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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 15:05

la crise favorise les liaisons dangereuses

 

La crise financière a donné l'occasion aux réseaux mafieux de s'infiltrer davantage dans l'écomomie mondiale, en investissant du liquide dans les banques européennes et américaines. C'est ce que démontre Roberto Saviano, l'auteur italien de Gomorra, dans une longue enquête qui suscite de nombreuses réactions.

 

http://www.courrierinternational.com/files/imagecache/article/illustrations/article/2012/08/3008-italie.jpg

Dessin de Boligán paru dans El Universal, Mexique.

 

A qui profite la crise ? Aux mafias du monde entier, répond Roberto Saviano. Dans deux articles publiés le même jour (lundi 27 août) dans La Repubblica et le New York Times, le journaliste et écrivain italien montre à quel point la crise financière a fait l'objet d'un business planétaire pour les réseaux mafieux. Retwitté le jour même par l'économiste Nouriel Roubini, traduit en grec et publié dans I Kathimerini, l'article de Saviano a suscité depuis de nombreuses réactions.

 

Que dit l'auteur de Gomorra ? En substance, que les intérêts mutuels des banques et des organisations mafieuses n'ont fait que progresser depuis l'éclatement de la crise financière.

 

La démonstration est limpide. Reprenant une idée développée dès 2009 par Antonio Maria Costa, alors directeur de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime, il explique qu'au plus fort de la crise, les "gains des organisations criminelles ont constitué le seul capital d'investissement liquide dont disposaient certaines banques". Comme l'ont montré les études du FMI, entre janvier 2007 et septembre 2008, les banques européennes et américaines ont perdu plus d'un milliard de dollars en titres toxiques et crédits non exigibles.

 

"Il est donc possible de déterminer le moment précis où les organisations criminelles italiennes, russes, balkaniques, japonaises, africaines, indiennes, sont devenues déterminantes pour l'économie mondiale. A savoir : au second semestre de l'année 2008, quand le manque de liquidités est devenu le principal problème du système bancaire", écrit Saviano dans La Repubblica.

 

HSBC et les cartels mexicains

 

De récents scandales, souligne Saviano dans l'article du New York Times, ont confirmé les relations incestueuses entre "bankers" et "gangsters". Depuis le mois dernier, la justice américaine enquête en effet sur le rôle de la banque britannique HSBC dans une affaire de blanchiment d'argent sale issu des cartels de la drogue mexicains. S'appuyant sur un rapport accablant du Sénat américain, le New York Times a révélé que la filiale mexicaine de HSBC avait transféré 7 milliards de dollars d'argent sale des cartels vers HBUS, la filiale américaine de HSBC. La banque aurait aussi contourné les lois américaines pour transférer de l'argent en direction de régimes soumis à des sanctions américaines, l'Iran, le Soudan et la Corée du nord. Mais HSBC n'est pas la seule. ABN Amro, Barclays, Credit Suisse, Lloyd's ou encore ING ont admis avoir effectué des transactions avec Cuba, la Libye, le Soudan, etc.

 

Dépendantes des liquidités des organisations criminelles, les banques occidentales ont donc massivement et sans complexe blanchi l'argent de la drogue. La City de Londres et Wall Street sont ainsi devenues, selon le journaliste italien, "les deux plus grandes blanchisseuses d'argent sale du monde", bien devant les îles Caïmans, l'île de Man et les autres paradis fiscaux.

 

Ce poids des organisations criminelles sur le système économique en temps de crise nous oblige à renforcer les mécanismes de contrôle sur le secteur bancaire et à approfondir la lutte contre le blanchiment, martèle Saviano. Un appel que les acteurs de la lutte antimafia, notamment en Italie, ont aussi relayé. Cité par La Repubblica, le procureur national antimafia italien Piero Grasso estime que le gouvernement italien doit impérativement réformer ses mécanismes législatifs et que l'Europe doit se doter au plus vite d'un "code pénal antimafia unique".

 

Confirmant l'analyse du journaliste, Piero Grasso précise que les premières auditions des nouvelles commissions antimafia européennes [mises en place en avril dernier] évoquent largement ce processus de blanchiment d'argent sale. "La N'Drangheta [mafia calabraise] a récemment blanchi 28 millions d'euros en quelques heures en acquérant un quartier entier en Belgique", a déclaré il y a peu Sonia Alfano, à la tête de la nouvelle commission anti-mafia du Parlement européen.

 

L'Europe du sud gangrénée

 

La Grèce et l'Espagne comptent parmi les pays européens les plus touchés par la crise et ils sont aussi littéralement gangrénés par la corruption et le crime organisé. C'est pourquoi ils constituent deux exemples révélateurs des liens qui se nouent entre mafia, finance et crise, estime Saviano, qui consacre une large partie de son enquête aux deux pays.

