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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 08:03

 

 

"Liberté, Égalité, Fraternité", telle est la devise de notre république, où la liberté est une valeur fondamentale. Valeur, finalité, idéal, cette liberté caractérise notre nation et cristallise l’action de notre société démocratique, dans laquelle chacun de nous se sent avant tout un homme libre.

 

Spinoza assignait à l’État le rôle de "libérer l'individu de la crainte, pour qu'il vive autant que possible en sécurité [...] La fin de l'État est donc en réalité la liberté". La liberté est donc une valeur plus haute ; mais la sécurité, un moyen plus nécessaire.

 

In "Le despotisme démocratique", Tocqueville avait analysé la contradiction entre liberté et sécurité : "Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts contraires, ils s’efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux".

 

Liberté et sécurité font ainsi partie des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 (article 2). Outre que "tous les êtres humains naissent libres et égaux", parmi les libertés fondamentales, on notera en particulier "la liberté de pensée, de conscience et de religion", "la liberté d'opinion et d'expression" (donc la liberté de la presse) et "la liberté de réunion et d'association pacifiques".

 

Cette liberté désigne la possibilité de parole, d'action ou de mouvement sans contrainte de l’homme qui n'est pas soumis à un maître (par opposition à l'esclave), avec des droits reconnus par la loi, et la possibilité d'agir selon ses propres choix (libre arbitre), dans le respect de la loi et de la liberté de l’Autre.

 

"Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre […] c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit" soulignait Lacordaire. Il n’y a pas de liberté absolue, encore moins celle du plus fort, et c’est à la loi qu’il appartient de fixer les limites, d’affranchir, de donner la liberté au pauvre face au riche, d’apporter de la sécurité au faible face au fort.

 

La sécurité peut être définie comme étant la situation dans laquelle un homme n'est exposé à aucun danger ou se perçoit comme tel, à l'abri du danger. Ainsi, la sécurité concourt à la liberté. Mais si la sécurité ne suffit pas à garantir la liberté, son absence suffit à l'empêcher.

Et, en matière de sécurité, les attentes et les exigences ne font que s’accroître et s’étendre de plus en plus – dont le "devoir de précaution" est l’une des manifestations emblématiques. Les citoyens attendent de l’État-Nation une sécurité multi dimensionnelle : sociale, sanitaire, environnementale, économique, et bien sûr physique, tant à l’intérieur du territoire national qu’en dehors de ses frontières.

 

Dans un contexte géopolitique marqué par nos opérations extérieures au Moyen-Orient et dans la zone sahélo-saharienne, la lutte antiterroriste, depuis les attentats de janvier 2015, s’est importée sur notre territoire national, et encore plus tragiquement ces derniers jours, avec la frappe d’assassins portant atteinte à notre mode de vie. La protection des citoyens et des sites sensibles et la cybersécurité figurent alors logiquement parmi les priorités des gouvernants.

 

Cliquer sur l'image si elle ne s'affiche pas.

 

 

Qu’est-ce que « l’état d’urgence »?

 

Au nom d’une lutte efficace, la "Loi du 24 juillet 2015 relative au renseignement", visant à donner un cadre légal aux activités de nos services de renseignement (parmi les techniques de recueil de renseignements : "sonorisation de lieux privés, captation d’images dans des lieux privés ou de données informatiques"), a suscité des interrogations légitimes, même si promesse a été donnée que "les techniques portant le plus atteinte à la vie privée ne seront employées qu’au regard des principes de proportionnalité et de subsidiarité".

 

Il est pourtant à parier que ce dilemme "besoin de sécurité vs. garantie des libertés individuelles" se fera encore plus prégnant dans les prochaines semaines, puisque le degré d’acceptabilité des restrictions de liberté varie en fonction du pays (États-Unis, Chine, Myanmar, France…), mais également du contexte sécuritaire (attentats, état de guerre, prises d’otages…).

 

Face à l’émotion, voire au désarroi de nos concitoyens, la tentation sera grande de renforcer drastiquement l’arsenal législatif sécuritaire, au nom d’un principe supérieur, celui de la Nation.

Mais qu’en sera-t-il si un jour, allant dans ce sens, notre pays voyait un parti d’extrême prendre le pouvoir ?

