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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 15:36

Les habitants peuvent-ils être partie prenante face aux politiques, promoteurs et autres urbanistes ? Les pouvoirs publics sont-ils toujours garants d'une ville ouverte à tous ? 

 

La ville permet la multiplicité des rencontres avec autrui. L'espace public est le lieu du brassage par excellence, des idées, des modes, etc. Il est aussi l'ouverture indispensable, la respiration nécessaire face à la promiscuité à laquelle les habitants sont, de fait, soumis. La ville, traditionnellement, organise la confrontation de soi avec l'autre voulue ou subie.

 

Copenhague

Dans les années 60, la capitale du Danemark était sans rue piétonne et traversée par une autoroute. Durant 4 décennies, les maires successifs ont refaçonné la ville pour lui rendre une âme. Ils se sont fait aider par Yann Gall, l'architecte-urbaniste qui rénova le Regent Street à Londres et collabora à de nombreux projets à Lille, Brighton ou Malmö. Ils créèrent ensemble le mouvement que l'on a appelé l'école de Copenhague, développée autour d'un seul mot d'ordre : favoriser la vie en ville. Pour Gall, la ville, à travers l'architecture et l'urbanisme doivent proposer des "expériences sensorielles" : flâneries, déplacements rapides, lieux de rencontres et d'échanges. Varier les champs de vision, les angles de vue, les perspectives. Il faut, s'appuyer sur ce qui est remarquable, ce qui fonctionne, que les gens utilisent quotidiennement, gommer, ce qui entrave la vie. Il faut relier, prolonger, lier, construire à partir des constantes existantes ou en germe dans les lieux considérés : les flux de population, les activités diurnes-nocturnes, les modes de communication, les us et coutumes locales. Ne pas simplement réduire sa réflexion à des questions sécuritaires, de circulation ou d'implantation de commerces

 

 

Londres

 

 

La ville a toujours été l'enjeu de beaucoup d'intérêts contradictoires et le risque est toujours de voir certains intérêts particuliers supplanter ou limiter son accessibilité au plus grand nombre. La manifestation "Occupy Wall Street" (OWS), en novembre 2011, déboucha sur l'occupation des "lieux symboliques de pouvoir" dans près de 900 autres grandes métropoles mondiales. A Londres, en janvier 2012, l'objectif fut d'investir le London Stock Exchange. Jouxtant la City de Londres, seul le parvis publique de la cathédrale St Paul put être occupé, le reste du quartier étant privé. Beaucoup ont pris conscience que dans la capitale anglaise le phénomène était loin d'être isolé

 

 

 

Déjà à la fin XIXe et au début XXe siècle d'énormes pressions locales et démocratiques avaient réussi à supprimer les zones interdites au public londonien, qui s'était développé durant l'époque victorienne. Mais, ces dernières années, dans les grandes villes du Royaume-Uni, cette avancée démocratique régresse, sans que les gens s'en aperçoivent.

Dans les années 80, Canary Wharf fut le premier chantier d'une nouvelle ère. Les Docklands vides avaient besoin d'être réaménagés. Ce fut le premier programme privé à grande échelle au Royaume-Uni. La libéralisation des banques permit aux établissements financiers de développer des investissements immobiliers de ambitieux. Tous les bâtiments, les espaces publics, théoriquement ouvert à tous, ont été décidés par des banquiers, pour des banquiers et sont aujourd'hui gérés par un fond commun d'investisseurs dirigés par la banque Morgan Stanley et un fond Qatari. Le lieu bénéficie d'un règlement piétonnier spécifique et ouvertement anti-SDF, anti-cycliste, anti-skater, anti-artiste des rues. Une quarantaine copérations privées ont vu le jour dans la capitale britannique depuis. Aujourd'hui symboliquement la mairie ovoïde de Londres est littéralement encerclée d'espaces privés.

 

Des contraintes budgétaires de plus en plus écrasantes

 

Dans le monde, les autorités locales manquent de plus en plus de moyens pour décider seul, du développement de leur ville. Les promoteurs peuvent apporter une manne financière bienvenue, voire nécessaire, dans l'espace public. Un principe juridique, donnant-donnant, importé du canada - le BID (Business improvement District) - s'est répandu à Londres et dans la plupart des grandes villes européennes. La ville, en échange d'investissements, cède une partie de sa gouvernance sur des rues, des quartiers. Fini l'espace public, voici un espace privé de plus.

 

Dans Londres, certains quartiers ont leur BID, dirigé par un regroupement de commerçants qui y choisissent les aménagements et le nombre de rondes de policiers. Et avec les 500 000 caméras déjà disposées dans Londres, les BID s'organisent comme un nouvel instrument sécuritaire. Les personnes "divergentes" y sont repérées, fichées et suivies spécialement avec possibilité d'expulsion. Les habitants n'ont pas leur mot à dire. L'espace public n'y est vu que comme un lieu de consommation et de profit, les lieux propres et sûrs devant permettre essentiellement de faire plus de commerce. Depuis 2008 dans les villes européennes, des morceaux de villes sont ainsi conçus comme des super-marchés à ciel ouvert.

