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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 19:38

Pas les 340 milliards d’euros de la dette grecque. « Juste » les 162 milliards dus par la République fédérale à sa consœur hellène au titre des réparations de guerre. Au-delà de l'éthique, le pari est risqué. L'aigle allemand pourrait ne plus avoir envie de voler au secours de la chouette.

 

Dette : le chassé-croisé germano-grec

 

http://www.observatoiredeleurope.com/photo/art/default/3416886-4915084.jpg?v=1320764927

 

Distomo est un village de Béotie où s’est produit le 10 juin 1944 l’un des plus terribles massacres de civils au cours de la Seconde Guerre Mondiale, causant la mort de 218 personnes dont 53 enfants

 

Réparations de guerre : un devoir légal et moral ! En Allemagne, les Antifas de Francfort sont bien les seuls à soutenir la Grèce, qui s’est pourvue devant la Cour Internationale de Justice de La Haye en janvier. Le pays réclame à la République fédérale réparation pour le massacre de Distomo, un village près de Delphes où 218 hommes, femmes et enfants furent sauvagement assassinées par les SS le 10 juin 1944.

 

Selon le magazine européen Cafebabel, « des hommes politiques grecs » ont récemment appelé les présidents de la Banque centrale européenne, de l’Eurogroupe et du Parlement européen à intervenir « pour que le gouvernement allemand remplisse ses obligations vis à vis de la Grèce. »

 

L’Allemagne a déjà payé 115 millions de Deutsche Marks (51 millions d’euros) à la Grèce en 1960 pour l’avoir occupée entre 1941 et 1944. Mais les familles des martyrs de Distomo n’ont jamais été indemnisées. Ni les pertes économiques grecques compensées.

 

Asphyxiés par leurs dettes et pressés par Berlin d’enchaîner les plans d’austérité, cette injustice laisse aujourd’hui un goût amer aux Grecs. En décembre 2010, le Secrétaire d’État aux finances hellènes, M. Sahinidis, a rappelé que la dette allemande envers la Grèce s’élevait à 162 milliards d’euros (108 milliards adjugés lors de la Conférence Internationale de Paix à Paris pour la réparation des dommages causés par les troupes nazies sur l’infrastructure économique du pays, plus 54 milliards pour le prêt d’occupation imposé par les Allemands à la Grèce en 1942). « Nous sommes ici pour vous rappeler que vous ne pouvez pas avoir seulement des exigences vis à vis des Grecs, ont aussi rappelé les habitants de Distomo lors d’une manifestation devant l’ambassade d’Allemagne en début d’année. Vous avez une dette non acquittée envers nous. Vous nous devez Distomo, Kalavryta, Kommeno, Kandano, Chortiati et 45 autres villages. »

 

http://www.observatoiredeleurope.com/photo/art/default/3416886-4915085.jpg?v=1320764806

 

A gauche, l'inflation grecque sous l'occupation (graphique inspiré de l'ouvrage Dans la Grèce d'Hitler, de Mark Mazower). A droite, le plan d'aide à la Grèce mis sur pieds en 2010 (source : BCE)

 

Une dette « politique et morale » ?

 

Entre 1941 et 1944, l’occupant nazi pille les réserves d’or grecques et réquisitionne les biens de consommation. Mark Mazower, dans son ouvrage Dans la Grèce d'Hitler (1941-1944) évoque la famine sans précédent qui s’en est suivie. Il rappelle aussi la répression systématique des résistants grecs à partir de 1943, dirigée un temps par Jürgen Stroop (1), le boucher du Ghetto de Varsovie. Et la déportation des communautés juives de Grèce, en particulier celles de Salonique et de Rhodes.