 

On devrait plutôt s’inquiéter des répercussions que les réactions aux actes terroristes ont sur la vie quotidienne et sur les libertés politiques des citoyens, sur lesquelles pèsent des dispositifs de contrôle toujours plus pervasifs.

 

Peu de gens savent que la législation en vigueur en matière de sécurité dans les démocraties occidentales – par exemple en France et en Italie – est sensiblement plus restrictive que celle en vigueur dans l’Italie fasciste. Comme on a pu le voir en France avec l’affaire Tarnac, le risque est que tout dissentiment politique radical soit classé comme terrorisme.

 

 

Une conséquence négative des lois spéciales sur le terrorisme est aussi l’incertitude qu'elles introduisent en matière de droit. Puisque l’enquête sur les crimes terroristes a été soustraite, en France comme aux Etats-Unis, à la magistrature ordinaire, il est extrêmement difficile de pouvoir jamais parvenir à la vérité en ce domaine. Ce qui prend la place de la certitude juridique est un amalgame haineux de notice médiatique et de communiqués de police, qui habitue les citoyens à ne plus se soucier de la vérité.

 

Pour réussir à contrer ce "despotisme démocratique", cette dérive non démocratique des sociétés démocratiques, une société apaisée recherchera en permanence l'équilibre, même imparfait, entre la liberté individuelle et la sécurité collective.

 

C'est un chantage indirect. Souvent basé sur la volonté d'appartenance sociale de chacun pour son groupe, c'est une intimidation implicite, qui ne dit pas son nom, mais culpabilise et inquiète, où l'autorité menace de rompre des liens si vous ne lui prêtez pas allégeance sur des données émotionnelles, affectives, morales, subjectives et non fondées, ni en droit ni dans les faits, même les plus avérés... une déclaration de foi qui cède au victimat ambiant et se joint à la doxa de l'idéologie dominante, dont on sait qu'elle est belligérante, sinon bélliqueuse, en tout cas, encadrée par les propagandes des rédactions de radios, de télés et de journaux appartenant avant tout à Dassault et à Lagardère, à la fois marchands d'armes et grands maîtres des medias. C'est de l'endoctrinement qui ne dit pas son nom derrière les maîtres à penser du moment.


Exemple : les projets gouvernementaux de renforcement des mesures de l'état d'urgence préconisent la dissolution des associations soupçonnées « d'atteintes graves à l'ordre public ». Ces notions restant volontairement vagues, elles sont laissées à l'appréciation du légiste de l'état d'exception. Bonjour l'ambiance dans les associations, maintenant, quand on va demander à Tel ou Tel Autre de démissionner de son poste pour ne pas mettre la structure en délicatesse avec les décisions préfectorales qui, déjà passablement imprévisibles, se trouvent soudain dotées des pleins pouvoirs avec l'établissement de l'état d'urgence.

 

Quelle place a le citoyen dans ce processsus ?

 

Le citoyen en tant que tel devient en même temps un terroriste en puissance et un individu en demande permanente de sécurité contre le terrorisme, habitué à être fouillé et vidéo-surveillé partout dans sa ville. Or il est évident qu’un espace vidéo-surveillé n’est plus une agora, n’est plus un espace public, c’est-à-dire politique.

L'espace public est de plus en plus restreint, le citoyen se voit baillonner dans le débat politique.

Malheureusement, dans le paradigme sécuritaire, les stratégies politiques coïncident avec des intérêts proprement économiques. On ne dit pas que les industries européennes de la sécurité, qui connaissent aujourd’hui un développement frénétique, sont les grands producteurs d’armements qui se sont convertis au business sécuritaire, qu’il s’agisse de Thales, Finmeccanica, EADS ou BAE Systems.

 

«Il y a un moment où les démocraties risquent de s’abîmer à alimenter la surenchère sur des dispositifs de sécurité de moins en moins contrôlés par les citoyens et les institutions, sans qu’il soit prouvé qu’ils aient fait preuve d’efficacité», avertit Pouria Amirshahi. Même écho du côté d’Amnesty International : «Pour nous, c’est une question de conviction et d’expérience sur les quinze dernières années : les mesures d’exception qui vont à l’encontre des libertés publiques ne permettent pas de lutter efficacement contre le terrorisme, avance Nicolas Krameyer. Les états d’exception qui se pérennisent, c’est l’Etat de droit qui est mis à mal.» Lui aussi appelle à un large débat : «Il va bien falloir s’interroger sur ce qui a permis que de tels actes soient commis.»