 

Des fonds d'investissement spécialisés dans le développement urbain

 

La bonne gestion des villes se trouve confrontée à un paradoxe : plus une ville se dote de moyens de circulation, d'aménagements de qualité, plus elle suscitera de nombreux intérêts et le prix du m2 habitable s'envolera ce qui chassera, à la faveur d'opération immobilières, les habitants historiques les moins fortunés. Le marché spéculatif autour des quartiers urbains se développant, les investisseurs se spécialisent et s'impliquent de plus en plus. En Angleterre, on voit des quartiers entiers réaménagés par des grands groupes de distribution comme Tesco où la marque est omniprésente. Longprop est un nouvel arrivé sur le marché de la ville. Il est financé avec 3% des bénéfices de la société Ikéa. Le groupe dont les magasins sont installés exclusivement en banlieue des grandes villes, s'est implanté pour la première fois au centre de Hambourg, concédant un investissement de 80 millions d'euros pour aménager le quartier aux abords de l'implantation de l'un de ses magasins.

 

Sur Nice l'éco-quartier de Saint-Isidore, déssiné par Wilmotte et choisi par Ikéa se développe sur 100 000 m² : 45 % de logements, 15 % de locaux d'activité (bureaux, hôtels...) et 40 % de commerces, dont le mastodonte Ikea et relie au reste de la ville le stade Allianz Riviera en bout de cette parcelle de 8 hectares.

 

 

 

 

Les habitants ont-ils leur mot à dire ?

 

Depuis les années 90, l'idée d'une ville solidaire soucieuse du bien-être de ses habitants semble archaïque. Les villes sont devenues des métropoles entrepreneuriales destinées à attirer des propriétaires futurs contributeurs de l'impôts. Les jeunes, les vieux, les SDF : les personnes non directement productives n'étant pas du tout considérées. Dans la ville la plus riche d'Allemagne, Hambourg, il existe onze BID. Face au pouvoir d'expulsion des BID, plusieurs mouvements citoyens se sont organisés. Notamment à San Paoli, quartier emblématique de gauche et indiscipliné, ayant pourtant fait partie dans The Guardian en 2012, des 100 quartiers urbains les plus attractifs au monde.

 

 

L'action politique est de moins en moins corrective des inégalités, elle ne fait qu'accompagner les marchés et les opérations immobilières. A bien y regarder, l'avenir démocratique de la ville et du monde est tout bonnement en jeu dans chacune de ces résistances et volontés manifestées de concertation.

 

Istambul

 

Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre turc et ancien maire de la ville, avait projeté - afin d'implanter un complexe urbain - de détruire les arbres du parc Gezi en lisière de l’emblématique place Taksim. Le projet leur préférait : une mosquée, un super marché et la réplique d'une caserne militaire de l'ère ottomane. Cela semble résumer symboliquement les valeurs portées par Erdogan et par son parti politique l'AKP. Ce qui n'était au départ que la mobilisation d’une poignée de militants écologistes, s'est transformée, après la violente intervention des forces de l’ordre, en une vague de contestation contre la dérive jugée autoritaire et islamiste du régime. Pendant trois semaines, plus de 3,5 millions de Turcs ont défilé dans une centaine de villes lors de manifestations qui se sont soldées par la mort d'au moins 8 personnes et plus de 8 000 blessés. Le projet a été abandonné, mais d'autres sont en court.

 

Paris

 

Initié sous la présidence de Nicolas Sarkozy et prorogé par le gouvernement Hollande, le projet EuropaCity devrait voir le jour en 2020, entre Roissy et Paris, au nord-Est de l'Ile-de-France. Ayant choisi l'agence Big de Copenhague, avec 2 milliards d'euros, Auchau y développe, un concept de ville nouvelle sur 80 hectares. Une véritable ville super marché et parc d'attractions, sans résidents - le funshopping dans un simulacre de ville. L'architecture y reflète une réalité où les citoyens ne sont plus considérés que comme des consommateurs qu'il faut orienter et animer. Nous sommes là dans un espace indéniablement à la dimension d'une ville, mais très loin des enjeux humains généralement en gestation dans celle-ci confronté aux bases démocratiques du construire ensemble.

 

Aujourd'hui, de plus en plus de municipalités délèguent une partie de leurs prérogatives à des sociétés privées, qui s'approprient ainsi l'espace urbain et en contrôlent l'aménagement. Afin de mieux comprendre ce phénomène et déterminer la place actuelle des citoyens dans la ville, le réalisateur s'est rendu, entre autres, à Berlin, Copenhague, Londres et Toulouse. Il a rencontré de nombreux experts mais aussi des habitants qui s'organisent pour constituer des contre-pouvoirs.  Un voyage émaillé de rencontres avec des experts ( la chercheuse Anna Minton, les architectes-urbanistes Jan Gehl et Frédéric Bonnet, le philosophe Thierry Paquot…). Ils décryptent les rapports de force à l'œuvre et s'interrogent sur la constitution de contre-pouvoirs.

 

 

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