 

« Au cours de la Deuxième guerre mondiale, les occupants nazis ont infligé à la nation grecque l‘esclavage le plus sanglant et le plus étouffant qu’elle ait jamais connu en trois mille ans d’une histoire agitée », écrit aussi Manolis Glézos en 1995, grande figure communiste de la résistance grecque au nazisme. « Sur une population de 7 millions d’habitants, la Grèce a perdu, du fait d’opérations militaires, 70 000 personnes directement et 12 000 civils indirectement ; en outre, 38 960 personnes ont été exécutées, 100 000 (essentiellement des Grecs juifs) assassinées dans des camps de concentration et 600 000 sont mortes de faim, ajoute celui qui avait osé monter sur le Parthénon pour y arracher le drapeau nazi pendant l’occupation. La question des réparations n’est pas une simple affaire d’argent. Elle revêt aussi une dimension politique et morale. L’Italie et la Bulgarie, qui ont occupé la Grèce conjointement avec l’Allemagne de 1941 à 1944, se sont acquittées de toutes leurs obligations de réparations envers la Grèce. Pourquoi la République fédérale en serait-elle exonérée ? »

 

Peut-être parce que, au regard du droit, l’Etat allemand n’a pas à verser de compensations individuelles aux victimes de Distomo ou à leurs représentants. C'est en tout cas l'arrêt qu'a rendu en mars 2006 la Cour Européenne des Droits de l’Homme, saisie dans « l’affaire Distomo » par la Grèce trois ans plus tôt. Quant aux réparations économiques, Berlin considère que la question des dédommagements a été réglée par l’accord bilatéral de 1960 prévoyant l’indemnisation de la Grèce pour l’occupation nazie. « Avec le Traité de réunification de 1990, l’Allemagne a été déchargée de son obligation de réparation, rappelle aussi le quotidien Bild. La Grèce a approuvé ce traité en novembre 1990 via la charte de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE). Comme l’a affirmé le ministère des Finances allemand en 2006 :

"La question des réparations de guerre a donc perdu toute légitimé aux yeux du gouvernement fédéral". »

 

La nouvelle guerre germano-grecque

 

Surtout, les années ont passé et remettre aujourd'hui l'Allemagne nazie sur le tapis pourrait paraître déplacé. D'autant plus qu'Athènes, endettée à hauteur de 150 % de son PIB, compte bien sur la République fédérale pour l'aider : après avoir touché la cinquième tranche du prêt de 110 milliards d’euros qui lui a été consenti en 2010 par l’Union européenne et le FMI, la Grèce mise sur une nouvelle aide de 60 milliards d’euros.

 

En échange, le gouvernement socialiste doit renforcer les plans d'austérité et accélérer les privatisations (2). Et c'est là que le bât blesse. Car en réalité, l’opinion publique grecque fulmine depuis que Berlin a exigé des contreparties drastiques avant de mettre sur pied le sauvetage financier de l’année dernière. Début 2010, des manifestants avaient déjà déployé des banderoles dans les rues d’Athènes associant croix gammée et logos de sociétés allemandes (Siemens, Lidl) alors que des députés allemands appelaient la Grèce à vendre quelques-unes de ses îles pour financer sa dette. Le quotidien populaire Bild avait même résumé l'idée en ces termes : « On vous donne du fric, vous nous donnez Corfou. »

 

Aujourd'hui, alors que le taux de chômage a dépassé les 16 % en juin, la mobilisation des « Indignés » grecs progresse. Le ressentiment à l'égard des Allemands avec. Des grèves générales sont annoncées pour le 15 et le 21 juin. Reste à savoir si les manifestants feront le choix de la guerre ou celui de la paix.

 

Marie Guitton

 

(http://lagazettedeberlin.de/ 13/06/11)

 

(1) Jugé pour crime contre l'humanité, le général SS Jürgen Stroop a été exécuté à Varsovie en 1952.

 

(2) Ports, aéroports, chemins de fer, eaux de Thessalonique et d’Athènes, hippodromes, télécoms… D'ici à la fin 2013, la Grèce a prévu d'ouvrir le capital ou de privatiser entièrement une trentaine de sociétés sur lesquelles lorgnent déjà les investisseurs étrangers. Le 2 juin, Deutsche Telekom (actionnaire à 30 %) s'est ainsi vu octroyer une participation supplémentaire de 10 % dans le groupe de télécoms grecs OTE. Les entreprises françaises, plus discrètes, seront aussi de la partie. Le PMU français s’intéresserait à son homologue grec. Suez environnement envisagerait d’investir dans les activités liées à l’environnement. Et EDF pourrait prendre des parts dans l’électricité hellène.

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Published by never-surrender - dans Brusq U.E.
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