 

Loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relatif à l'état d'urgence. Version consolidée au 21 novembre 2015

 

«La rhétorique de l’état d’urgence, de la guerre, est assez dangereuse parce qu’elle conduit à ce qu’il n’y ait pas de remise en question, s’alarme de son côté Adrienne Charmet-Alix, chargée des campagnes de l’association la Quadrature du Net. Il faut de la transparence, une réflexion large, qui associe la société civile, et qui reprenne tous les problèmes : la stratégie géopolitique, les accords économiques avec certains pays, le modèle de société qu’on a en France, l’efficacité des services de renseignement…» Or, avec la révision annoncée de la Constitution, «il y a une rapidité, une ambiance qui fait qu’aucune discussion n’est possible». «Le débat constitutionnel, on peut en discuter en soi, mais dire qu’on va le mener en période d’état d’urgence, c’est incompatible avec une démocratie ouverte et vivante, tempête Pouria Amirshahi. Surtout pour envisager des mesures qui, jusqu’à maintenant, n’étaient portées que par la droite et l’extrême droite.»

 

La confusion et le chaos

 

il faut situer le prétendu affrontement entre le terrorisme et l’Etat dans le cadre de la globalisation économique et technologique qui a bouleversé la vie des sociétés contemporaines. Il s’agit de ce que Hannah Arendt appelait déjà en 1964 la « guerre civile mondiale », qui a remplacé les guerres traditionnelles entre Etats. Or ce qui caractérise cette situation, c’est justement qu’on ne peut pas distinguer clairement les adversaires et que l’étranger est toujours à l’intérieur.

 

Dans un espace globalisé, toute guerre est une guerre civile et, dans une guerre civile, chacun se bat pour ainsi dire contre lui-même. Si les pouvoirs publics étaient plus responsables, ils se mesureraient à ce phénomène nouveau et essayeraient d’apaiser cette guerre civile mondiale au lieu de l’alimenter par une politique étrangère démentielle qui agit au même titre qu’une politique intérieure.

 

L'hystérie collective se retranche derrière l'affolement général, la crainte de se sentir stigmatisé, la colère de sentir venir une guerre qu'aucun de nous ne veut, mais qui se fera hors de notre volonté, avec nos ressources et contre nos propres libertés de plus en plus muselées.

 

Pour en savoir plus:

1955-2015 : ce que nous avons à craindre de l’état d’urgence

Après les attentats, les défenseurs des libertés inaudibles

L'état d’urgence, un risque pour la démocratie selon le Syndicat de la Magistrature

Au nom de nos libertés, refusons l’état d’urgence permanent !

Etat d’urgence permanent

Les perquisitions administratives préfigurent un « État policier »

Hollande veut réviser la Constitution : c'est d'un Patriot Act à la française qu'il s'agit

"Réformer la Constitution sous un prétexte sécuritaire est consternant"

La mort définitive de la vie privée sur Internet

Etat d'urgence : le gouvernement pourra bloquer les sites internet

Les policiers peuvent désormais porter leur arme hors service

A Sens, le premier couvre-feu appliqué à l’ensemble de la population d’un quartier

Etat d’urgence : « une marge de manœuvre bien trop large est offerte aux autorités »

L’État d’urgence entrave déjà nos libertés

Ces sept députés qui n'ont pas voté l'état d'urgence

France sous État d'Urgence: Le point sur la situation.
Des nouvelles de France sous État d'urgence

Des nouvelles de France

Etat d'urgence : les Restos du cœur obligés de suspendre la distribution de repas chauds

La France annonce qu'elle va enfreindre les droits de l'homme

 

La dérive s'installe

 

Recensement des joies (ou pas) de l'état d'urgence en France

Observons l’état d’urgence

État d’urgence : premier bilan (catastrophique)

Les joies de l'état d'urgence en France

http://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/tgv-evacue-ils-mont-pris-pour-un-terroriste-3857900

La porte ouverte (et défoncée) à toutes les dérives

quand des innocents voient le RAID débarquer en pleine nuit

Perquisitions musclées, arrestations injustifiées : les abus de l’état d’urgence

Les pouvoirs liés à l’état d'urgence risquent de porter atteinte aux droits humains

L'état d'urgence, un mois après

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