des Droits de L'homme -LDH- de Toulon -qui mène un travail de veille exemplaire- pour trouver de plus amples informations sur ses missions).

 

http://bugbrother.blog.lemonde.fr/files/2011/09/UneMemoirePoliciereSale.jpg De nombreux policiers ont dénoncé la politique du chiffre qui leur a été imposée par Nicolas Sarkozy depuis son arrivée au ministère de l'Intérieur, en 2002.

 

Moins nombreux sont les policiers qui vont jusqu'à déclarer que cette politique les oblige à "raconter des conneries au magistrat".

 

Encore moins nombreux sont leurs supérieurs qui reconnaissent que "ce n'est pas toujours légal (et que) ça pousse les effectifs de police à faire n'importe quoi"...

 

Jusqu'à présent, le témoignage le plus parlant était probablement celui de cet ex-officier de police qui, après 20 ans de maison, osa dénoncer la manipulation de l'opinion et des statistiques concernant la délinquance, et l'instrumentalisation de la police, utilisée, par ceux qui la dirigent, non pas comme un service public, mais comme "instrument de pouvoir", dans cette vidéo, "Sans casque ni bouclier", qui résume très bien le (res)sentiment de nombreux policiers (et pas seulement) :

 

 


Sans Casque Ni Bouclier par superchomeur

 

La scène qui suit a, de son côté, été enregistrée clandestinement par un brigadier-chef, Thierry V., « pour servir de preuve dans le cadre d'une procédure pour harcèlement moral que j'engage prochainement à l'encontre du commandant M. et du ministère de l'intérieur ». Elle a ensuite été confiée à la doyenne des juges du tribunal de grande instance de Paris, Sylvie Zimmermann (qui traite également la plainte du Monde pour violation du secret des sources), par Philippe Pichon, ce commandant de police qui avait osé dénoncé les dysfonctionnements dans les fichiers policiers (voir La France a peur d’un… gardien de la paix ainsi que son livre, Une mémoire policière sale : le fichier STIC), et qui accuse aujourd'hui le ministère de l'Intérieur d'avoir procédé à une surveillance téléphonique "illégale" à son encontre.

 

Elle vient d'être retranscrite par Fabrice Arfi sur Mediapart : Pratiques illégales, contrôles au faciès, dépression: les aveux volés d’un chef de la police.

 

Mediapart ne reproduit pas l'intégralité des 82 minutes de la convocation du brigadier-chef, "en délicatesse avec sa hiérarchie pour des écarts de langage liés, de son propre aveu, à la pression professionnelle", par son commandant.

 

Les extraits n'en sont pas moins révélateurs des dégâts, et dysfonctionnements, engendrés par cette politique du chiffre :

 

« - La politique du chiffre de merde, c'est de la merde. J'en ai marre de ces affaires de merde où il n'y a pas de motif de contrôle et où moi, après, je suis obligé de raconter des conneries au magistrat quand je l'ai au téléphone. Ça me gave. Voilà. Point. - Alors, il y a deux solutions : ou on l'accepte et puis on rentre dans le moule, ou on ne l'accepte pas puis on en tire les conséquences. »

 

Pour comprendre ce qui suit, il faut savoir ce que sont les infractions relevées par l'action des services (IRAS), "un outil statistique utilisé depuis une dizaine d'années pour faire gonfler les bons résultats de la lutte contre la délinquance, souvent qualifiées de «délit sans victime», car sans plaignant", selon Christian Mouhanna, chercheur au CNRS spécialisé dans les questions policières :

 

Les catégories "stupéfiants" et "étrangers" regroupent plus de trois quarts des délits classés IRAS.

Or, avec les IRAS, les taux d'élucidation sont généralement de 100 % puisque, comme le rappelait un article du Figaro d'août 2009, « le délinquant est ici appréhendé en même temps que l'agent constate l'infraction ». Utile, en effet, pour muscler les statistiques.

 

"Je ne suis pas fier de faire n'importe quoi"

 

Le brigadier-chef rétorquant que "cette logique des IRAS pousse les gens à bout", son commandant reconnaît effectivement que "ça pousse les effectifs de police à faire n'importe quoi" :

 

« J'en suis le premier conscient. Je ne suis pas fier quand je vois qu'on ramène ici (au commissariat - NDLR) des gens avec un cutter et quand on gratte un peu, bah, en fait, c'est un ouvrier qui rentre de son chantier et qu'il a gardé le cutter dans le bleu du pantalon. Je ne suis pas fier de ça.

 

Je ne suis pas fier non plus quand on va ramasser des IRAS, des ILE ("infractions à la législation sur les étrangers", des sans-papiers, en somme - NDLR) à la pelle à la gare, pourquoi ?

