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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 11:16

Le libre-échangisme dogmatique est à la théorie du libre-échange ce que les dogmes sont aux idéaux : une déformation idéologique.

 

http://www.marianne.net/photo/art/default/968901-1146055.jpg?v=1366711207

 

En 2010, s’est tenue une réunion des chefs d’Etats européens dont le communiqué officiel « souligne qu’il faut s’abstenir de toute forme de protectionnisme ». En vérité, le débat avait porté sur la gravité des délocalisations et la nécessité de moduler un tant soit peu le libre-échangisme. Berlusconi désigne la Chine et invite à « regarder ce problème de près ». Il est approuvé par le chancelier social-démocrate autrichien.


Barroso débite alors le catéchisme anti-protectionniste : le point est « important, mais il faut aussi regarder cette question de manière plus large et ne pas singulariser un seul pays. L’Union européenne est le premier exportateur au monde. Nous ne devons pas lancer de mauvais messages protectionnistes ».


Sarkozy intervient : « Cette réponse est un peu trompeuse ! L’Union européenne n’a aucune intention d’être protectionniste, mais nous cherchons absolument la réciprocité avec nos partenaires. Nous devons arrêter d’être naïfs […] En ce qui concerne la singularisation d’un pays ou pas, au contraire, on doit cibler la Chine, beaucoup plus que le Burkina Faso car les intérêts sont différents ».


Angela Merkel abonde dans ce sens en estimant qu’il faut qu’une pression soit exercée sur la Chine en ce qui concerne le protocole de l’OMC sur les marchés publics : si nous ne traitons pas les conditions dans lesquelles la Chine obtient des contrats d’infrastructure dans l’UE, nous n’aurons pas de levier pour les contrats d’infrastructure en Chine.


Le libre-échangisme repose sur des arguments d’autorité


Ce consensus des chefs d’Etats, contre le statu quo du libre-échangisme absolu, est entravé par un chantage au risque protectionniste qui utilise tous les stéréotypes en vogue : celui de l’ouverture d’esprit, largesse d’idées, hauteur de vue (regarder cette question de manière plus large), celui de la non-discrimination, non-stigmatisation, non-désignation (ne pas singulariser un seul pays), celui enfin du non-contact avec le malin qu’exigent le présage de bonne augure (ne pas lancer de mauvais messages protectionnistes) et le cordon sanitaire (s’abstenir de toute forme de protectionnisme).


Mettons les points sur les i. L’anti-protectionnisme imite l’antiracisme dogmatique. S’abstenir de « toute » forme de protectionnisme est un mot d’ordre calqué sur celui du rejet de toute forme de racisme et toute forme d’alliance, de compromission ou de contact avec le racisme. Impératif de non-contact avec le Malin qui fait fonction de rejet de l’impur, de répulsion ethnocentrique envers des lépreux politiques.


Tel autre discours libre-échangiste glose sur un danger « d’escalade » protectionniste. En économie, ces métaphores inquiétantes abondent : spirale de l’inflation, engrenage de l’endettement, cycle récessif, marchés qui dévissent… Ce stéréotype de l’enchaînement inéluctable, du crescendo incontrôlable et des conséquences incalculables repose sur l’idée de réaction en chaîne ou d’effet boule de neige qu’illustre l’argument de la pente glissante ou du petit doigt dans l’engrenage.


Ce stéréotype peut aller jusqu’à craindre un « ver dans le fruit », c’est-à-dire utiliser le spectre de la vermine galopante chère aux langages totalitaires, ou encore recourir à une rhétorique du couteau sous la gorge : « On ne saurait trop insister sur les dangers de jouer avec la rhétorique protectionniste, en particulier en période de crise […] L’histoire ne doit pas être oubliée ».


En filigrane, se profilent l’irresponsabilité d’un enfant qui joue avec une mine, voire le danger d’un pyromane jouant avec le feu, puis la menace se précise, empruntant au langage antifasciste ses métaphores de la boîte de Pandore et de la traînée de poudre (ayant menée aux années noires). Argument d’autorité qui infantilise le lecteur, le prive de son libre-arbitre, le dépossède de sa réflexion. Mieux vaudrait peser le pour et le contre sans se laisser intimider, ni croire que ceux qui ne pensent pas pareil sont des forbans.
 

*Marc Crapez est chercheur en science politique associé à Sophiapol (Paris-X).

Voir l'intégralité des articles de Marc Crapez sur son blog

 

 Le libre-échange transatlantique ne sauvera pas 

 

 Le libre échange ultralibéral est-il le meilleur système?

 

Thatcher: symbole d'un ultralibéralisme qui a mené à la crise actuelle

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