 

Au même niveau que la Colombie dans le classement de l'ONG Trasparency international sur l'indice de corruption, la Grèce est une "terre d'investissement mafieux", où une soixantaine de familles mafieuses russes prospère depuis plusieurs années. Or en Grêce comme ailleurs, la crise n'a fait que renforcer la mainmise des réseaux mafieux sur le système bancaire. "A cause de la crise, les Grecs ont dû puiser dans leur épargne : environ 50 milliards d'euros ont ainsi été prélevés dans les banques grecques entre 2009 et 2011. Les possibilités légales de souscrire un prêt venant à manquer, de plus en plus de gens ont recours à des emprunts illégaux", écrit Roberto Saviano.

 

Le journaliste évoque ainsi un gigantesque marché noir de prêts illégaux en Grèce, dont le chiffre d'affaires s'élèverait à 5 milliards d'euros par an. Chiffre qui aurait quadruplé depuis le début de la crise en 2009. En janvier dernier, une organisation criminelle active depuis plus de quinze ans et composée d'une cinquantaine d'"usuriers" a été démantelée à Thessalonique (deuxième ville du pays). Elle prêtait à des taux d'intérêt compris entre 5 et 15 % par semaine et "punissait" les mauvais payeurs. 1 500 à 2 000 personnes auraient été victimes de ce réseau, dirigé par le propriétaire d'un restaurant et deux frères impliqués dans des trafics de drogue. D'après le ministère des Finances grec, la plupart des opérations usurières de ce type sont liées à l'activité de bandes criminelles originaires des Balkans et d'Europe de l'Est.

 

L'autre grand marché noir qui empoisonne les finances de l'Etat grec est celui du pétrole. On estime qu'environ 20 % de l'essence vendue en Grèce provient du marché illégal : il s'agirait d'une essence composée d'un mélange de carburant acheté légalement et de carburant acquis sur le marché noir. Un moyen pour les revendeurs de se faire une marge importante et d'éviter les taxes - une manne financière importante qui échappe à l'Etat.

 

L'Espagne, elle aussi, est "colonisée par des groupes mafieux autochtones (les Galiciens, les Basques et les Andalous) et par des organisations étrangères (italiennes, russes, colombiennes et mexicaines), affirme Roberto Saviano. "Historiquement, l'Espagne a toujours été un refuge pour les parrains italiens en cavale. (…) Même si la lutte antimafia espagnole a progressé, le pays offre toujours de grandes opportunités de blanchiment, maximisées par la crise en Europe. Le boom immobilier qu'a connu l'Espagne entre 1997 et 2007 a constitué une manne pour ces organisations, qui ont investi leurs gains dans la pierre ibérique". De plus, selon le journaliste italien, la Grèce et l'Espagne sont les "portes d'entrée des routes de la cocaïne en Europe". Les trafiquants, essentiellement issus des rangs de la Camorra [mafia napolitaine], ont fait de l'Espagne une plaque tournante de leur trafic en direction des pays européens.

 

Le "Vegas" espagnol, future plaque tournante ?

 

"Dans ce contexte, le projet Eurovegas du magnat américain Sheldon Adelson de construire en Catalogne, en investissant 35 milliards de dollars, un complexe de casinos, d'attractions et de structures touristiques sur le modèle de Las Vegas, risque de transformer ces lieux en un des principaux centre de blanchiment d'argent sale de l'Occident", affirme l'auteur de Gomorra.

 

Etant donné les intérêts colossaux en jeux, quelle est la capacité d'action du pouvoir politique ? Difficile de réduire les Etats à un simple rôle de victime et de spectateur passif. En Afrique, en Amérique latine, dans les Balkans et en Europe de l'est, les entreprises criminelles agissent à une telle échelle qu'il est impossible que les gouvernements ne soient pas partie prenante, estime l'écrivain et chroniqueur d'origine vénézuélienne Moisés Naim dans une tribune de La Repubblica.

 

"Roberto Saviano a bien fait de soulever le problème, écrit Moisés Naim,(…) mais je serais un peu moins pessimiste [que lui] sur l'Europe, Espagne et Grèce comprises. La corruption y est très importante, certes, mais on ne peut pas parler d'"Etats mafieux" pour autant. (…). Dans un Etat mafieux, au départ, les criminels s'infiltrent dans le gouvernement, ils s'enrichissent et enrichissent leurs collaborateurs, leurs amis et les membres de leur famille, et exploitent leur influence politique et les liens qu'ils peuvent avoir avec le crime organisé pour cimenter et étendre leur pouvoir".

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