 

Alors, certes, ils sont en séjour irrégulier ces gens-là. Mais c'est pas eux qui emmerdent le monde ! C'est pas eux qui causent des troubles à l'ordre public ! C'est des gens qui vont sur un chantier ou qui reviennent d'un chantier ! Ils bossent ! Ils bossent pour faire vivre leur famille ! Et nous, on va les faire chier ! On les emmène ici, on les fout en garde à vue et, avec un peu de malchance, pour eux, on les emmène au CRA (centre de rétention administrative - NDLR) et ils sont expulsés. Je ne suis pas fier.

 

Et pendant qu'on fait ça, effectivement, pendant qu'on arrête les ILE et les ports d'armes à dix balles, on ne fait pas autre chose.

Et on n'occupe pas la voie publique pour lutter plus efficacement contre les cambriolages. Et Dieu sait si ça a augmenté en 2011, ici, les vols de véhicules, les dégradations et tout ça.

 

Mais qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse ? Si je ne suis pas d'accord, comme dit l'autre, je m'en vais ! Je vais faire autre chose ! »

 

"Taisez-vous, et allez gueuler un bon coup en forêt!"

 

Mediapart rapporte ensuite que le brigadier-chef "indique devoir parfois commettre des illégalités pour satisfaire les exigences statistiques de la maison police », entraînant un "aveu cinglant et on ne peut plus embarrassant pour l'institution policière" de la part de son commandant :

 

« - Mais je suis désolé ! Avec ce système pervers des IRAS, on ne peut pas faire autrement ! On ne peut pas ! Et en plus, moi, j'ai fait les stups pendant vingt ans avant de venir à Melun. Si, de temps en temps, vous ne mettez pas un pied à côté, vous ne faites aucune affaire, ou quasiment aucune.

 

- Moi, si je peux sortir un papier, voilà, ordre du commandant M., ou du capitaine M., ou de madame B. ou de Brice Hortefeux (à l'époque ministre de l'intérieur - NDLR) ou de qui vous voulez, moi y a aucun problème : moi, on m'a dit, moi, je fais. - Vous savez bien que moi, je ne ferai jamais un ordre écrit comme ça, vous savez bien que la directrice départementale ne fera jamais un ordre écrit comme ça et que le ministre jamais !

 

Le ministre, quand il y a quelque chose qui ne va pas : "Ah, attention, je suis le garant du bon fonctionnement des institutions, donc ce fonctionnaire a péché, il doit payer". Et voilà, comment ça se passe. »

 

Et le commandant de féliciter son interlocuteur de vouloir être dans « le strict respect de la légalité »... avant de reconnaître que les contrôles au faciès ne sont, de fait, pas toujours légaux.

 

Mediapart ne précise pas ce que le commandant a répondu lorsque le brigadier-chef a déploré qu'aucune "enquête disciplinaire ou procédure quelconque" n'ait jamais été ouverte concernant les nombreux vols dont sont accusés les policiers par ceux qui ont été placés en garde à vue, se contentant de conclure sur le conseil du commandant à son brigadier-chef :

 

« - Je peux comprendre qu'à un moment donné, vous en ayez marre, c'est clair. Hein, moi, je vous garantis, je fais des efforts pour ne pas désespérer ici. Et je me tais (...) Hop, je me tais et je prends ma voiture, je vais en forêt, je gueule un coup en forêt et je reviens (...) Il est clair que la sécurité publique ne changera pas, la politique qu'on nous fait appliquer, elle ne changera pas. »

 

Etrangement, ce témoignage, qui a recueilli près de 200 commentaires sur Mediapart, n'a été repris par aucun média en ligne.

 

Je ne sais combien de policiers ont fait l'objet de telles procédures disciplinaires parce qu'ils se faisaient une autre idée de leur métier, et de leur mission, ni combien ont été sanctionnés parce qu'ils refusaient cette politique du chiffre.

Mais je connais un certain nombre de policiers, et nombreux sont ceux qui déplorent, en privé, les dégâts engendrés par cette politique du chiffre initiée par Nicolas Sarkozy, et reprise à l'envi par ses successeurs et (donc) affidés.

 

Ceux qui, à l'instar de Thierry V., de Philippe Pichon ou de cet ancien policier "sans casque ni bouclier", voudraient eux aussi témoigner de la réalité de leur métier, et des dysfonctionnements de l'institution, peuvent me contacter en toute confidentialité, via le formulaire sécurisé de privacybox.de (n'oubliez pas d'y préciser une adresse e-mail, même anonyme, que je puisse vous recontacter et, pour plus d'explications, cf Gorge profonde, le mode d'emploi).

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